Barack Obama « en toute humilité » dans la cellule de Robben Island où Nelson Mandela a croupi pendant 18 ans... Gary Cameron/Reuters
Le président américain Barack Obama s’est recueilli hier au Cap avec une « profonde humilité » dans l’ancienne cellule de Nelson Mandela, avant d’appeler la jeunesse africaine à s’inspirer du père de la nation sud-africaine, hospitalisé entre la vie et la mort. Barack Obama a par ailleurs souhaité « ouvrir un nouveau chapitre dans la relation entre les États-Unis et l’Afrique », en conviant pour la première fois les dirigeants d’Afrique subsaharienne à un sommet à Washington.
Hier après-midi, le premier président noir des États-Unis est resté plusieurs minutes dans la petite cellule du bagne de Robben Island, au large du Cap, où le « prisonnier 46664 », Nelson Mandela, avait été confiné pendant 18 ans par le régime d’apartheid. Sur le livre d’or de l’ancienne prison devenue musée, M. Obama a exprimé tout son respect pour les héros de la lutte antiapartheid : « Au nom de notre famille, c’est emplis d’une profonde humilité que nous nous tenons ici, où des hommes d’un tel courage ont fait face à l’injustice et refusé de plier. »
En Afrique du Sud depuis vendredi dans le cadre d’une tournée africaine, le chef de l’État a, dans la soirée, raconté « avoir fait ses premiers pas politiques à cause de l’Afrique du Sud », en militant dans les années 70 contre le régime ségrégationniste de Pretoria. Il s’exprimait à l’Université du Cap (UCT) où, déjà en 1966, le défunt sénateur américain Robert Kennedy avait encouragé les opposants à l’apartheid à s’élever contre « l’oppression ». Barack Obama y a appelé un panel de jeunes à s’inspirer de Nelson Mandela et de ses camarades de lutte. « Ils vous disent que votre voix est importante (...) que vos choix peuvent faire une différence », a-t-il souligné. Mandela, « vous nous avez montré qu’un prisonnier peut devenir président ».
Barack Obama a d’ailleurs recueilli un tonnerre d’applaudissements en fustigeant les dirigeants africains qui ne sont pas « au service de leur peuple. Dans trop de pays, l’action de bandits, de seigneurs de la guerre et de trafiquants d’êtres humains empêchent l’Afrique de concrétiser ses promesses », a-t-il déclaré devant un panel d’un millier de jeunes réunis dans l’Université du Cap. « L’histoire nous a montré que des progrès ne sont possibles que lorsque les gouvernements sont au service de leur peuple et non l’inverse », a-t-il ajouté, déclenchant des applaudissements nourris dans la salle.
Contrer la Chine...
Barack Obama a ensuite invité les dirigeants d’Afrique subsaharienne à un sommet à Washington en 2014, qui sera le premier du genre, pour « ouvrir un nouveau chapitre dans la relation entre les États-Unis et l’Afrique ». « L’Afrique prend l’initiative et l’Amérique aide, » a-t-il lancé, en assurant que son soutien ne se limiterait pas aux questions de sécurité, mais porterait aussi sur des enjeux environnementaux et sociaux.
Le président américain a d’ailleurs annoncé un plan de 7 milliards de dollars sur cinq ans destiné à « doubler l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne ». Plus des deux tiers de la population y vivent sans électricité et plus de 85 % des habitants des zones rurales n’y ont pas accès, a-t-il rappelé. Face à la percée de la Chine et d’autres puissances émergentes, les conseillers économiques de Barack Obama l’ont pressé de renforcer la présence diplomatique américaine sur le continent.
Le président américain, dont le père était kényan, ne s’est rendu qu’une fois en Afrique subsaharienne, lors d’une brève halte au Ghana, depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Cette fois, il doit passer près d’une semaine en Afrique. Avant l’Afrique du Sud, il est allé au Sénégal et se rendra aujourd’hui en Tanzanie.
« Réunir la nation »
Samedi à Robben Island, Barack Obama était accompagné de sa femme Michelle et de leurs deux filles, Sasha et Malia. Leur visite au bagne était d’autant plus poignante que Nelson Mandela, qui va bientôt avoir 95 ans, est hospitalisé depuis plus de trois semaines pour une nouvelle infection pulmonaire, dans un état critique. Nelson Mandela a passé près de 18 ans sur Robben Island avant d’être transféré dans d’autres prisons des environs, jusqu’à sa libération en février 1990. Quatre ans plus tard, il devenait le premier président noir du pays.
Barack Obama a profité de la visite pour donner une leçon d’histoire à ses filles, leur expliquant que l’Indien Gandhi (1869-1948), apôtre de la résistance à l’oppression par la non-violence, avait aussi commencé son militantisme politique en Afrique du Sud, en tant qu’avocat.
Alors que le pays s’attendait au pire jeudi, l’état de Nelson Mandela s’est toutefois légèrement amélioré depuis. Samedi, le président sud-africain Jacob Zuma a même dit espérer le voir sortir « très bientôt de l’hôpital ». La présidence n’a pas donné de nouvelles fraîches dimanche. Les problèmes de santé de Mandela offrent une nouvelle occasion d’unir tous les Sud-Africains, a souligné hier l’ancien archevêque anglican du Cap Desmond Tutu, prix Nobel de la paix en 1984, avant de guider Barack Obama dans un centre social pour séropositifs.
« Après une vie aux services des autres (...) et bien qu’il soit coincé dans un hôpital, Madiba réunit à nouveau la nation », a déclaré Mgr Tutu.
(Sources : agences)
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