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Qousseir, champ de ruines

Diaporama "C'est une grande victoire pour nous. Qousseir a été rendue à la Syrie et aux Syriens".
OLJ/Agences
06/06/2013

A l'exception d'une tour d'horloge criblée de balles qui a, par on ne sait quel miracle, échappé à la destruction, la ville de Qousseir n'est plus qu'un champs de ruines, quelques heures après sa reconquête, mercredi matin, par l'armée du président syrien Bachar el-Assad et ses alliés du Hezbollah.

 

Au sommet de la tour, un soldat a planté un drapeau syrien, qui flotte comme un fantôme au-dessus des carcasses d'immeubles, autour de ce qui était encore il y a peu la place centrale d'une ville de 30.000 habitants.

Pendant plus de deux semaines, les bombardements intensifs ont soufflé toutes les fenêtres, arraché les portes, éventré les maisons, démoli les murs. Ce, jusqu'à l'assaut décisif des forces gouvernementales, mercredi à l'aube, contre ce verrou stratégique pour le régime, entre Damas et ses bastions de la côte méditerranéenne, comme pour les rebelles, entre la frontière libanaise et une autre ville "martyre", Homs.

 

Dans les rues vides de Qousseir, désertée par les insurgés qui la contrôlaient depuis plus d'un an, il ne reste plus trace de vie. Mais de mort, si, comme ces trois corps désarticulés, criblés de balles, empilés sur un tas de gravats devant un mur rouge de sang.

 

Ces scènes de destruction et de désolation n'émeuvent guère les soldats de Bachar el-Assad, convaincus d'avoir remporté une bataille susceptible de changer le cours de la guerre civile qui ensanglante la Syrie depuis plus de deux ans.

 

 

"Une grande victoire"

"Ma joie est indescriptible", dit Hossam, un soldat de 25 ans originaire de la province de Souaïda, dans le sud du pays. "C'est une grande victoire pour nous. Qousseir a été rendue à la Syrie et aux Syriens."

"Nous allons maintenant écraser Debaa", l'interrompt un de ses frères d'armes en parlant d'un village situé au nord-est de Qousseir, où une partie des rebelles se sont repliés, submergés par la puissance de feu de l'armée régulière. Comme pour appuyer son propos, six chars s'engagent à ce moment-là sur la route qui mène à Debaa.

 

Les soldats d'Assad ont gravé leur triomphe sur les pans de murs encore debout. "Notre chef Bachar", dit un graffiti. "Nous ne courberons pas l'échine", promet un autre.

 

Un soldat passe, en route vers chez lui après quatre nuits sans sommeil. "On est entré dans la ville, il y a eu des combats et après, (les rebelles) se sont repliés", résume-t-il. "On les a vus partir à bord d'environ 400 véhicules."

 

De part et d'autre de la place centrale, une église et une mosquée se font face. Les murs de l'église sont éventrés, le dôme de la mosquée ne vaut guère mieux. Pas un magasin ni une maison du centre-ville ne semble avoir été épargné. Tous les arbres sont carbonisés.

 

"Les habitants de Qousseir vont reconstruire. Il y a un plan de reconstruction", assure imperturbablement le gouverneur de la province, Ahmed Mounir Mohamed, en appelant les civils à rentrer chez eux maintenant que la ville est "stable et sécurisée".

 

Tirs sporadiques

Des bulldozers s'activent déjà à dégager les gravats, alors que retentissent encore dans le lointain des coups de feu sporadiques - tirs de joie ou fusillades entre soldats et rebelles encore embusqués dans certains quartiers de la ville.

Les loyalistes disent avoir désamorcé des centaines de mines et d'obus qui n'avaient pas explosé. Mais ils invitent les journalistes à se méfier des bombes artisanales et autres bonbonnes de gaz dissimulées au milieu des débris qui jonchent les rues.

 

Les insurgés n'ont laissé que peu de traces visibles de leur séjour. Près de la place centrale, un immeuble de deux étages a manifestement servi de clinique. Une jambe humaine, enfermée dans un sac, repose sur le sol ensanglanté.

"N'apportez pas d'armes dans l'hôpital", dit un panonceau à l'entrée. Des centaines de cartons d'antibiotiques, de sérum sanguin ou d'adrénaline y sont entreposés. La plupart n'ont pas été ouverts.

 

Dans un magasin voisin, un trou creusé dans le sol ouvre sur l'un des nombreux tunnels percés par les insurgés pour circuler d'un quartier à l'autre.

A la sortie de Qousseir, des carcasses de voitures brûlées parsèment la route qui conduit au Liban tout proche. Dans le village chrétien de Rableh, des enfants agitent des drapeaux syriens, tandis que les adultes brandissent des portraits de Bachar el-Assad et du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

"Merci!", crie une femme au passage d'un convoi de l'armée.

 

 

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