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Yazan Halwani fait ricaner les murs de « Joumhouriat al-Mawz »

Art urbain Parrainé par la galerie 392Rmeil393, Yazan Halwani, jeune talent issu du Street Art, brocarde, dans ses toiles et fresques murales, la république bananière qu’est devenu le pays du Cèdre.
10/07/2013

Un singe en complet-cravate, une banane au-dessus de la tête, affiche cet air sérieux, pénétré d’importance, que prennent généralement nos élus, ou plutôt nos autoréélus!


Portraituré directement sur l’un des murs de la galerie 392Rmeil393*, le primate semble surgir d’un cadre, également peint, formé d’un enchevêtrement de lettres calligraphiques arabes. Taguée à la bombe, la mention «Joumhouriat al-Mawz» (République bananière) barre la partie basse de cette fresque murale, tandis que son bord supérieur est traversé d’un bandeau calligraphique détournant ironiquement une citation de Khalil Gibran: «Si le Liban n’était pas mon pays, j’aurais choisi le Canada pour patrie.»


Peut-on être plus explicite? Yazan Halwani, comme des milliers de jeunes – et moins jeunes – Libanais, désespère de cette république bananière dans laquelle il vit. Comme des milliers d’universitaires, cet étudiant en ingénierie des télécommunications à l’AUB envisage de s’en aller vers un ailleurs plus clément, loin de ce pays ravagé par une instabilité chronique due à une classe politique aussi incompétente que pourrie. Mais surtout, comme des milliers de ses compatriotes, Yazan Halwani rêve tout simplement de voir cette assemblée de corrompus qui nous gouverne dégager! Mais, à la différence de nombreux autres, lui le dit haut et fort. En paroles, en tags et en graffitis !

 

Yazan en pleine action. Photo Facebook


Sauf que, si la révolution peut parfois débuter par quelques mots «bombés» sur un mur, les graffitis de Yazan Halwani amorcent également une fronde artistique de velours. Car, pour la première fois au Liban, une galerie consacre une exposition individuelle à un jeune talent issu du «Street Art» – exception faite de l’événement collectif organisé en septembre dernier au BAC.


Sans doute Yazan Halwani le vaut-il bien. Car outre sa liberté d’expression, ce jeune artiste autodidacte développe un style intéressant. Une empreinte personnelle issue de l’amalgame qu’il opère dans ses œuvres entre symboles de la culture alternative mondiale et éléments identitaires libanais. Ainsi ses compositions, murales ou sur toiles, mélangent aussi bien les «classiques» tags et graffitis de style universel avec des figures iconiques, des citations et des lettres arabes.

 

 

« Feyrouz », icône majeure du graffeur Yazan Halwani. Portraiturée, ici, dans le cadre d’une fresque murale à Gemmayzé.

 


De son univers où passé et présent s’entremêlent, où cultures occidentale et orientale se recoupent, où rap et mélodies de Feyrouz s’épousent, où révolte et recherche du beau se rejoignent, Yazan tire donc une inspiration éclectique. Et un style qu’il a, à juste titre, baptisé de «calligraffiti».

Cela donne aussi bien les fresques murales iconoclastes précitées que des tableaux graffitis sur persiennes anciennes; des représentations pétaradantes et humoristiques de voitures éclatées que des reproductions de motifs islamiques graffés; un autoportrait en masque de tagueur auréolé de calligraphies et d’arabesques que des calligraffitis sur fauteuil ou commodes anciennes... Mais encore des portraits de l’iconique Feyrouz, qu’il représente dans un graffiti sur toile façon médaillon, que dans une intervention urbaine réalisée sur le mur d’une impasse située à quelques pas de la galerie.


Dynamique et coloré, cet ensemble d’œuvres subversivo-politico-artistiques rassemblées – à juste titre encore une fois – sous l’intitulé «Joumhouriat al-Mawz» mérite le détour.



* Rue Gouraud, près de la Croix-Rouge. Jusqu’au 30 août. Horaires d’ouverture : du lundi au samedi, de 11h à 19h.

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