À près d'un mois de la très attendue conférence de paix sur la Syrie dites Genève 2, prévue le 22 janvier à Montreux, le président français François Hollande a estimé hier qu'elle ne serait pas un succès si elle devait confirmer le président Bachar el-Assad à la tête de l'État syrien. « Si Genève 2 doit être la confirmation de la transition politique de Bachar el-Assad à Bachar el-Assad, il y a quand même peu de chances que l'on reconnaisse ce rendez-vous comme ayant été la solution politique pour la question syrienne », a déclaré M. Hollande à l'issue d'un sommet européen où les dirigeants ont brièvement discuté du conflit syrien.
Le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, Vincent Floreani, a d'ailleurs dénoncé hier des « crimes de guerre » en Syrie commis par le régime d'Assad, après des bombardements meurtriers à Alep par l'aviation syrienne « incluant le recours au largage de barils d'explosifs ».
L'heureuse invitée
Pendant ce temps, les discussions préparatoires en vue de la conférence de paix pour la Syrie n'ont pas abouti à un accord sur la participation de l'Iran, mais l'Arabie saoudite figure parmi les 26 pays invités, a annoncé hier l'émissaire spécial de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi. « Nous allons discuter un peu plus à propos de la participation de l'Iran. Les États-Unis ne sont pas convaincus que c'est la bonne chose à faire, ce n'est pas un secret qu'à l'ONU nous y sommes favorables », a dit M. Brahimi à la presse à Genève.
Les discussions d'hier ont impliqué dans un premier temps des diplomates de la Russie et des États-Unis, puis ont été élargies dans l'après midi aux autres membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, France, Grande-Bretagne) et dans un troisième temps à des pays voisins de la Syrie qui accueillent un grand nombre de réfugiés syriens.
M. Brahimi a confirmé que le gouvernement syrien lui avait annoncé que sa délégation pour la conférence Genève 2 était « établie » et que « la liste sera rendue publique bientôt ». La composition de la délégation de l'opposition n'est en revanche pas encore fixée, et il a été demandé qu'elle soit si possible prête pour le 27 décembre, sans que cette date ne soit en aucune manière un « ultimatum, comme l'ont dit certains médias », a indiqué M. Brahimi.
Les Kurdes syriens, eux, enverraient deux délégations à Genève 2, une avec l'opposition et une avec les représentants du régime, selon le chef de l'opposition syrienne, Ahmad Jarba. Les représentants des principales organisations kurdes négocient cependant depuis mardi pour tenter de présenter un front uni.
L'émissaire de l'ONU a souligné que la conférence Genève 2 se tiendrait « sans conditions préalables ». Les discussions pourraient durer « un, deux ou trois jours, et si elles sont fructueuses, cela sera beaucoup plus long, il y aura diverses étapes », a encore déclaré M. Brahimi. Il a rappelé que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait demandé à plusieurs reprises aux parties syriennes de prendre des mesures unilatérales en vue de cette conférence de recherche d'une solution politique au conflit qui dure depuis mars 2011.
Mais, ces dernières semaines, Damas n'a cessé de répéter qu'il ne fallait pas attendre à Genève une remise des clés du pouvoir à l'opposition, au point d'irriter la Russie, son plus puissant soutien politique. Le ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, aurait en effet accusé jeudi le président syrien Bachar el-Assad de faire monter la tension par des déclarations sur son éventuelle participation à l'élection présidentielle de 2014, déclarations que l'ambassade russe à Damas s'est empressée de démentir lors d'un entretien avec l'agence officielle SANA. D'après l'ambassade, les propos de M. Bogdanov devaient être remis dans leur contexte et elle a invité tout le monde à consulter l'interview du ministre dans sa totalité sur le site de l'agence Interfax ajoutant que la position de la Russie envers la Syrie n'avait pas changé.
Sous la torture
Sur un autre plan, la dépouille de Abbas Khan, un médecin britannique détenu pour « activités non autorisées » et retrouvé pendu dans sa cellule selon Damas, sera transférée aujourd'hui à Beyrouth, a annoncé Simon Shorno, un porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). M. Shorno a aussi assuré que le CICR n'avait « participé à aucune autopsie », alors que selon le vice-ministre des Affaires étrangères Fayçal Moqdad, le CICR était présent lors d'une dernière autopsie jeudi. Le gouvernement britannique a accusé les autorités syriennes d'être responsables de la mort de ce chirurgien orthopédique de 32 ans emprisonné depuis plus d'un an et sur le point d'être libéré. Une ONG syrienne a également accusé les autorités en expliquant que la thèse officielle du suicide avait déjà été souvent utilisée pour expliquer de nombreux décès sous la torture.
De son côté, l'agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa) a appelé hier la Syrie à lever le siège du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk à Damas, qui aurait selon elle poussé à la fuite des dizaines de milliers de personnes parmi les 170 000 habitants du camp. Selon le commissaire général de l'Unrwa, Filipo Grandi, les conditions humanitaires dans le camp sont en train d'empirer de façon « dramatique ».
Pour ce qui est du démantèlement des armes chimiques, le Royaume-Uni va dépêcher un navire de la Royal Navy pour accompagner les bateaux danois et norvégien qui vont escorter deux cargos devant recueillir des agents chimiques sur la côte syrienne. La destruction de ces agents sera ensuite réalisée dans les eaux internationales, sur un navire de la marine américaine.
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