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Ces ados syriennes mariées de force pour échapper à la vie de réfugié

Les jeunes femmes de la semaine "Le camp est un endroit dangereux et j'avais peur pour mes filles. J'ai pensé que le mariage était la solution".
OLJ/AFP
13/06/2013

"C'est la dernière chose que j'aurais voulu faire" mais le riche époux saoudien avait "promis de nous aider": comme Abou Mohamed, de plus en plus de réfugiés syriens en Jordanie marient leurs filles dès l'adolescence dans l'espoir de leur offrir la sécurité.

Si ce quinquagénaire, installé avec ses six enfants dans le camp de Zaatari où vivent 160.000 réfugiés, a pris cette décision c'était pour mettre sa fille en sécurité et améliorer leurs conditions de vie.
"Cette immense prison dans laquelle nous vivons est insupportable", dit-il. Et le quadragénaire saoudien qui a épousé sa fille il y a trois mois avait promis d'aider la famille "jusqu'à la fin de la crise (en Syrie) et notre retour chez nous", explique-t-il à l'AFP devant sa tente.


Le cas d'Abou Mohamed et de sa fille est loin d'être isolé.
"Des Jordaniens et d'autres Arabes viennent souvent me demander si je connais des réfugiées syriennes à marier", témoigne Fares Hocha, vendeur d'électroménager à Zaatari. "Deux hommes qui n'étaient pas du camp m'ont récemment posé la question. Un client leur a dit qu'il avait deux filles. Ils ont quitté ma boutique ensemble et je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite".
Pour ce commerçant, les réfugiés acceptent "ces mariages en urgence et sans conditions parce qu'ils ont peur de l'inconnu et qu'ils veulent assurer la sécurité de leurs filles".


C'est ce qui est arrivé à Saïd, qui a marié le mois dernier ces deux filles de 15 et 16 ans.
"Je suis au chômage, paraplégique, et je ne peux pas subvenir aux besoins de ma famille", se désole ce père de dix enfants. "Le camp est un endroit dangereux et j'avais peur pour mes filles. J'ai pensé que le mariage était la solution".

 

 (Pour mémoire : Donner naissance... un parcours de combattante pour les réfugiées syriennes)


Et les commerçants ne sont pas les seuls sollicités. L'association caritative Kitab wa Sunna, qui aide des dizaines de milliers de réfugiés, dit recevoir des dizaines de demandes d'hommes venus chercher une épouse à Zaatari.
"Nous sommes une association humanitaire et nous devons rester concentrés sur notre mission. Nous ne voulons pas être impliqués, cela pourrait créer des problèmes", explique son chef Zayed Hammad.

 

 

Un "esclavage dissimulé"
D'autres y ont vu un filon. Sur l'artère principale de Zaatari, Abou Ahmed loue depuis six mois des robes de mariée pour une vingtaine d'euros la journée. "Chaque jour j'en loue au moins une", assure-t-il tandis qu'un couple observe sa marchandise tout en refusant de répondre à l'AFP.

Difficile de mesurer l'ampleur des mariages précoces mais de nombreux signes montrent que le phénomène se développe, selon Dominique Hyde, représentante de l'UNICEF en Jordanie, où le mariage est possible dès 15 ans pour les filles.
"Dans toutes les situations d'urgence, les femmes et les jeunes filles sont exposées à un risque d'exploitation accru", affirme-t-elle, alors qu'Amman dit accueillir au moins 500.000 Syriens. Parmi les réfugiés ayant fui la guerre civile qui déchire depuis plus de deux ans la Syrie, 70% sont des femmes et des enfants, selon l'ONU.
"Les Syriens expliquent que même si les mariages précoces étaient fréquents dans leur pays avant la crise, il y a des changements depuis leur arrivé en Jordanie. La principale nouveauté est l'écart d'âge croissant entre les époux", ajoute-t-elle.

 

(Pour mémoire : Bouchra, la « réfugiée millionième » de la guerre syrienne )


Au ministère jordanien de l'Intérieur, on estime toutefois que les chiffres des mariages sont "dans la moyenne" avec 1.029 mariages contractés entre des Jordaniens et des Syriennes depuis l'arrivée des premiers réfugiés dans le royaume en 2011. Et "331 Syriennes mariées à des non-Jordaniens".


D'autres, comme la "Campagne nationale pour la protection des femmes syriennes", tirent la sonnette d'alarme face à "ces demandes en mariage d'Arabes du Golfe et d'autres régions motivées par des instincts purement sexuels".
Ces activistes dénoncent un "esclavage dissimulé" et "le commerce du sexe".


A l'inverse, des réfugiés comme Saïd Hariri, 60 ans, défendent les mariages précoces. "Dans la tradition syrienne, il est normal qu'une fille se marie à 16 ans. Si à 20 ans, elle est toujours célibataire, elle se fera traiter de vieille fille", explique cet ancien membre de la Sécurité.

 

Pour mémoire

« D’une certaine façon, c’est comme une grande prison »

 

« Mon père a été enterré vivant, je l’attends »

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Antoine-Serge KARAMAOUN

Il ne suffit pas d'être "réfugié" pour pratiquer ce genre de "mariage" Forcé, il suffit de constater ce Phénomène éhhh libanais dans certains Cazas? excentrés situés sur le sol libanais.... Yâ hassértéhhh !

Ali Farhat

Ben oui, les "révolutionnaires" ont besoin d'argent. Alors TOUS les moyens sont bons, n'est-ce pas! Avis aux souteneurs de ces voyous sans aucune moralité ni vergogne. Et puis, ce n'est pas vrai, ce n'est pas perce que ces parents ont peur pour leurs toutes petites filles qu'elles les marient, c'est uniquement pour de l'argent.. +ieurs reportages avec caméra caché l'ont démontré... même qu'un père (!?) proposait à "l'Acheteur" une autre de ses filles, la sœur au prix de gros!!! ils disent cela pour s'acheter une conscience qu'ils n'ont jamais eu. Ce sont simplement des criminels eux aussi à leur manière.. qu'ils aillent en enfers. c'est affreux de trahir la confiance de son propre très jeune enfant en le mariant à un sale vieillard des riches arabies démocratiques.

Talaat Dominique

Quelle honte, quelle deshonneur, ils ont toujours une bonne excuse. ce n est plus le pays de Cham , c est le pays de shame (honte)
Ils parlent tous de l honneur de la famille, mais quel honneur de prostituer sa fille par un mariage a de riches arabes , et du golfe. ces moralisateurs de premiere.

Sabbagha A. Nazira

Esclavage dissimulé ,ou vente de ses propres enfants le sommet du dégoût humain .Vraiment fou .



Nazira.A.Sabbagha

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