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Alibi en sang massif

L’éditorial de Issa GORAIEB
OLJ
18/09/2013

Au commencement de nos malheurs était la création d’Israël, est-il communément admis. Et cela continue. Car non seulement le problème de Palestine demeure entier, non seulement de nouveaux territoires ont été perdus au fil des décennies, mais les convulsions de ce conflit ont généré d’innombrables autres crises non moins graves. Mais comment oublier pour autant l’énorme part de responsabilité que portent les Arabes eux-mêmes dans cette marche forcenée à contresens de l’histoire ?

 

C’est prétendument pour venger la débâcle militaire de 1948 que des monarques corrompus étaient renversés par des officiers qui allaient s’avérer encore plus despotiques. C’est aussi pour faire face à la formidable machine de guerre israélienne – mais en réalité pour mieux bétonner leur pouvoir – que ces fringants révolutionnaires privaient leurs concitoyens de pain pour se suréquiper en canons. C’est encore au nom de la cause sacrée que la guérilla palestinienne perdait littéralement la boussole et désertait la voie de Jérusalem pour se fourvoyer du côté de Beyrouth et Jounieh.


Nous, Libanais, n’avons pas fini de côtoyer l’absurde et même de le vivre sur place, en direct. Tout près de nous, un tyran impitoyable use contre son peuple de ces mêmes armes chimiques qui
devaient servir, en théorie, à instaurer un équilibre de la terreur face à la menace nucléaire israélienne. Pris la main dans le sac, il accepte néanmoins de s’en dessaisir, ou du moins fait semblant, à seule fin de conserver, pour un temps, son trône branlant et ruisselant de sang. Et c’est pour prêter main-forte au tortionnaire que le Hezbollah, sur instructions de son patron iranien, envoie ses hommes guerroyer en Syrie en invoquant, sans l’ombre d’un sourire, les impératifs de la résistance à l’ennemi israélien...


C’est de ce même alibi que la milice nous rebat les oreilles, alors qu’elle mène imperturbablement sa razzia sur les divers rouages de l’État. Qu’elle se pose en émule (sinon en substitut) de l’État. Et qu’elle s’en explique en arguant de la faiblesse de ce même État qu’elle-même s’acharne à saper. La courageuse, la salutaire vague de protestations que provoquent, dans la ville de Zahlé, les travaux d’installation, de réfection ou d’entretien, allez savoir, du réseau de télécommunications privé du Hezbollah, est venue rappeler aux Libanais l’existence d’une toile d’araignée en constante croissance, l’intrusion rampante, chez eux, de ces grandes oreilles qui peuvent tout écouter. Et cela au nom, une fois de plus, de la résistance à l’ennemi.


S’il n’existait déjà sur les ruines de l’infortunée Palestine, sans doute aurait-il fallu l’inventer, celui-là...

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

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