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Le déploiement de la troupe à Tripoli n’a pas encore réussi à calmer les violences

A Tripoli, trois jeunes gens exaltent le martyr d'un camarade.

Après une journée relativement calme, et malgré le déploiement massif de l’armée dans la ville et dans la rue de Syrie pour tenter de mettre un terme aux violences qui ont déjà coûté la vie à des dizaines de personnes, les combats ont repris hier en fin d’après-midi à Tripoli. Un civil du nom de Fadi Chalabi a été tué dans ces nouveaux affrontements, qui ont fait également cinq blessés dans les souks de la vieille ville. Les accrochages ont opposé un groupuscule salafiste partisan des rebelles syriens à un autre groupe sunnite mais favorable au Hezbollah. Les heurts ont aussi fait de nombreux dégâts matériels.
L’armée libanaise a de son côté lancé un sévère avertissement après la multiplication des violences liées à la Syrie (voir par ailleurs). La troupe avait en effet été visée par des tirs jeudi à Tripoli, alors qu’elle saisissait des stocks d’armes dans les deux quartiers de Bab el-Tebbaneh et Jabal Mohsen. Jeudi soir, une personne avait été tuée et sept autres blessées dans de violents combats entre ces deux groupes dans le centre de Tripoli. Il s’agissait des premiers affrontements au cœur de la ville depuis 2008, les violences ayant jusqu’alors eu lieu dans des quartiers excentrés. Déployée en force dans le secteur, l’armée a tenté de rétablir le calme. La troupe a intensifié ses patrouilles dans la ville et procédé durant la nuit de jeudi à vendredi à des perquisitions musclées, ripostant aux sources des tirs entre les quartiers rivaux de Bab el-Tebbaneh et Jabal Mohsen. Ce n’est qu’hier matin que la route principale reliant Tripoli au Akkar a été rouverte à la circulation.

Un plan de déploiement
Jeudi, l’Arabie saoudite avait appelé les Libanais à faire preuve de « sagesse » et à mettre fin aux affrontements meurtriers à Tripoli. Riyad suit « avec une profonde inquiétude les événements sanglants à Tripoli, qui ne bénéficient qu’à ceux qui ne veulent pas du bien au Liban et à son peuple », a déclaré dans un communiqué le ministre des Affaires étrangères Saoud el-Fayçal.
Le président Michel Sleiman a de son côté dénoncé hier « toute implication libanaise dans la crise syrienne », se déclarant satisfait du plan du déploiement de l’armée à Tripoli et ses environs. Rendant hommage aux sacrifices consentis par la troupe et à son rôle national dans le maintien de la paix civile, M. Sleiman a appelé les responsables politiques de la ville ainsi que les Tripolitains à coopérer avec l’armée pour qu’elle puisse accomplir sa tâche dans la ville et préserver la sécurité des citoyens. « Il est temps que toutes les parties réalisent l’intérêt de tenir la scène intérieure à l’écart des retombées des crises régionales, notamment puisqu’il est évident que les Libanais sont les seuls à payer le prix fort de l’implication de certaines parties locales dans le conflit en cours », a affirmé le chef de l’État.
Pour sa part, le Premier ministre sortant Nagib Mikati a également suivi de près la situation à Tripoli et il s’est enquis du ministre démissionnaire de l’Intérieur, Marwan Charbel. Ce dernier avait présidé jeudi une réunion axée sur la sécurité au sérail de Tripoli, pour discuter du plan de déploiement de l’armée dans la ville. Il a affirmé dans ce contexte que « toutes les parties dans la ville doivent prendre au sérieux cette fois l’exécution du plan ». « En moins de 48 heures, le déploiement de l’armée sera achevé », avait-il déclaré.

Appels à la coopération
Ces deux derniers jours, les appels au calme et à la coopération avec l’armée se sont multipliés. Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a indiqué jeudi que « le gouvernement démissionnaire doit charger l’armée de ramasser une fois pour toutes les armes à Tripoli et à Jabal Mohsen », soulignant que « la stabilité et la sécurité ne sauraient être instaurées sans l’autorité de l’État et de la troupe ». Le courant du Futur a appelé pour sa part les habitants de Tripoli à coopérer avec l’armée. Dar el-Fatwa à Tripoli a de même réitéré son soutien à l’institution militaire et aux Forces de sécurité intérieure, réclamant que l’armée prenne des mesures draconiennes dans toutes les régions libanaises « afin qu’aucune partie ne se sente visée ». Même son de cloche du côté de la Rencontre nationale islamique qui a tenu jeudi une réunion à la résidence du député Mohammad Kabbara. Dans un communiqué publié à cette occasion, elle a appelé l’État et le commandement de l’armée « à démontrer leur attachement à la sécurité de Tripoli et à restaurer le calme dans la ville ». Par ailleurs, il faut noter que le procureur général près la Cour de cassation, le juge Hatem Madi, a demandé au ministre de la Justice, Chakib Cortbaoui, de transmettre la plainte du président de la République contre le député Kabbara au Parlement. Michel Sleiman avait en effet demandé au parquet général de déposer une plainte contre le député Mohammad Kabbara, lequel a accusé le chef de l’État de « conspiration ».  


À Tripoli, le responsable médiatique du Parti démocratique arabe, Abdel Latif Saleh, a déclaré que « le parti refuse de couvrir les saboteurs à Jabal Mohsen », appelant les habitants « à réagir positivement aux mesures de l’armée libanaise en vue de faciliter sa mission ». Le député Hadi Hobeiche a quant à lui estimé que « le contrôle des armes à Tripoli ne pourra se faire que suite à une décision de contrôler toutes les armes du pays, à commencer par celles du Hezbollah ». Son acolyte au sein du courant du Futur, l’ancien député Moustapha Allouche, a affirmé que « 300 individus seulement se sont opposés à l’armée, sur les 3 000 individus armés qui créent des problèmes à Tripoli ».


Sur un autre plan, le coordonnateur de l’ONU au Liban, Derek Plumbly, avait entamé jeudi une série de visites à Tripoli. Il a ainsi rencontré le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, des députés du courant du Futur, et le ministre sortant de la Jeunesse et des Sports, Fayçal Karamé, qui a indiqué au terme de la rencontre que « M. Plumbly accorde une importance extrême à Tripoli. Ceci reflète l’intérêt de la communauté internationale au regard de la situation critique de la ville ». Et d’ajouter : « Nos points de vue sont concordants à ce titre, notamment en ce qui concerne le soutien à l’armée et aux forces de l’ordre pour empêcher la discorde. Les incidents de Tripoli et les attaques contre Jabal Mohsen et Bab el-Tebbaneh ne changeront rien à la donne syrienne. » De son côté,
M. Plumbly a signalé dans un communiqué que « les combats doivent cesser en vue de sauvegarder la stabilité ». Le député Samir Jisr a pour sa part indiqué après sa rencontre avec Derek Plumbly que « la violence ne baissera pas tant qu’il y aura des gens qui ont l’intention de l’attiser ». « Les habitants ne contestent pas les perquisitions, celles-ci sont dans l’intérêt de la ville », a-t-il conclu.

 

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