Sur cette image tirée d'une vidéo postée par des activistes syriens, des experts de l'ONU sur un site où a eu lieu une attaque à l'arme chimique, selon l'opposition syrienne. AFP PHOTO
Les inspecteurs de l'ONU en Syrie se sont rendus lundi dans une zone proche de Damas pour enquêter sur un éventuel usage d'armes chimiques et ont rencontré des médecins et des victimes présumées, selon des militants et des vidéos.
Les experts se sont rendus sur place malgré le fait d'avoir été la cible de tireurs embusqués non identifiés, les forçant à rebrousser chemin pour changer de véhicule, selon l'ONU. Le régime a attribué ces tirs aux rebelles.
Malgré "ces circonstances très difficiles", ils ont pu "visiter deux hôpitaux et parler à des témoins, des survivants, et des médecins et ils ont pu aussi recueillir des échantillons", a déclaré le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.
Il faudra "attendre un peu pour avoir le premier avis du Dr (Aake) Sellström", chef de l'équipe, sur ces éléments, a-t-il précisé.
Dans des vidéos diffusées sur internet, mais où le son n'est pas très clair, les inspecteurs sont apparus dans ce qui ressemble à un hôpital de fortune, portant des casques bleus, s'exprimant en anglais dans un vestibule.
Dans d'autres salles, un médecin traduit à un inspecteur les propos d'un homme, aux côtés d'une autre personne portant un masque médical.
Des inspecteurs apparaissent également auprès d'une infirmière près d'un lit sur lequel un homme est allongé. Un autre expert prend des notes sous le regard de plusieurs personnes.
Dimanche, soit quatre jours après l'attaque présumée, le régime syrien a donné son feu vert à la mission d'experts onusiens pour qu'ils se rendent dans la Ghouta orientale à Moadamiyat al-Cham pour enquêter sur l'usage présumée d'armes chimiques. Cette autorisation est intervenue après des accusations de pays occidentaux.
Un responsable américain a d'ailleurs affirmé à l'AFP que l'autorisation de Damas arrivait "trop tard pour être crédible, notamment parce que les preuves disponibles ont été largement altérées par les bombardements continus menés par le régime". Selon lui, il reste "très peu de doutes" sur l'usage d'armes chimiques, une affirmation soutenue notamment par la France et la Grande-Bretagne.
(Repère : Les armes chimiques du régime syrien, un arsenal mystérieux)
Le président Bachar el-Assad a fustigé les allégations de l'opposition et de certains pays occidentaux, affirmant qu'accuser son régime avant l'enquête était contraire au "bon sens". Il a également prévenu qu'en cas d'intervention, "les Etats-Unis essuieront un échec comme lors de toutes les guerres précédentes".
Une réaction "arbitrée dans les jours qui viennent"
Alors que les tractations sur une possible action militaire battent leur plein, le chef de la diplomatie britannique William Hague a estimé qu'il était "possible" de répondre à l'usage d'armes chimiques sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU, tout en refusant de "détailler les options militaires" envisagées par les Occidentaux. Redisant sa conviction que le régime avait utilisé des armes chimiques le 21 août, il a estimé qu'une intervention serait possible pour des motifs de "détresse humanitaire".
Le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a déclaré pou sa part que les forces américaines étaient prêtes à agir contre le régime syrien si nécessaire. Il a néanmoins précisé que les Etats-Unis n'interviendront en Syrie que dans un cadre légal et de concert avec la communauté internationale.
Le secrétaire américain à la Défense a l'intention de s'entretenir du dossier syrien avec ses homologues français et britannique, a par ailleurs indiqué un responsable de l'administration américaine, ajoutant qu'il est de plus en plus certain que le gouvernement syrien a eu recours la semaine dernière à des armes chimiques contre des civils dans une banlieue de Damas.
Un haut responsable américain qui a requis l'anonymat a d'ailleurs réitéré qu"il y a des signes forts pointant en direction de l'utilisation d'armes chimiques" par le régime syrien. Le sénateur américain John McCain a, lui, estimé qu'une "véritable" réponse des Etats-Unis ne nécessitait pas une confirmation de l'ONU sur l'utilisation d'armes chimiques.
Lundi, de hauts responsables militaires de pays occidentaux et musulmans entameront une réunion de deux jours en Jordanie pour discuter "des scénarios" possibles après les "dangereux développements" en Syrie, selon Amman. Le chef d'état-major inter-armées américain, le général Martin Dempsey, participera à cette réunion.
Pour autant, la Maison Blanche a démenti des informations du quotidien britannique Telegraph affirmant que Washington et Londres s'apprêtaient à lancer une action militaire commune "dans les prochains jours".
(Repère : Les scénarios d'intervention militaire en Syrie)
Pour le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, les pays occidentaux décideront d'une réaction "arbitrée dans les jours qui viennent", tandis que la Turquie, alliée des rebelles, se disait prête à rejoindre une coalition contre la Syrie, même sans consensus à l'ONU. L'Allemagne approuverait une éventuelle "action" de la communauté internationale si l'usage d'armes chimiques en Syrie était confirmé, a indiqué pour sa part le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle.
Pressions psychologiques et politiques
Face à ces déclarations, le régime syrien s'est dit prêt à faire face "à tous les scénarios".
"Les menaces occidentales de frappe contre la Syrie entrent dans le cadre des pressions psychologiques et politiques sur la Syrie, mais dans tous les cas nous sommes prêts à faire face à tous les scénarios", a affirmé lundi à l'AFP un haut responsable au sein des services de sécurité.
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a, lui, contacté son homologue américain John Kerry pour attirer son attention sur "les conséquences extrêmement graves d'une possible intervention militaire pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord où des pays comme l'Irak ou la Libye sont toujours déstabilisés". Selon M. Lavrov, la Russie, puissante alliée du régime baasiste,"est très inquiète" par les récentes déclarations américaines selon lesquelles Washington est prêt à "intervenir" dans le conflit.
Autre allié de Damas, l'Iran a également mis en garde les Etats-Unis contre de "dures conséquences" en cas d'intervention, alors qu'un groupe palestinien pro-régime, le Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général, a menacé de représailles ceux qui participeraient à une éventuelle attaque contre la Syrie.
La Chine a, elle, préconisé la "prudence, afin d'éviter toute ingérence".
Sur le terrain, les rebelles ont marqué un point lundi en coupant la seule route d'approvisionnement de l'armée vers la province septentrionale d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Des bombardements du régime sur la Ghouta orientale ont par ailleurs fait six morts dont deux enfants, selon cette ONG qui s'appuie sur un réseau de militants et sources médicales.
Reportage
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Commentaire
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Les experts se sont rendus sur place malgré le fait d'avoir été la cible de tireurs embusqués non identifiés, les forçant à rebrousser chemin pour changer...
"Armes chimiques : les enquêteurs essuient des tirs sur le chemin de la Ghouta" Tirs d'armes chimiques ou normales pour la saison?? Ça me rappelle une chanson de Brassens où l'âge ne faisait rien à l'affaire
15 h 43, le 26 août 2013