Yasser Arafat et son épouse Soha, peu avant le départ du leader historique palestinien pour la France d’où il ne reviendra jamais. Photo d’archives/AFP
Yasser Arafat est mort empoisonné au polonium en 2004, a déclaré hier sa veuve Soha sur la foi de premières expertises, neuf ans après le décès près de Paris de l’ancien président de l’Autorité palestinienne. « Il s’agit d’un vrai crime, d’un assassinat politique », a dit Soha Arafat à Paris, après avoir reçu un rapport de l’Institut de radiophysique de Lausanne sur les analyses effectuées sur la dépouille de l’ancien leader palestinien. Ce rapport « confirme tous nos doutes », a-t-elle ajouté après avoir rencontré des experts suisses, l’une des trois équipes de légistes chargés d’effectuer des examens. « Il est scientifiquement prouvé qu’il n’est pas mort de mort naturelle et nous avons la preuve scientifique que cet homme a été tué », a-t-elle ajouté.
Les experts suisses ont trouvé dans le fémur et les côtes de Yasser Arafat un niveau de polonium de 18 à 36 fois supérieur à la normale, selon le rapport dont une copie a été diffusée hier par la chaîne qatarie al-Jazira. Toutefois, les experts ajoutent : « Les résultats soutiennent modérément l’hypothèse que la mort a été la conséquence d’un empoisonnement au polonium 210 ». Le professeur britannique David Barclay, auquel al-Jazira a demandé d’interpréter les résultats, est toutefois plus catégorique. « À mon avis, il est absolument certain que la cause de la maladie (de Yasser Arafat) était un empoisonnement au polonium », a-t-il dit.
Soha Arafat n’accuse aucun pays ou individu en particulier, mais souligne que le leader historique de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP), qui signa en 1993 un accord de paix intérimaire à Oslo avec Israël, mais mena ensuite une révolte en 2001 lorsque d’autres pourparlers échouèrent, avait beaucoup d’ennemis.
Les conclusions de Moscou
De leur côté, les juges français chargés d’une enquête pour assassinat n’ont pas encore reçu le résultat des expertises effectuées par des légistes français après l’exhumation du corps, a-t-on appris auprès du parquet de Nanterre. Le corps de Yasser Arafat a été exhumé en novembre 2012 à Ramallah, huit ans après son décès, pour les besoins d’une enquête qui doit déterminer s’il est mort empoisonné, comme le pensent de nombreux Palestiniens. Une enquête pour assassinat avait été confiée quelques mois plus tôt à trois juges d’instruction de Nanterre, après l’annonce par l’Institut de radiophysique de Lausanne de la découverte d’une quantité anormale de polonium sur des effets personnels remis par sa veuve.
Yasser Arafat est décédé à l’âge de 75 ans après une courte et mystérieuse maladie, le 11 novembre 2004 à l’hôpital militaire de Percy, à Clamart dans les Hauts-de-Seine, où il avait été transféré avec l’accord d’Israël après avoir été isolé par l’armée israélienne dans son QG de Ramallah. Aucune autopsie n’avait été pratiquée à l’époque, à la demande de sa veuve, et les médecins français qui l’ont soigné se sont déclarés incapables de déterminer la cause du décès.
Une vingtaine de prélèvements ont été effectués après l’exhumation et des échantillons distincts ont été confiés à des équipes de médecins légistes français et suisses, ainsi qu’à une équipe d’experts russes, invités par les Palestiniens à aider à l’examen. En octobre, le responsable de l’agence russe de médecine légale a déclaré que les échantillons prélevés sur le corps de Yasser Arafat ne laissaient en rien penser à un empoisonnement au polonium, a rapporté l’agence Interfax. Mais l’Agence fédérale de médico-biologie a démenti officiellement que son directeur, Vladimir Uiba, ait tenu de tels propos et s’est contentée de préciser qu’elle avait remis ses conclusions au ministère russe des Affaires étrangères.
Le polonium a été à l’origine du décès de l’espion russe Alexandre Litvinenko à Londres en 2006, mais certains experts se demandent comment Yasser Arafat aurait pu mourir de la sorte, soulignant qu’il a connu un bref rétablissement pendant sa maladie qui ne colle pas avec la thèse d’un empoisonnement radioactif. Ils notent également que l’ancien président palestinien n’avait pas perdu tous ses cheveux, comme c’est le cas avec le polonium.
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