Chakib Khelil lors d'une conférence de presse à Doha le 4 février 2003. AFP/Archives/Robert SULLIVAN
Tout puissant sur l'échiquier politique et diplomatique de l'Algérie il y a encore cinq ans, l'ex-ministre de l'Energie Chakib Khelil est désormais la cible d'un mandat international lancé par son propre pays pour corruption.
Camarade de lycée du président Abdelaziz Bouteflika à Tlemcen (ouest algérien), Chakib Khelil, 74 ans, son épouse et ses deux fils sont recherchés pour "corruption, abus de fonction et appartenance à un réseau criminel international".
Cet ancien président de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) avait souvent été présenté comme un "super ministre", un "protégé du système" ou encore "un homme fort du régime", "ultra libéral" avant d'occuper le devant de la scène avec les scandales de corruption du groupe pétrolier public Sonatrach qui ont éclaté en janvier 2010.
Restant fidèle à son image, l'ex-ministre s'est déclaré mercredi prêt à comparaître devant la justice algérienne tout en balayant les accusations lancées contre lui. "Oui, je suis prêt à comparaître devant la justice algérienne et je répondrai présent à toute convocation", a-t-il déclaré dans un entretien téléphonique depuis Washington, en disant attendre de recevoir une convocation du procureur.
Un mandat d'arrêt international a été lancé contre M. Khelil, 74 ans, son épouse, ses deux fils et 17 autres personnes dans le cadre d'une affaire de corruption touchant des marchés accordés par Sonatrach à des firmes étrangères. Selon la justice italienne, qui enquête en particulier sur un marché passé avec la Saipem, filiale du géant italien ENI, les commissions portent sur des dizaines de millions de dollars.
M. Khelil a expliqué ne pas s'être présenté pour des raisons de santé à une première convocation de la justice algérienne le 20 mai. "J'étais malade et c'est mon médecin qui m'a empêché de voyager", a précisé l'ancien ministre.
Il a enfin démenti détenir un passeport américain, comme l'affirme le procureur général d'Alger Belkacem Zeghmati.
"Je ne détiens pas la citoyenneté américaine, ni aucune autre nationalité, je porte la nationalité algérienne et je voyage avec mon passeport algérien", a-t-il affirmé en se déclarant "surpris" que sa famille soit impliquée dans le scandale.
Le 10 février dernier, le parquet d'Alger a ouvert l'affaire "Sonatrach II" en ordonnant une enquête sur une éventuelle corruption liée à des contrats entre le groupe italien ENI et Sonatrach dans lequel M. Khelil serait lourdement impliqué.
Né à Oujda au Maroc en 1939, Chakib Khelil est parti aux Etats-Unis dans les années 60 où il décroche à l'Université du Texas un doctorat d'ingénierie en pétrole.
Ce polyglotte (anglais, français, arabe, espagnol et portugais) a d'abord travaillé pour Shell et Phillips Petroleum aux Etats-unis avant de revenir travailler à la Sonatrach en 1971 en Algérie. De 1973 à 1976, il a occupé le poste de conseiller technique à la présidence de la république sous Houari Boumediene.
En 1980, il rejoint la Banque Mondiale mais revient à Alger pour devenir, en novembre 1999, conseiller du Président Bouteflika. Ce dernier le nommera un mois plus tard ministre de l'Energie et des Mines poste qu'il conservera jusqu'en mai 2010.
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Durant sa décennie à la tête de ce ministère, Chakib Khelil a fait passer de nouvelles lois, dont une très controversée sur les hydrocarbures en 25 mars 2005 qui porte sur le système de partage de production entre la compagnie publique Sonatrach et ses partenaires étrangers.
Initialement, ce système de partage de production accordait automatiquement 51% de tout gisement découvert à Sonatrach et le reste (49%) faisait l'objet d'une négociation entre les compagnies étrangères et Sonatrach. La loi Khelil revient au système de concessions antérieur à la nationalisation des hydrocarbures, en énonçant qu'une société étrangère qui découvre un nouveau gisement en devient propriétaire à 100%.
La loi libéralise aussi la production, le transport, le raffinage et la distribution donnant toute latitude aux compagnies étrangères d'importer du carburant raffiné à l'extérieur pour le revendre en Algérie.
Sonatrach se retrouvait ainsi sur un pied d'égalité avec les compagnies étrangères.
Gelée durant une année, la loi Khelil a finalement été amendée en 2006 et le gouvernement est revenu au système de partage de production, mais à de nouvelles conditions désavantageuses pour Sonatrach, selon les experts algériens.
Toute la presse algérienne a fait ses choux gras de ce coup de poing judiciaire avec des photos en une de l'ex-ministre que les journalistes considéraient jusqu'à présent comme un protégé du système, mais elle fait peu de commentaires sur le fonds de l'affaire.
Dans un rare éditorial, le quotidien francophone Liberté se félicite de la prompte réaction de la justice algérienne, mais il déplore que l'Algérie soit "à la traîne dans le domaine de la communication. Si la justice italienne, partie prenante dans ce grand dossier de corruption, n'avait pas communiqué il était fort à parier que le secret de l'instruction serait tenu chez nous", lit-on encore.
Le quotidien se demande par ailleurs, sans pouvoir y répondre, pourquoi et comment M. Khelil "a réussi à introduire une loi sur le bradage des hydrocarbures et à la faire valider et passer par un Conseil des ministres et plus grave par les députés?".
La presse algérienne ne pouvait s'empêcher d'établir un parallèle avec Rafik Khalifa, le magnat algérien à la tête d'un empire qui a fait faillite en 2003. Condamné à la perpétuité en Algérie, il n'a toujours pas été extradé de Grande-Bretagne grâce à des procédures judiciaires très longues.
Pour mémoire
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Camarade de lycée du président Abdelaziz Bouteflika à Tlemcen (ouest algérien), Chakib Khelil, 74 ans, son épouse et ses deux fils sont recherchés pour "corruption, abus de fonction et appartenance à un réseau criminel international".
Cet ancien président de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) avait souvent été présenté comme un "super ministre", un "protégé du système" ou encore "un homme fort du régime", "ultra libéral" avant d'occuper le devant de la scène avec les scandales de corruption du groupe pétrolier public Sonatrach qui ont éclaté en janvier 2010.Restant...


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