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À La Une - Liban

Expérience pilote à la municipalité de Ajaltoun : les enfants associés à la gestion locale de la chose publique

Un projet de développement réalisé grâce à une collaboration entre le bureau de la Coopération italienne au Liban et le ministère des Affaires sociales permet aux enfants, de 12 à 17 ans, de six municipalités d’être associés à la gestion de leur village, secondés en cela par le conseil municipal de leur localité. Expérience pilote à la municipalité de Ajaltoun...

Deux des membres du conseil municipal des enfants, Samuel Doummar et Anthony Malek, de gauche à droite, portant l’écusson offert par le village italien lié à Ajaltoun par un projet de jumelage.

Si j’étais président de Gérard Lenorman présente un monde guimauve fait à la mesure des enfants, plein de pâtisseries, d’orangeade, de manèges et de personnages de dessins animés. Et pourtant, quand les enfants parlent par eux-mêmes, le résultat est tout autre et ce n’est pas Rima Malek qui vous dira le contraire. En effet, depuis juillet 2012 elle est en charge, au sein de la municipalité de Ajaltoun, d’un projet assez atypique qui met les enfants entre 12 et 17 ans à l’honneur et vise à les intégrer à la vie citoyenne. Ainsi, à Ajaltoun, une quinzaine d’enfants représentatifs de la population de la localité, regroupés dans le cadre d’une version junior du conseil municipal, participent à la prise de décisions afin que la ville leur ressemble un peu plus.


Le projet MoSAIC (Ministry of Social Affairs Initiative Child-centered) est lancé en collaboration avec le bureau de la Coopération italienne au Liban et englobe aujourd’hui six municipalités dans tout le pays : Ajaltoun fait partie des trois expériences pilotes, au même titre que Jdeideh-Sadd el-Bauchrieh et Chiyah. Ont suivi les municipalités de Tyr, Bebdin et Rachaya. L’objectif recherché est d’inculquer aux enfants un esprit citoyen en les associant à la gestion de la chose publique.


Le projet, mis à exécution grâce à une étroite collaboration entre la Coopération italienne (instance qui soutient des projets de développement) et le ministère des Affaires sociales, s’inscrit ainsi dans la logique de la décentralisation administrative qui se fait toujours attendre... Le projet avait été initialement mis sur les rails par l’ancien ministre Sélim Sayegh.

 


Des critères spécifiques
« Il a tout d’abord fallu former le conseil des enfants, explique Rima Malek, membre du conseil municipal de Ajaltoun. Des critères très spécifiques nous ont été envoyés afin que le groupe soit vraiment représentatif des jeunes de Ajaltoun. Il fallait respecter des quotas relatifs à l’âge, au parcours scolaire, et le conseil municipal des enfants devait comporter un même nombre de filles et de garçons. Les enfants devaient impérativement habiter Ajaltoun. »
L’équipe a ensuite suivi une formation afin d’être initiée aux droits de l’homme et de l’enfant, au rôle du citoyen et à ses responsabilités. Au programme aussi, des ateliers de journalisme et de formation de projets. En mars 2013, le conseil municipal des enfants de Ajaltoun a élaboré lui-même son pacte qui a été validé par le président de la municipalité, Clovis al-Khazen, qui exprime un réel enthousiasme à l’idée de voir les enfants du village faire part de leur vision des choses. « Cette coopération continue et ce contact quasi journalier nous ont permis d’ouvrir les yeux sur les besoins de nos enfants, relève notamment Clovis el-Khazen. De notre temps, cela était impossible, en partie à cause de la guerre, mais aujourd’hui, il est de notre devoir d’être à l’écoute de nos enfants, de leur faire confiance et de leur donner le sens des responsabilités, car c’est par eux seuls que viendra le changement. En un sens, nous sommes là pour appliquer leurs projets afin qu’ils soient réalisables. Le manque de fonds reste néanmoins le principal obstacle auquel nous faisons face », souligne dans ce cadre Clovis el-Khazen.

 


Jumelage avec un village italien
En plus de la participation active des enfants à la vie municipale, le projet MoSAIC comprend un jumelage avec un village italien : Ajaltoun a donc trouvé son homologue italien dans le cadre d’une collaboration avec la municipalité de Giffoni Sei Casali, près de Naples. « Giffoni Sei Casali ressemble beaucoup à Ajaltoun, d’où le choix de cette municipalité », déclare Clovis el-Khazen. Deux enfants de la localité y ont d’ailleurs été en mars dernier afin d’observer les projets accomplis là-bas. « Ici, souligne Rima Malek, ils sont prédisposés à agir en fonction des attentes des adultes, alors que les enfants italiens sont plus libres dans leur rapport au monde. »


Donc des projets par les enfants pour les enfants mais aussi pour Ajaltoun dans son ensemble. Outre les soirées musicales organisées par le conseil municipal des enfants et de nouvelles habitudes de recyclage dont ils ont pris l’initiative, les jeunes de Ajaltoun ont des projets plein la tête : un centre culturel avec médiathèque et bibliothèque, un terrain de foot afin que les jeunes puissent se retrouver autour d’un loisir commun dans un espace approprié. « Il est de notre devoir de participer à ce projet, relève Samuel Doummar, membre du conseil municipal des enfants. C’est à nous de faire en sorte que Ajaltoun soit ce qu’on veut qu’elle soit. Nous sommes devenus en quelque sorte les porte-parole de tous les enfants qui ont maintenant, à travers nous, voix au chapitre. »


« C’est une expérience exceptionnelle, poursuit Anthony Malek, lui aussi membre du conseil municipal des enfants. On a en plus eu la chance de tomber sur une équipe qui est vraiment à notre écoute (le conseil municipal officiel de Ajaltoun). Le projet nous a, en plus, permis de faire de belles rencontres, comme par exemple avec les enfants de Chiyah, ce qui aurait été impossible autrement. »


Avec des mandats de deux ans, le projet MoSAIC permet à un grand nombre d’enfants de participer à la vie de leur municipalité. Une véritable initiation à la citoyenneté qui porte ses fruits non seulement sur le terrain, mais qui en fera sans doute des adultes plus responsables et plus conscients. « Il est temps de parler moins et d’écouter plus, dit Rima Malek, de laisser les enfants dire ce qu’ils veulent et non ce qu’on a envie d’entendre. » Car, comme l’a affirmé Clovis al-Khazen, « il est possible de mesurer l’évolution d’une société par la place que ses adultes donnent au monde de l’enfance dans leurs lois, mais aussi dans les prises de décision quotidiennes ».


Pour plus d’informations, visiter la page Facebook consacrée aux activités du conseil municipal des enfants de Ajaltoun
https://www.facebook.com/pages/Ville-Amie-des-Enfants/50330236024153


Ou le blog consacré au projet MoSAIC
http://www.childfriendlycities-mosaic.com

 

 

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