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À La Une - Les Femmes De La Semaine

Les victimes des prothèses mammaires PIP, des femmes en quête de justice

Quelque 5.250 plaignantes, françaises pour l'essentiel, sur environ 30.000 porteuses de la marque PIP en France et bien plus encore à l'étranger.

Joelle Manighetti, une des victimes des prothèses mammaires PIP, une affaire dont le procès s'est ouvert mercredi à Marseille, dasn une ambiance tendue.  REUTERS/Jean-Paul Pelissier

"Ce qu'on en attend, c'est que les coupables... enfin, les prévenus, aient les sanctions qu'ils méritent, même si on sait d'avance qu'elles ne seront pas à hauteur de ce qu'ils ont fait". Alexandra Blachère est en colère. Cette colère, la présidente de l'Association de défense des porteuses de prothèses PIP (PPP), l'exprime en marge du procès des prothèses mammaires frauduleuses qui s'est ouvert dans un climat tendu à Marseille mercredi.

 

Sur le banc des accusés, Jean-Claude Mas, fondateur de la société PIP, accusé de "tromperie aggravée" et "escroquerie" pour avoir rempli ses implants d'un gel "maison" frauduleux. A ses côtés, quatre co-accusés, anciens cadres de PIP, qui sont arrivés à la dernière minute, à l'abri des caméras.

 

En face, les victimes des prothèses et de leurs ruptures. Sur ce dossier, l'on recense quelque 5.250 plaignantes, françaises pour l'essentiel, sur environ 30.000 porteuses de la marque PIP en France et bien plus encore à l'étranger.

C'est la première fois que Jean-Claude Mas se retrouve face à elles, qu'il avait accusées, lors de son audition par les gendarmes, de porter plainte "pour le fric".

 

C'est en 2008 qu'Alexandra Blachère s'est fait implanter des prothèses mammaires PIP. Quand le scandale a éclaté, elle les a fait remplacer. Sa mère lui a prêté l'argent. "J'ai payé 3.420 euros, la plus grosse dépense de ma vie. La voiture a coûté moins cher!", raconte-t-elle lors d'un entretien avec le quotidien Lemonde. Sur le site de la société PIP, se souvient David, son mari, c'était écrit : "Garantie à vie".

 

Pour elle, ce procès, dont la 2e journée, aujourd'hui, était consacrée à des débats procéduraux, doit permettre aux victimes d'obtenir une indemnisation. Il doit aussi et surtout leur permettre d'acquérir "une reconnaissance", parce qu'elles sont "trop souvent montrées du doigt" pour avoir, en premier lieu, décidé de se faire poser des implants mammaires.

 

Or, certaines ont reçu une prothèse mammaire PIP après un cancer, d'autres parce qu'elles ne supportaient plus leur physique. Présentes mercredi à Marseille dès l'ouverture du procès, ces femmes étaient partagées entre l'"impatience" de témoigner, l'angoisse d'un possible renvoi de l'audience et la colère, parce qu'on les traite d'"hystériques".

 

Une exaspération qui s'est exprimée dès le début de l'audience mercredi. Un "connard" et des huées ont fusé des rangs des victimes quand Mas a fait état de "1.700 voire 1.800 euros de retraite", comme seule ressource.

"Je lui aurais volontiers collé une baffe. C’est normal, la colère est tellement forte", lâchait ainsi une femme d’une quarantaine d’années, citée par le quotidien français La Croix.

 


"Il était hors de question que je me réveille sans sein"

Derrière la colère se trouve une vraie souffrance, comme celle endurée par Isabelle Traeger.


En 1992, alors qu'elle n'a que 35 ans, Isabelle Traeger apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein.

"Il était hors de question que je me réveille sans sein, je n'étais pas capable de me faire à cette idée et donc j'ai accepté de me faire opérer parce qu'on me faisait une reconstruction immédiate", explique-t-elle à l'AFP.

Guérie, elle devient alors coureuse longue distance. Au retour de son premier marathon des Sables, en 2004, son chirurgien lui annonce que sa prothèse, constituée de sérum physiologique, doit être changée. On lui implante alors une prothèse PIP.

