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À La Une - Le Chiffre De La Semaine

1.057 morts en juillet : L'Irak en proie à un regain de violence inédit depuis cinq ans

La majorité des victimes sont des civils.

La route est nettoyée, le 29 juillet 2013 à Bassorah, au sud est de Bagdad, après l'explosion d'une voiture piégée. REUTERS/Stringer

Un millier de personnes ont été tuées en Irak en juillet dans un regain de violence inédit depuis cinq ans, attribué aux tensions confessionnelles exacerbées par la paralysie politique du pays et la guerre en Syrie.

 

La grande majorité des 1.057 morts et 2.326 blessés recensés par la mission de l'ONU en Irak sont des civils, dont nombre de musulmans chiites tués par des extrémistes islamistes sunnites, pour certains affiliés à el-Qaëda.

 

"Nous n'avons pas vu de tels chiffres depuis plus de cinq ans à un moment où la rage aveugle d'un conflit confessionnel qui a laissé des plaies profondes dans le pays commençait à retomber", a affirmé dans un communiqué Gyorgy Busztin, responsable de la mission de l'ONU en Irak.

Une guerre civile entre sunnites et chiites, qui avait fait des dizaines de milliers de morts en 2006-2007, n'avait été circonscrite que grâce au déploiement massif des forces américaines. Les derniers soldats américains ont quitté le pays en décembre 2011.

 

Depuis le début de cette année, 4.137 civils ont été tués et 9.865 blessés, selon M. Busztin, soit trois fois plus que pour la même période l'an dernier.

A titre de comparaison, cela représente près de trois fois le nombre de civils victimes de violences en Afghanistan pendant la même période.

 

La recrudescence des attentats à grande échelle remonte à avril, après que les autorités ont abattu des dizaines de manifestants sunnites à Hawija, selon Maria Fantappie, analyste auprès de l'organisation non-gouvernementale International Crisis Group.

"Je pense qu'il est très important de voir Hawija comme un tournant dans la violence qui a permis de réactiver des groupes insurgés" ainsi que les extrémistes liés à el-Qaëda, a-t-elle déclaré à l'AFP.

 

La minorité sunnite, au pouvoir sous Saddam Hussein, a lancé fin 2012 une campagne de protestation contre le gouvernement, contrôlé par les chiites, accusés de vouloir monopoliser tous les pouvoirs et de procéder à des arrestations arbitraires.

 

La guerre dans la Syrie voisine, qui oppose également des rebelles sunnites à un gouvernement lié à l'Iran chiite, alimente aussi les tensions inter-communautaires en Irak.

 

"L'animosité envers le gouvernement va probablement durer aussi longtemps que les forces de sécurité feront preuve de force excessive dans leurs arrestations et dans leur façon d'agir face aux manifestations dans les zones majoritairement sunnites du pays", selon John Drake, spécialiste de la firme de conseils sécuritaires AKE.

 

Le bilan des violences pour juillet, communiqué mercredi par le gouvernement irakien, est légèrement inférieur aux chiffres de l'ONU, mais approche lui aussi des 1.000 morts. Le gouvernement ne communique pas sur sa façon de compter. Selon le gouvernement irakien, il faut remonter à avril 2008, lorsque 1.428 personnes avaient été tuées dans les violences, pour trouver un bilan plus lourd que celui établi en juillet.

 

Le mois a notamment été marqué par plusieurs vagues d'attentats à la voiture piégée.

Le 29 juillet, au moins 16 voitures piégées, dont 11 à Bagdad, ont fait plus de 57 morts.

Le 12 juillet, un kamikaze rentrait dans un café bondé de monde un soir de ramadan à Kirkouk, dans le nord du pays, et tuait au moins 41 personnes.

Et le 22 juillet, un groupe extrémiste sunnite lié à el-Qaëda attaquait deux des principales prisons du pays, dont Abou Ghraib, à l'ouest de Bagdad, et libérait au moins 500 prisonniers. Selon les autorités, cette opération spectaculaire a fait au moins 53 morts.

Selon une source diplomatique occidentale, Bagdad a été frappée par quelque 60 véhicules piégés en juillet, contre 23 attaques similaires en juin.

Depuis le début de l'année, ce sont plus de 600 véhicules piégés qui ont sauté en Irak, indique la même source.

 

"On ne sort plus de la maison", dit Imad, un ouvrier de 47 ans, qui habite Bagdad. "Vous allez au café, vous vous faites tuer. Vous prenez votre voiture, vous vous faites tuer. Vous allez au super-marché, vous vous faites tuer".

"Les hommes politiques devraient s'entendre pour que la situation sécuritaire s'améliore. Mais ça, ça tiendrait du miracle", ajoute-t-il.

 

 

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