Nohad Naufal, ou cinquante ans d’efforts pour Zouk Mikael.
La ville de Zouk Mikael, dans le Kesrouan, se démarque sérieusement de son entourage urbain. Dans ses ruelles, la modernité n’annihile pas le cachet traditionnel libanais, et les marches de pierre sous les bougainvillées valent bien un détour du côté du vieux souk, remis à neuf. Dans l’amphithéâtre romain, les arcades sont une réminiscence d’un autre monde, et dans la verdure rampante au beau milieu de la ville, les sculptures de toutes formes donnent au lieu une fraîche dimension artistique.
« Souriez, vous êtes à Zouk Mikael », dit l’écriteau. Mais il n’est nullement nécessaire d’appeler au sourire. Une promenade sous le soleil de Zouk, au petit matin, est garante du réflexe de dérider le plus préoccupé vagabond, venu se changer les idées dans ce « village » casé au sein de la ville. Un village repu de son histoire, de ses habitants, de ses musées de tissage de la soie, de ses dalles de pierre, de ses mosaïques, de ses clochers, de ses couleurs.
Aujourd’hui, à Zouk Mikael, l’esprit est à la fête. Des banderoles rappellent aux passants que la municipalité de Zouk a été fondée il y a cent ans. De ces années, cinquante ont été marquées par le règne de l’avocat Nohad Naufal, aujourd’hui doyen des présidents des conseils municipaux au Liban. En 1963, Nohad Naufal héritait, à seulement 26 ans, d’une municipalité endettée et peu performante. Il est alors le plus jeune chef municipal. Cinquante ans plus tard, le changement est drastique ; Zouk Mikael est une ville modèle, et Nohad Naufal y est pour quelque chose, il y est pour beaucoup.
« Zouk Mikael s’est transformée. Il y a cinquante ans, il n’y avait pas d’infrastructure réelle ni de superstructure, explique M. Naufal à L’Orient-Le Jour. Aujourd’hui, de nouveaux centres ont été créés, comme la Maison des jeunes et de la culture. L’école publique Élias Abou Chabké a été rénovée, l’amphithéâtre romain aussi, les routes et des jardins publics ont été aménagés, le Festival de Zouk est très réussi, et la création de comités de quartiers permet aux citoyens de mieux faire entendre leurs revendications. Zouk Mikael s’est développée et ce développement est contagieux pour les villes aux alentours. » Pour Nohad Naufal, qui est aussi le président de la Fédération des municipalités de la région de Ftouh-Kesrouan, la nature du travail municipal dans le pays a changé, s’orientant « vers une plus grande décentralisation administrative ».
Son conseil pour rester président d’un même conseil municipal cinquante ans d’affilée ? « Respecter l’égalité des charges envers les citoyens et ne pas avoir d’ambition personnelle, politique ou pécuniaire, car les corrompus ne dureront pas », souligne-t-il. « Un président de conseil municipal doit sûrement avoir aussi une vision pour réussir, dit-il, mais ce qui a marqué en outre mon mandat, c’est d’avoir pu garantir que toutes les grandes décisions ont été prises à l’unanimité et avec l’approbation de tous. Par ailleurs, ce travail a besoin de passion, et celui qui me succédera devra être passionné pour réussir. Je suis plein d’espoir concernant les jeunes de Zouk Mikael, et j’espère seulement que la politique n’interviendra pas dans le travail municipal à l’avenir, car c’est le souci du développement qui doit prévaloir. » Et d’ajouter : « C’est aussi la gratitude des gens, leur confiance et leur fidélité qui m’ont encouragé durant toutes ces années, ainsi que le fait de voir que mes efforts aboutissaient à des résultats concrets. »
Un Palais des sports et des spectacles
Pour le futur, M. Naufal estime que Zouk Mikael ne manque de rien, et qu’il faudra œuvrer pour maintenir et conserver les acquis. Mais cela ne veut en aucun cas dire que l’avocat est à court d’idées. Un nouvel édifice verra en effet le jour bientôt à Zouk Mikael, le Palais des sports et des spectacles. Une initiative de la municipalité d’une grande envergure, « et qui ne coûtera pas moins que dix à douze millions de dollars », selon M. Naufal, qui explique que « le centre comprendra des salles et des terrains de sport, des salles de conférences, des restaurants, ou encore une bibliothèque ». Le projet amorcé il y a quelques années est encore un chantier, et c’est sur ce chantier que la cérémonie en hommage à Nohad Naufal se tiendra aujourd’hui, à 18 heures, en présence du président de la République Michel Sleiman, du Premier ministre démissionnaire Nagib Mikati, du député français et ancien ministre Patrick Ollier, de l’ancienne ministre française et députée Michèle Alliot-Marie, du patriarche maronite Béchara Raï, et de nombreuses figures politiques, médiatiques et municipales venues célébrer l’événement.
Un jubilé d’or se fête effectivement. Et celui de Nohad Naufal est riche en émotions, empreint de générosité... et de transparence.
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