Plus de 9 000 policiers se sont déployés dans Boston pour trouver le plus jeune des deux frères terroristes, probablement des Tchétchènes qui vivaient, enfants, au Kirghizstan. Mario Tama/Aleksander Demianchuk/AFP
Une impressionnante chasse à l’homme était en cours hier près de Boston entièrement bouclée, pour retrouver un jeune de 19 ans d’origine tchétchène, soupçonné avec son frère des attentats meurtriers de lundi. La population de Boston et sa banlieue – environ un million de personnes – a passé la journée enfermée chez elle, sur ordre des autorités. Tous les transports en commun étaient arrêtés, magasins et écoles fermés, tout survol d’avion interdit. Les trains ne circulaient pas entre New York et Boston. Des centaines de policiers casqués, en tenue de combat, certains postés sur les toits, ont vérifié, maison après maison les rues de Watertown, dans la banlieue ouest de Boston, où s’était déroulée dans la nuit la traque des deux frères, dans une spectaculaire accélération de l’enquête.
« Musulmans fervents »
Ces derniers ont été identifiés comme Tamerlan Tsarnaev, 26 ans, pour celui tué dans la nuit, et Djokhar Tsarnaev, 19 ans pour le plus jeune toujours recherché. D’origine tchétchène, les frères avaient immigré en 2003 aux États-Unis, a déclaré hier un oncle, Ruslan Tsarni, se disant « honteux » à l’idée qu’ils puissent avoir été impliqués dans les attentats qui ont fait trois morts et près de 180 blessés lundi à Boston. « Je suis désolé qu’il ait fait cela », a affirmé M. Tsarni. « C’est fou, c’est pas possible, je ne peux pas le croire. Quand j’ai entendu la nouvelle à la télévision, je me suis demandé comment c’était possible. C’est fou », a-t-il lâché. Et il a lancé un appel à son plus jeune neveu, lui demandant de se « rendre et demander pardon », s’il était encore vivant. Un homme se présentant comme le père des frères Tsarnaev a quant à lui défendu ses fils, estimant qu’ils avaient été « piégés ». « À mon avis, les services spéciaux ont piégé mes enfants car ce sont des musulmans fervents », a déclaré cet homme, Anzor Tsarnaev, à l’agence Interfax, s’exprimant depuis la capitale du Daguestan, Makhatchkala. « Pourquoi ont-ils tué Tamerlan ? Ils auraient dû le prendre vivant », a-t-il ajouté, faisant référence à son fils de 26 ans mort dans la nuit de jeudi à vendredi. « Le plus jeune se cache maintenant. Nous l’attendions pour les vacances », a-t-il ajouté, précisant que Djokhar étudiait la médecine aux États-Unis. Également, il les a décrits comme « des musulmans fervents », depuis la capitale du Daguestan, Makhatchkala.
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L’aîné, ex-étudiant ingénieur devenu boxeur, avait une page YouTube à son nom, créée en août 2012. Ce compte en russe sur le site de partage en ligne, créé en août 2012 aux États-Unis, montre que son fondateur avait très majoritairement partagé des liens liés à l’islam, dont plusieurs intitulés « Terroristes », qui ont été bloqués. D’autres, comme ceux intitulés « Islam » ou « Les jeunes Russes convertis à l’islam », renvoyaient vers des discours de responsables islamiques. Le plus jeune, qui faisait de la lutte, était inscrit dans une université de la région. L’aîné était l’homme que des images publiées jeudi par le FBI montraient sur le lieu des attentats lundi dernier, avec une casquette noire et un sac à dos noir. Le plus jeune figurait sur les mêmes images, portant une casquette claire visière à l’arrière, et un sac à dos sur l’épaule. La police de Boston a publié hier une nouvelle photo de Djokhar, montrant un adolescent aux yeux bruns et à la chevelure indisciplinée.
Un camarade de cours, Eric Machado, a, lui, déclaré sur CNN que rien dans le comportement de Djokhar ne semblait suspect. « On faisait la fête, on se lâchait, nous étions de bons camarades. »

Photo montrant les deux suspects présumés. REUTERS/FBI
« Les racines du mal en Amérique »
Le secrétaire d’État américain John Kerry s’est pour sa part refusé à « spéculer » sur le lien que pourrait avoir l’attentat avec les origines tchétchènes des deux suspects, qui vivaient enfants au Kirghizstan. Ramzan Kadirov, le président de Tchétchénie, république du Caucase russe majoritairement musulmane, a, lui, souligné que les suspects n’avaient « pas vécu en Tchétchénie. Ils ont vécu et étudié aux États-Unis (...) Ce qui s’est passé à Boston est la faute des services secrets américains (...) Ils ont forgé leurs opinions et convictions là-bas. Il faut trouver les racines du mal en Amérique », a-t-il ajouté, cité par l’agence publique de presse RIA-Novosti. Les deux frères vivaient en effet depuis des années à Cambridge, en banlieue de Boston. Le dirigeant tchétchène s’est également interrogé sur les raisons pour lesquelles les forces de police américaines n’avaient pas été en mesure d’arrêter le suspect. « Il semble que les services spéciaux avaient besoin d’un résultat, quels que soient les moyens employés pour y arriver, pour apaiser la société », a-t-il ajouté.
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« Nous pensons que c’est un terroriste »
Le chef de la police de Boston Ed Davis a souligné que Djokhar Tsarnaev était considéré comme très dangereux. « Nous pensons que c’est un terroriste. Nous pensons que c’est un homme qui est venu ici pour tuer des gens », a-t-il déclaré, après la traque des deux frères durant la nuit, marquée par des échanges de coups de feu nourris et la mort d’un policier de 26 ans, tué par les deux hommes dans sa voiture. La police continuait hier à s’interroger sur la possibilité qu’ils n’aient pas agi seuls. La question du motif reste entière. « La situation évolue rapidement », a toutefois déclaré hier le gouverneur Deval Patrick. Le chef de la police du Massachusetts Tim Alba a, lui, fait état de « plusieurs nouvelles pistes », sans plus de détails.
La traque des deux frères avait commencé dans la nuit à Cambridge, sur le campus du Massachusetts Institute of Technology (MIT) à l’ouest de Boston. La police, alertée après des coups de feu, découvre un policier tué par balles dans sa voiture à 22h30 heure locale, et la police apprend ensuite que les deux fuyards ont détourné une voiture en menaçant d’une arme son conducteur. Celui ci sera libéré sain et sauf 30 minutes plus tard. Les deux frères lui auraient confié être les auteurs des attentats. La chasse à l’homme commence, alors qu’ils roulent à pleine vitesse en direction de Watertown, située encore plus à l’ouest de Boston. S’ensuivent des échanges de coups de feu nourris, durant lequel un policier est grièvement blessé. C’est durant cette poursuite que l’aîné, sorti de la voiture, est mortellement blessé. Il est déclaré mort à l’hôpital à 1h25 tandis que son frère prend la fuite en voiture.
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Cette accélération spectaculaire dans l’enquête est intervenue moins de 12 heures après que le FBI eut diffusé des images des deux hommes et lancé un appel au public, pour qu’il l’aide à les identifier. Les deux bombes ayant endeuillé le célèbre marathon avaient explosé à 100 mètres de distance, et 12 secondes d’intervalle, près de la ligne d’arrivée, alors que des dizaines de milliers de personnes étaient massées au centre de Boston pour ce qui est chaque année une grande fête populaire. Elles avaient été assemblées dans des cocottes-minute remplies de clous et de billes d’acier pour en maximiser les dégâts.
(Source : agences)
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17 h 24, le 21 avril 2013