Une vie « plus abondante » pour les étudiants du Syrian Protestant College. Photos Nasser Trabulsi
Aujourd'hui, ils s'envoient des vannes par réseaux sociaux virtuels interposés. Ils communiquent via messagerie électronique et postent leurs récits sur des blogs. Il y a cent ans, comment les étudiants communiquaient-ils leurs «statuts» ou partageaient-ils leurs écrits et dessins? Entre les pigeons voyageurs et les e-mails, on écrivait, figurez-vous, à la main. Des lettres, bien entendu, mais aussi des publications, souvent intitulées «Gazettes». À l'AUB, les étudiants rivalisaient d'ingéniosité, de talent et d'humour.
Plongée au cœur de la mémoire de ce campus vieux d'un siècle et demi à travers des écrits naviguant entre pamphlets politiques, poésie, illustrations (quelquefois coquines), récits (celui illustrant un dialogue entre un étudiant américain et un autre «jésuite» est truculent) et reportages (dont de nombreux ayant trait aux droits de la femme). Flash-back sur une époque dorée, où les étudiants s'appelaient Omar Ounsi, Charles Malek ou Émile Boustani.
Organisée par le President's Club de l'AUB, l'exposition est intitulée « A more abundant life », clin d'œil au slogan de l'Université gravé sur le fronton de l'entrée principale. «Qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance», une phrase tirée de l'Évangile selon saint Jean, ayant souvent inspiré les étudiants du Syrian Protestant College, devenu American University of Beirut.
Mona Khalaf, présidente du club, indique qu'il y a là «des reproductions en couleurs de 46 magazines tirés des archives de la Jafet Library et du département des Special collections. Trente-huit de ces publications sont entièrement rédigées à la main. Quatre autres sont à moitié calligraphiées, à moitié imprimées. Selon les sources d'archives, chaque numéro était produit en deux exemplaires: le premier circulait parmi les étudiants et le second était déposé à la bibliothèque». Et d'ajouter: «Nous avons inclus dans l'exposition des numéros imprimés, choisis pour la haute qualité des calligraphies, pour la pertinence des sujets abordés ou pour les dessins d'artistes devenus célèbres comme Omar Ounsi (The Cedar, mars 1926).»
Khalaf souligne que le nombre de magazines rédigés en arabe comptait le double de ceux en anglais (24 vs 12). «Trois gazettes étaient écrites en français et elles avaient pour objectif de promouvoir et renforcer la langue de Molière sur le campus. L'une d'elle, publiée en avril 1906, était d'ailleurs intitulée L'Orient», dit-elle. Par ailleurs, sept autres publications étaient bilingues (arabe/anglais ou anglais/français) et une trilingue (arabe, anglais et français).
«Dans deux ans, en 2016, l'Université américaine de Beyrouth fêtera son 150 anniversaire. Il est intéressant, dès lors, de ressortir ces documents historiques qui reflètent la vie d'antan sur le campus», estime Mona Khalaf en précisant que l'objectif du President's Club est d'améliorer la qualité de vie des étudiants. Nous organisons des événements annuels pour mettre en évidence nos étudiants et leurs accomplissements. L'année dernière, nous avons présenté les 19 anciens élèves associés à la rédaction de la Charte des Nations unies à San Francisco en 1954. Cette année, je me suis amusée à passer un bon clair de mon temps aux
archives.»
Voilà donc une exposition à ne pas rater, jusqu'au 5 juin. Ne serait-ce que pour se procurer le catalogue (distribué gratuitement) qui répertorie quelques-unes de ces unes «historiques», illustrant la vie «abondante» des étudiants de l'AUB, terreau depuis sa création de nombreux mouvements politiques, économiques, artistiques et littéraires.
Pour mémoire
Une expo à l'AUB pour mieux comprendre la guerre civile du Liban


Beaux souvenirs ou les lettres avaient une valeur , et le verbe un poids et non comme de nos jours ou les réseaux sociaux virtuels interposés n'ont aucun impact .
16 h 54, le 04 juin 2014