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Culture

« Les Absents », ou le soutenable reflet de soi

Parution

Georgia Makhlouf signe ce soir, à la librairie al-Bourj, à partir de 17 heures, son récent ouvrage « Les Absents ». Ce récit rappelle certes les personnes disparues ou simplement parties, mais aussi leur impact sur la vie de la narratrice.

19/03/2014

C'est à travers un simple outil aujourd'hui désuet et obsolète – un carnet d'adresses où sont généralement répertoriés par ordre alphabétique les noms et les numéros de téléphone de personnes proches et moins proches – que l'auteure parle de tous ceux et celles qui ont intervenu dans sa vie et ont contribué à tisser son « devenir ».
Auteure de poèmes et textes pour la jeunesse, ainsi que d'autres ouvrages, notamment Les Hommes debout: dialogue avec les Phéniciens (2007, al-Manar/Alain Gorius) qui a reçu le prix Phoenix, Georgia Makhlouf, correspondante à Paris de L'Orient Littéraire (supplément mensuel de L'OLJ) et membre fondateur ainsi que présidente de l'Association libanaise pour le développement des ateliers d'écriture, Kitabat, évoquait dans Éclats de mémoire: Beyrouth fragments d'enfance, paru en 2006, les petits morceaux d'un puzzle de vie reconstitués. Elle revient aujourd'hui sur le grand schisme de sa vie, celui qui a découpé sa trajectoire en deux, sa double vie entre Beyrouth et Paris, et toutes ces failles qui ont ébranlé son parcours, avec ce nouvel opus, Les Absents (édition «L'Orient des livres»).

Le miroir d'une vie...
C'est donc indirectement, comme si elle se profilait à travers ces portraits surgis de sa mémoire, que Makhlouf raconte cette absence pourtant si présente aujourd'hui. Car si la vie est pétrie de souvenirs (à ne surtout pas confondre avec nostalgie), ce sont ces absents-là, dont parle l'auteure, qui sont le plus souvent le sel ou même le levain de cette vie.
Composé de deux parties, l'avant et l'après-départ du pays natal, le récit est aussi fragmenté en chapitres qui portent le nom, par ordre alphabétique, des personnes répertoriées sur ce carnet d'adresses. Pourtant, dans le cadre des chapitres, nulle mention de temps. Le lecteur n'a qu'à deviner l'enchaînement des événements. Et puis qu'importe, semble dire Makhlouf, ce sont les personnes et leur vécu qui comptent dans ce livre. Seule la grande fracture opérée par la guerre et concentrée dans le personnage de Saydé compte.
Le talent de Makhlouf c'est d'avoir réalisé une géographie des personnages, et non des lieux, qui transcende le caractère personnel et intime. Ces archétypes ont dû certainement régir la vie de tant de Libanais et Libanaises. D'abord Beyrouth et, plus particulièrement, le Beyrouth-Ouest d'une jeune chrétienne. Il y a l'aide de la maison, condensé d'amour et de complicité, la grand-mère et son lustre napoléonien, le cousin qui a pris un jour les armes et a disparu, la copine de classe venue de France et tant d'autres. Et, en filigrane, les rapports familiaux (avec les parents ou les sœurs), les non-dits révélés avec pudeur, les premiers regards croisés, les premières amours et, par conséquent, les déceptions et autres désillusions. Dans la seconde partie, le carnet d'adresses parisien, c'est le rêve (un peu brisé de l'auteure), les personnages aux traits non marqués, comme s'ils étaient de passage. Dans cette partie, Makhlouf devient elle-même l'absente. Car l'exil n'est-il pas lui-même une sorte d'absence? Absence d'un corps, d'une identité que finalement l'auteure a essayé de retrouver et de reconstituer à travers deux carnets d'adresses qui scannent la guerre aux multiples visages vécue par Georgia Makhlouf.

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