"Quand vous allez bien après avoir été malade, vous rangez votre carte (où est notée la marque de la prothèse, ndlr) dans votre poche, et vous ne la regardez jamais", confie-t-elle. Ce n'est qu'en 2010, alors qu'elle "s'étire en descendant d'un avion", qu'elle entend "comme un tendon qui craque, un truc énorme".

La douleur est intense, une échographie révèle que la prothèse a craqué et que du silicone a coulé, mais on lui dit que "ce n'est pas grave, qu'elle peut vivre avec". Ce, alors que le gel de silicone est non conforme aux normes.

Elle doit insister pour se faire explanter et aujourd'hui, se bat pour que toutes "celles qui ne se sont pas fait connaitre - il y en a encore 15.000 - le disent".

"On parlerait de prothèses testiculaires, ça aurait été fait pour tout le monde mais là, c'est des femmes donc elles sont toutes hystériques", explose-t-elle.

 

 

"Marquées à vie"

Joëlle Manighetti a, elle aussi, été victime d'un cancer et subi, en 2009 une ablation totale de son sein.

La mastectomie est immédiatement suivie d’une chirurgie réparatrice : en novembre 2009, on lui implante une prothèse de marque PIP. Mais la cicatrisation ne se fait pas correctement et la prothèse, qui s’est fissurée et "a perdu 10% de son volume", doit être retirée quelques mois plus tard, au moment même où la fraude est découverte.

 

Quatre ans après, elle a perdu le compte des opérations chirurgicales subies depuis son implantation - "cinq ou six, je crois", dit-elle à l'AFP - avec leur lot d’hospitalisations, de cicatrisations difficiles, de douleurs. La dernière a eu lieu il y a un moins d’un mois. Mais même si cette habitante de Moret-sur-Loing, près de Paris, est aujourd’hui en invalidité et a perdu son emploi dans une clinique privée, elle n’est pas restée inactive. Elle tient un blog, point de rencontre virtuel de nombreuses victimes, met en contact les femmes entre elles, et pousse certaines à témoigner auprès des médias. Elle-même répond, de sa voix dynamique, aux sollicitations.

Elle se bat aussi pour que toutes les victimes soient considérées sur un pied d’égalité.

 

"Si toutes les femmes n’ont pas de séquelles physiques ou psychologiques importantes, elles sont toutes marquées à vie", insiste-t-elle, regrettant que celles qui ont eu recours à de la chirurgie esthétique soient "stigmatisées, insultées régulièrement".

 

 

"Nous sommes victimes d’une fraude"

"Nous sommes finalement punies d’avoir voulu un jour modifier ce que la nature nous a donné. On se fiche complètement de nos raisons, du vécu de chacune", déplore pour sa part Murielle Ajello, présidente d’une association de victimes. Aux yeux de certains, "c’est notre vanité qui nous a poussées à faire ces opérations. Nous sommes victimes d’une fraude, c’est bien fait pour nous", décrypte-t-elle, interrogée par l'AFP. Pourtant, la plupart sont loin "des bimbos aux gros seins", constate-t-elle.

 

 

Pas un caprice

Autre victime, Muriel Richard s'est fait poser des prothèses PIP en 2002 car elle était atteinte d'une malformation à un sein. Sa décision n'a pas été prise "par caprice, mais pour me sentir plus jolie et mieux dans ma peau", dit-elle dans un entretien avec La Croix. C'est "en écoutant la radio", huit ans plus tard, qu'elle apprend que cette marque de prothèses est dans le collimateur des autorités sanitaires.

 

 

"C'est ma faute"

Muriel Meyblum, elle, culpabilise. "C’est ma faute", souffle cette retraitée de Saint-Raphaël (Sud de la France), émue lors d'un entretien avec l'AFP, avant de se reprendre. Cette femme, qui vit difficilement avec 700 euros par mois, avait "envie d’avoir des seins" pour sa retraite, elle qui n’en avait jamais eus. "C’est quelque chose que j’ai fait pour moi (...), un cadeau de ma famille, surtout de ma mère". "J’avais vraiment envie de ça." C’était en 2008.

 

 

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