À Kerbala, une voiture piégée a explosé près d’un marché grouillant de monde. Mushtaq Muhammed/Reuters
Cinq attentats ont fait près de 20 morts hier en Irak, secoué par des violences entre sunnites et chiites qui ont fait plus de 240 morts en une semaine. À quelques heures d’intervalle, cinq voitures piégées ont explosé dans quatre villes en majorité chiites au sud de Bagdad, faisant 18 morts et une centaine de blessés selon des sources médicales et de sécurité. Deux des voitures ont explosé près d’un marché de la ville d’el-Amara, faisant sept morts et 45 blessés, dont des femmes et des enfants, selon un officier supérieur de la police. Les autres voitures ont explosé dans la ville sainte chiite de Kerbala et dans les localités de Diwaniya et Mahmoudiya. Les attentats n’ont pas été revendiqués.
Alors que le pays s’enfonce dans la violence, le chef du Parlement Oussama el-Noujaïfi a appelé à la démission du gouvernement du chiite Nouri el-Maliki et à la tenue d’élections anticipées. Cette initiative doit permettre « de parvenir à une réconciliation nationale et de préserver les acquis de la démocratie » et aussi de « sortir le pays du spectre de la guerre civile et des violences confessionnelles », selon un communiqué de son bureau. M. Noujaïfi, un sunnite et haut responsable du bloc Iraqiya, coalition soutenue par les sunnites et pendant longtemps en profond désaccord avec M. Maliki, a adressé sa proposition aux chefs des partis politiques représentés au Parlement. Il a appelé le gouvernement à démissionner pour être remplacé par un cabinet plus restreint composé d’indépendants qui ne pourraient pas participer aux prochaines élections. Ali el-Moussaoui, un conseiller du Premier ministre, a déclaré que M. Maliki était « pour une dissolution du Parlement » mais que le gouvernement devrait « continuer d’expédier les affaires courantes ». Les prochaines législatives sont prévues en 2014 en Irak.
Les violences ont été déclenchées il y une semaine par un assaut des forces de sécurité sur des manifestants sunnites dans le nord du pays hostiles au Premier ministre, suivi par plusieurs attaques de représailles contre les forces irakiennes. L’intensification de la violence fait craindre un retour à un conflit confessionnel ouvert, à l’instar des sanglants affrontements qui avaient suivi l’invasion américaine en 2003. Les violences intercommunautaires avaient fait plusieurs dizaines de milliers de morts, notamment en 2006-2007. Depuis décembre 2012, des milliers d’Irakiens manifestent dans les régions à majorité sunnite pour réclamer le départ de M. Maliki, accusé de marginaliser leur communauté. Ce dernier est aussi accusé par des membres de sa coalition gouvernementale et ses détracteurs d’accaparer le pouvoir.
Compliquant encore la situation, des forces de sécurité kurdes se sont déployées ce week-end près de la ville disputée de Kirkouk, que les Kurdes veulent inclure dans la région autonome du Kurdistan, au grand dam du gouvernement fédéral à Bagdad et des Arabes de la province. Le Premier ministre a rencontré lundi à Bagdad le chef du gouvernement autonome du Kurdistan, Nechirvan Barzani, pour évoquer les différends entre les deux parties.
Tribune
L’effondrement de l’État dans le monde arabe, le commentaire de Nawaf Obaid
Pour mémoire
Nouri al-Maliki sur tous les fronts, le point de Christian Merville
