Au lendemain du double attentat meurtrier à Beyrouth près de l'ambassade d'Iran qui a fait 24 morts et près de 150 blessés, la presse libanaise est unanime : cette attaque constitue une escalade sans précédent.
"Prendre l'Iran pour cible est une escalade dangereuse, le Liban est paralysé devant ces violations", note l'éditorialiste d'An-Nahar, Rosana Bou Monsef. "Cette attaque est liée aux batailles qui se préparent ou qui ont déjà commencé en Syrie (...) Les portes du conflit syrien sont ouvertes et le Liban pourrait s'impliquer de plus en plus dans ce conflit", estime la journaliste.
Les brigades Abdullah Azzam, un groupe lié au réseau islamiste el-Qaëda, ont revendiqué, via le compte Twitter du guide spirituel de l'organisation, le double attentat suicide commis mardi dans la banlieue-sud de Beyrouth.
La double explosion a eu lieu dans le quartier à majorité chiite de Bir Hassan, devant l'ambassade d'Iran. Il s'agit du troisième attentat visant un bastion du Hezbollah, puissant parti armé combattant en Syrie auprès des troupes de Bachar el-Assad, et dont le principal parrain est Téhéran. Mais c'est la première fois que l'Iran est ainsi directement visé.
Pour le quotidien al-Akhbar, le Liban est entré dans "l'ère des kamikazes". "L'opposition syrienne commet des crimes au Liban après avoir accusé des pertes à Alep, à Damas et à Qara dans la région montagneuse du Qalamoun", écrit-on dans l'éditorial du journal. "Les alliés des rebelles syriens veulent transformer le Liban en Irak", poursuit-on.
Même son de cloche du côté de Charles Jabbour, l'éditorialiste du quotidien al-Joumhouria, qui estime que le timing de l'attentat est lié au début de la bataille dans les régions montagneuses du Qalamoun en Syrie entre le régime et les rebelles. "Le séisme syrien menace de s'étendre au Liban (...) La seule solution est le retrait des combattants du Hezbollah de Syrie, mais cela est impossible", estime le journaliste. "Pourtant, le fait que des kamikazes aient mené l'attaque prouve qu'il s'agit d'une très grave escalade dans le conflit", poursuit-il.
À l’issue de près de trois jours de combats, l’armée syrienne a repris mardi aux rebelles la localité de Qara dans la région-clé de Qalamoun, sur la route stratégique entre Damas et Homs. Les combattants du Hezbollah, engagés depuis des mois aux côtés des troupes d'Assad, sont partie prenante dans la bataille de Qalamoun. Lundi, l'un des chefs charismatiques de la rébellion syrienne est mort, autre coup dur pour les insurgés Le dirigeant du groupe Liwa al-tawhid, Abdel Qader Saleh, âgé de 33 ans, a succombé à des blessures infligées lors d'un raid de l'armée jeudi dernier.
L'éditorialiste du quotidien As-Safir s'inquiète, pour sa part, de la situation sécuritaire au Liban. "C'est de la folie, n'importe quelle ambassade est désormais menacée. Beyrouth est la grande victime et les Libanais sont tous pris de panique". "Le Liban est désormais impliqué dans un conflit régional qui pourrait se transformer en conflit international", poursuit-on dans l'édito.
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11 h 41, le 20 novembre 2013