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Liban

L’alternative de la neutralité : un nouveau sujet de polémique

Conférence La réflexion sur la neutralité du Liban s’imposait depuis un certain temps. D’autant que le Liban se retrouve, plus que jamais aujourd’hui, confronté à la sempiternelle problématique de ses rapports ou plutôt de son inféodation aux puissances régionales dont l’influence sur le pays du Cèdre est devenue légendaire à travers son histoire tumultueuse. Un cercle vicieux qui doit être brisé, de l’avis de l’ambassadeur de Grande-Bretagne.
11/10/2013
Tom Fletcher s’exprimait lors d’une conférence parrainée par le Centre Issam Farès qui a rassemblé responsables politiques, diplomates et juristes, le temps d’un échange d’arguments et d’un débat, par moments houleux, sur le thème de « l’alternative de la neutralité du Liban ».
« La neutralité en ces temps qui courent est plus une nécessité pour le Liban qu’une option », a déclaré Tom Fletcher qui, aveu rare dans le milieu diplomatique, a reconnu la part de responsabilité de la communauté internationale égale et tout aussi importante que celle des Libanais. À ces derniers, il conseille « de passer moins de temps à tendre l’oreille aux ambassadeurs étrangers et à s’écouter les uns les autres un peu plus, dans une perspective constructive ».
Neutralité ne signifie pas faiblesse, encore moins une position amorale ou apolitique. Elle ne signifie pas non plus la politique de l’autruche. C’est par cette formule lapidaire que M. Fletcher a défini sa vision de la neutralité, en faveur de laquelle il s’est clairement prononcé : « Si les complots généralement imputés aux grandes puissances dans la région visent à épargner le Liban, je serai plus qu’heureux d’y participer », a-t-il soutenu.
Encore faut-il savoir de quelle neutralité il s’agit, tant il est vrai que ce concept si souvent galvaudé dans l’arène politique se prête à des interprétations et applications diverses souvent déconnectées des réalités juridiques qui déterminent ce processus.
Neutralité permanente ou circonstancielle, provisoire ou limitée ? Comment comprendre la déclaration de Baabda sous cet angle ? Le Liban est-il prêt pour ce « bond qualificatif » selon certains, à la lumière du bouillonnement régional qui entraîne le pays bon gré, mal gré dans ses sillages ? Peut-on parler de neutralité lorsqu’un pays comme le Liban est lié par son adversité à Israël, d’une part, et par des accords de défense à ce jour inaliénables avec la Syrie, d’autre part ?
Mais avant tout, peut-on parler de neutralité lorsque les Libanais ne sont pas encore d’accord entre eux sur une politique étrangère commune, voire sur l’idée même d’une neutralité provisoire et partielle, appelée à tort ou à raison « distanciation » ?
Ce clivage majeur n’a pas manqué de transparaître lors des interventions respectives des conférenciers, selon qu’ils relevaient de l’un ou l’autre camp politique.
C’est ainsi que le député de la Jamaa islamiya Mohammad el-Hout s’est dit en faveur de la neutralité par rapport aux conflits qui secouent le monde arabe – à l’exception d’Israël –, préconisant le retour à la fameuse formule selon laquelle le Liban doit soutenir toute entente entre les États arabes et afficher sa neutralité dès lors qu’ils sont en conflit.
Tout en admettant la nécessité pour le Liban de se préparer à affronter toute agression provenant de « l’ennemi israélien », le député a prêché une seule et unique résistance, celle menée exclusivement par l’État libanais.
