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À La Une - Beirut Holidays

Sabah Fakhri et fils : l’union fait la force

Ils étaient presque 3 000 sur les gradins des Souks de Beyrouth venus se recueillir devant la présence d’un des derniers du panthéon de la musique arabe traditionnelle. Un concert aux allures de passation des pouvoirs entre le géant Sabah Fakhri et son fils Anas.

Sabah Fakhri effectue quelques pas de danse, sous les applaudissements du public et de son fils...

C’est véritablement une légende, Sabah Fakhri. Un maître incontesté et incontestable du « mawwal » et du « mouwachah », notamment « les koudouds halabiya ».


Il est l’un des derniers maîtres de l’héritage musical d’Alep, disciple de grandes figures de la musique arabe telles que Ali Darwiche, Mohammad Ragab et Omar Batch. On lui reconnaît non seulement la conservation et la diffusion de ce patrimoine oral et musical mais aussi l’innovation du « mouwachah » en élargissant la formule du takht classique (petite formation traditionnelle de chambre) à un grand orchestre où les cordes (violons, violoncelles et contrebasse) se taillent la belle part.


Il a reçu en 1978 la médaille d’or de la Musique arabe de Damas. Lors de l’un de ses concerts à Caracas, il aurait chanté dix heures d’affilée, ce qui lui a valu de figurer dans le Livre Guinness des records.
Mais voilà. La loi cruelle de la vie. Avec son âge avancé et sa santé défaillante, Fakhri n’est plus en mesure de jouer des cordes vocales comme il le faisait quelques années auparavant. Ses annulations et/ou apparitions décevantes dans divers festivals régionaux le prouvent. La voix de celui qui a trôné un demi-siècle sur le siège de ténor du monde arabe a subi les outrages du temps. C’est, ironie du destin, sur un fauteuil (très joli, par ailleurs, en tissu patchwork multicolore) qu’il est apparu au public des Souks de Beyrouth, dans le cadre du festival Beirut Holidays, organisé par Production Factory, Star System et 2U2C, en collaboration avec Solidere et avec le soutien du ministère du Tourisme.
Après une introduction par la jeune chanteuse Sarah Farah, tièdement applaudie, Fakhri père, silhouette ronde et trapue, et Fakhri fils, grand et élancé, entrent en scène, le second soutenant son aîné, son mentor, son « école », son « hadji » comme il l’appelait affectueusement et respectueusement, tout au long du concert.


Une phrase, un refrain, et le public s’enflamme. Ya maal el-Cham, lancée de sa voix chaude et les gorges se nouent. Les images du conflit en Syrie, qui dure depuis plus de deux ans déjà, taraudent les esprits. L’émotion est palpable.
C’est donc Anas Sabah Fakhri, le fils du maître, qui portera la totalité du concert sur ses épaules. Sabah entonnera un refrain par-ci, un « mawwal » par-là, se raclant la gorge, oubliant quelques paroles. Il effectuera même quelques pas de danse, le bras tendus, saisi, à l’évidence, jusqu’aux tripes par sa passion pour cette musique pour laquelle il a vécu plus de soixante ans. Anas, présent, soufflant à son oreille, l’encourageant à prendre le micro, à chanter. Koul lil Maliha, Ya chadi el-alhan, Malek ya helwa malek, Addouka el-mayyas... Bercé par ces « mouwachahat » trois heures durant, le public bouleversé jusqu’aux larmes, salue debout le géant et son fils. Un concert aux allures de passation des pouvoirs, il est vrai. Mais s’il fallait en tirer une leçon, ce serait bien celle de la force dans l’unité. Comme on le pense à voir, en effet, ce public composé de diverses tranches de la société, des jeunes et des moins jeunes, des anglophones et des francophones, des Syriens réfugiés et d’autres venus spécialement pour l’évènement, des « pro » et des « anti », tous unis par l’amour de la musique, du patrimoine et d’une histoire commune.

 

Pour mémoire

Beirut Holidays aligne huit spectacles pour sa seconde édition

 

C’est véritablement une légende, Sabah Fakhri. Un maître incontesté et incontestable du « mawwal » et du « mouwachah », notamment « les koudouds halabiya ».
Il est l’un des derniers maîtres de l’héritage musical d’Alep, disciple de grandes figures de la musique arabe telles que Ali Darwiche, Mohammad Ragab et Omar Batch. On lui reconnaît non seulement la conservation et la diffusion de ce patrimoine oral et musical mais aussi l’innovation du « mouwachah » en élargissant la formule du takht classique (petite formation traditionnelle de chambre) à un grand orchestre où les cordes (violons, violoncelles et contrebasse) se taillent la belle part.
Il a reçu en 1978 la médaille d’or de la Musique arabe de Damas. Lors de l’un de ses concerts à Caracas, il aurait chanté dix heures d’affilée, ce qui...
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