Carla Baz devant une de ses compositions murales.
Ils ont en commun un background artistique riche d’influences diverses glanées au fil de leurs voyages, formations, rencontres et expériences multiples. Une sorte d’esprit contemporain et cosmopolite qui relie leurs œuvres aux styles et langages par ailleurs diamétralement opposés.
Design aux lignes harmonieuses et sobrement architecturées relevées d’un zeste de peps pour Carla Baz, compositions sculpturales d’une poétique fragilité pour Nayla Gabriel et peinture mariant nostalgie et ultramodernité pour Sélim Attieh.
Trois jeunes artistes libanais dont le talentueux début de carrière vaut assurément une exposition à la galerie Jacques Ouaiss*.
À commencer par Carla Baz qui présente sa toute première collection de pièces mobilières caractérisée par un subtil alliage d’élégance sculpturale, d’inspiration arty et de pétulante fraîcheur.
Diplômée de Penninghen à Paris en architecture d’intérieur et design de meubles, puis de l’ECAL en Suisse (l’École cantonale d’art de Lausanne), cette jeune designer a fait ses classes sous les directions successives des frères Bouroullec, Humberto et Fernando Campana, d’Edward Barber et de Jay Osgerby, parmi d’autres... Et ses stages chez Burberry, Vivienne Westwood ou encore Zaha Hadid à Londres, avant de retourner au Liban, il y a tout juste six mois.
Mue par son attrait pour le travail artisanal et très influencée par les arts graphiques, elle envisage le design comme de la «sculpture fonctionnelle», dit-elle. «Pour moi, tout part d’une esquisse. Je dessine continuellement des formes qui vont, à un moment donné, m’inspirer la silhouette d’un objet tridimensionnel.» Des formes souvent circulaires, découpées, taillées, ciselées dans des matériaux nobles (métal, verre, bois brut ou laqué) qu’elle associe avec élégance, sobriété, un «twist» de couleurs et de fantaisie. La vingtaine de meubles d’appoint qu’elle a conçus et fait – impeccablement! – exécuter par des artisans locaux en témoignent. À l’instar de ce banc-hublot en bois traversé d’un grand vase vertical, de ces tables-tabourets mariant le bois d’érable brut et lisse au bois laqué à effet matelassé (disponible dans une palette de couleurs vives), de ces consoles-gigognes hexagonales, de ces «miroirs en compositions murales» réalisés au moyen d’une association d’éléments circulaires (en verre ou bois laqué) et de lignes géométriques en fer... Ou encore de ce charmant plafonnier «nuage» en disques de verre sablé cerclés de fer!
Dans un tout autre registre, mais avec la même attention donnée au détail, s’inscrit le travail sculptural d’une délicatesse inouïe de Nayla Gabriel. Et pour cause: la série d’arbres miniatures que la jeune femme présente dans des boîtiers de plexiglas sont patiemment réalisés à la main au moyen de fil de fer, de cuivre ou d’argent et de papiers découpés. Un feuillage qui prend parfois la forme de mains minuscules (symbolisant un appel à l’aide), d’autres fois de microdrapeaux libanais, d’autres fois encore de miniperles et cristaux Swarovski, ou encore de feuilles d’or et d’argent. Un ouvrage précieux et poétique auquel s’adonne depuis 6 ans cette artiste autodidacte, licenciée en économie et études politiques, puis formée à l’art auprès de Christie’s Paris, où elle a travaillé durant deux ans et qui, dit-elle, a toujours éprouvé «une sorte de fascination pour les arbres. Ce sont des témoins silencieux qui, si on les observe bien, expriment tellement de choses: mémoire, nostalgie, tristesse ou, au contraire, allégresse...» Autant de perceptions qu’elle arrive à transmettre dans ses sculptures d’une méditative apesanteur. Lesquelles se situent à l’extrême opposé des œuvres en mixed-média, regorgeant de couleurs, d’images, d’évocations, parfois malicieusement critiques, d’autres fois nostalgiques de Beyrouth, de Sélim Attieh.
Des tableaux qui entremêlent photographie, graphisme et peinture (sur toile, tôle ou encore plexiglas) pour exprimer les multifacettes de cette ville avec laquelle ce jeune artiste d’à peine 30 ans entretient une relation contrastée. Et où il vient de se réinstaller après des années passées en Arabie saoudite, Dubaï et Londres, où il a fait ses études d’illustration et de graphic-design à la Saint Martin School.
Trois univers prometteurs à découvrir jusqu’au 26 avril.
*Achrafieh, rue Sélim Bustros. Horaires d’ouverture : de 10h à 18h. Nocturne le 24 avril jusqu’à 22h. Tél. 03/777177.
À commencer par Carla Baz qui présente sa toute première collection de pièces mobilières caractérisée par un subtil alliage d’élégance sculpturale, d’inspiration...


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