Ce n’est certes pas l’avis du directeur du centre de recherches et de documentation relevant du Hezbollah, Abdel Halim Fadlallah, qui a évoqué l’inaptitude du Liban à s’engager sur cette voie, à cause notamment de « la difficulté de séparer entre la distanciation par rapport aux conflits arabo-arabes et la distanciation relative au conflit israélo-arabe, intimement liés par une relation dialectique ». L’impossibilité pour le Liban d’être neutre est en outre commandée par le fait qu’il doit être omniprésent dans les cercles de la prise de décision sur le plan régional. Et M. Fadlallah de développer la logique selon laquelle « plus le Liban est fortement présent au niveau régional, plus sa force dissuasive face à Israël sera décuplée ». Enfin, conclut l’intervenant, qui dit neutralité suppose l’existence d’une condition incontournable, à savoir « un régime politique capable de gérer les crises, ce qui n’est pas le cas au Liban ».
Pour Samy Gemayel, qui a invité les blocs parlementaires à plancher sur la proposition d’amendement constitutionnel présenté par les Kataëb « en faveur de la neutralité du Liban par rapport aux conflits régionaux et internationaux », proclamer la neutralité permanente d’un pays ne signifie pas nécessairement se déresponsabiliser des questions des droits de l’homme. La neutralité, a expliqué le député, devrait permettre de casser la logique qui anime à chaque fois les parties qui se trouvent hors du pouvoir, celle qui les incite à aller puiser leur force auprès d’un État « ami » pour renverser l’équipe en place.
Élaborant les différentes approches juridiques de la question de la neutralité, le professeur de droit Chafic Masri a précisé que la neutralité permanente du Liban est « irréalisable », notamment à cause de la situation d’hostilité avec Israël, consacrée dans l’accord d’armistice, à cause de la charte de défense arabe commune et, surtout, de l’accord de coopération et de fraternité avec la Syrie qui empêche les grandes puissances de s’engager à garantir la neutralité du Liban, un pays par ailleurs incapable de protéger ses frontières à lui seul, a-t-il relevé. « Il faut déjà commencer par annuler les accords de défense et de sécurité mutuelles entre le Liban et la Syrie pour pouvoir prétendre à la neutralité », a-t-il dit.
Le juge Peter Germanos, quant à lui, a clairement dit oui à la neutralité, soulignant la nécessité d’une modification inéluctable de la Constitution et – suggestion intéressante – de la reformulation du concept de forces armées libanaises par le biais de la création d’une « armée de milices sur le modèle de l’armée suisse ».
C’est par une interrogation que le député Alain Aoun a abordé le sujet en se demandant comment des composantes majeures de la société libanaise pourront se défaire des liens profonds de type matériel, culturel, politique, voire militaire, tissés avec des puissances régionales.
Le courant du Futur garantira le respect de la neutralité du Liban par ses alliés, a promis pour sa part l’ancien ministre Mohammad Chatah qui a considéré la déclaration de Baabda – « qui n’a rien de circonstanciel » – comme fondatrice du processus de neutralité, entendu non seulement à l’égard de la crise syrienne, mais également par rapport à tous les autres conflits « excepté celui avec l’État hébreu ».

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SAKR LOUBNAN

JE M'EXCUSE... MAIS LE TITRE SONNE FAUX... CAR C'EST UN BIEN VIEUX... TRÈS VIEUX MÊME... SUJET DE POLÉMIQUE ! AUSSI VIEUX QUE LE LIBAN !!! ET QUI PARTAGE ET DIVISE...

SAKR LOUBNAN

LES UNS VEULENT DÉFENDRE LE PAYS EN LE GARDANT NEUTRE... ET LES AUTRES VEULENT LE DÉTRUIRE EN S'IMMIXANT DANS TOUT CE QUI NE NOUS REGARDE PAS !

Halim Abou Chacra

Ce n'est pas si compliqué. Sont contre la neutralité du Liban, conçue par rapport à tout conflit régional et/ou international excepté le conflit avec Israel, les forces politiques de ce pays qui sont esclaves de pays étrangers et qui ont des liens organiques avec ces pays. La loyauté de telles forces n'est point pour le Liban mais pour lesdits pays étrangers. C'est là une immense anomalie. Tout simplement.

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