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À La Une - Proposition

Une intégration des combattants de Tripoli au sein des forces de sécurité est-elle possible ?

Une idée avancée par un leader de Bab el-Tebbaneh et évoquée « sous conditions » par Mikati.

Des miliciens sunnites de Bab el-Tebbaneh à Tripoli. Archives/AFP

Le 26 septembre dernier, Ziad Allouki, un des chefs parmi les combattants de Bab el-Tebbaneh à Tripoli (Liban-Nord), annonçait que 500 miliciens de son quartier seraient « prêts à rendre leurs armes à condition que l’État leur assure des opportunités de travail et annule les mandats d’arrêt contre eux ».


Des propos tenus à la veille d'une importante réunion au Sérail de Tripoli, durant laquelle des hauts responsables, dont le Premier ministre sortant Nagib Mikati, ont discuté du plan sécuritaire prévu pour la ville.


La capitale du Nord du Liban est le théâtre depuis la guerre civile (1975-1990) d’affrontements violents et récurrents entre les quartiers de Bab el-Tebbaneh (à majorité sunnite et anti-Assad) et de Jabal Mohsen (à majorité alaouite et pro-Assad). Des violences qui se sont intensifiées depuis le début du conflit en Syrie, avec des accrochages plus fréquents entre les deux quartiers historiquement rivaux.
Tripoli a, en outre, été secouée par un double attentat meurtrier le 23 août dernier, qui a aggravé un peu plus encore la crise sécuritaire et économique.


Dans ce contexte, Nagib Mikati a demandé, lors d’un point presse à l’issue de la réunion de samedi dernier, « qu’il n’y ait plus le moindre dérapage sécuritaire à Tripoli ».

 

Ziad Allouki annonce, dans un entretien avec la chaîne de télévision
LBCI, que 500 combattants de Bab el-Tebbaneh sont prêts à rendre
leurs armes, si l'Etat leur assure des opportunités de travail.

 


Interrogé sur l’initiative de Ziad Allouki, le Premier ministre démissionnaire a annoncé avoir « évoqué avec le ministre sortant de l’Intérieur Marwan Charbel la possibilité d’intégrer ces personnes-là aux Forces de sécurité intérieure (FSI), d’autant plus que les FSI vont bientôt lancer une opération pour le recrutement de 2 000 membres ». « Nous sommes prêts à aider ces jeunes à trouver du travail s’ils sont vraiment convaincus (de la nécessité) de se conformer aux consignes de l’État et de ses institutions. Cela correspond à la logique du plan sécuritaire que nous préparons pour la ville », a-t-il ajouté.


Contacté pour plus de précisions sur la portée de cette déclaration, Farès Gemayel, conseiller de presse de
M. Mikati, indique toutefois à lorientlejour.com que l’intégration d’ex-miliciens au sein des forces de sécurité est « hors de question » si ces derniers « ne possèdent pas de casier judiciaire vierge ». « Cette proposition n’est pas actuellement sur la table, elle a uniquement été évoquée lors des discussions. De toute façon, il y a des conditions particulières requises pour qu’un individu soit recruté au sein des FSI », martèle M. Gemayel.


Même son de cloche du côté de Michel Karam, conseiller du ministre sortant de l’Intérieur Marwan Charbel. « Il s’agit d’une idée, il n’y a rien de concret en ce moment concernant cette proposition », explique-t-il à lorientlejour.com, avant de préciser que seule la justice libanaise a le droit d’effacer des condamnations d’un casier judiciaire. L’hypothèse d’une intégration d’ex-miliciens « a été évoquée afin d’absorber les tensions dans la ville », poursuit-il.


Une intégration d’ex-miliciens et d’ex-combattants au sein des forces de sécurité libanaises a déjà eu lieu au Liban, à la fin de la guerre civile. Cette intégration avait toutefois eu lieu « dans le cadre d’une solution générale » à un conflit, rappelle toutefois à lorientlejour.com le général à la retraite Wehbé Katicha. « Évoquer ce genre de solution (pour mettre fin aux violences à Tripoli) aujourd’hui pourrait encourager les jeunes à s’armer, dans le but d’intégrer les forces de sécurité », met en garde le conseiller de Samir Geagea, chef du parti des Forces libanaises (FL).
« Une décision pareille risque même de créer d’autres problèmes dans la région, certains ex-miliciens pourraient en effet profiter de leur poste pour mettre la pression sur l’État », poursuit-il.
Selon M. Katicha, la meilleure solution est « d’éloigner les jeunes de la violence et de créer des opportunités de travail en améliorant la situation économique de Tripoli ».


Le secrétaire général du Parti arabe démocrate Rifaat Ali Eid (principal parti du quartier de Jabal Mohsen, NDLR) se veut lui aussi sceptique, et qualifie l’intégration des miliciens de « solution improbable ».
« De toutes les manières, la décision de rendre les armes à l’État » n’est pas du ressort des combattants (de Bab el-Tebbaneh) et de leurs chefs. Cette question est bien plus compliquée, les responsables politiques parlent pour ne rien dire, ces combattants ne vont pas rendre leurs armes », explique-t-il.
Selon lui, « la mise en place du plan sécuritaire prévu pour Tripoli nécessite une dizaine d’années ». « Avant de régler cette affaire, (les responsables politiques) doivent trouver une solution aux groupes extrémistes étrangers, comme Jabhat el-Nosra, qui se sont infiltrés dans la ville», conclut-il.

 

 

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