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À La Une - Société

L'hommage parisien à Grégoire Haddad

Une rencontre-dédicace, suivie d’une table ronde, a eu lieu dans les locaux de l’Artisan du Liban à Paris à l’occasion de la signature de l’ouvrage de Michel Touma « Grégoire Haddad, évêque laïc, évêque rebelle ». De nombreuses personnalités libanaises et françaises étaient présentes à la signature et à la table ronde.

Lors de la table ronde qui a accompagné la signature, de gauche à droite, l’ambassadeur du Liban à Paris, Boutros Assaker, Carole Dagher, Michel Touma, Georgia Makhlouf, l’ancien ministre Ghassan Salamé, et (de dos) l’ancien ministre français des AE, Hervé de Charette, et l’ancien ministre Sélim Jahel.

La signature parisienne du livre de Michel Touma Grégoire Haddad, évêque laïc, évêque rebelle (éditions L’Orient-Le Jour), jeudi dernier, et l’affluence d’un grand nombre de personnalités du monde culturel, associatif et politique dans les locaux de l’Artisan du Liban, 30 rue de Varenne, démontrent combien, quarante ans plus tard, le nom de l’évêque Grégoire Haddad continue de rassembler, d’émouvoir et d’inciter à la réflexion.


La rencontre-dédicace a eu lieu sous le patronage et en présence de l’ambassadeur du Liban, M. Boutros Assaker, et en présence de l’ambassadeur délégué du Liban à l’Unesco, Khalil Karam, de l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hervé de Charette, du député Fouad el-Saad, de l’ancien député Camille Ziadé, des anciens ministres Sélim Jahel et Ibrahim el-Daher, et de plusieurs figures notoires de la communauté franco-libanaise, parmi lesquelles Mmes Rollie Kamel, Leyla Hawari, Sylvia Milliez, Martha Hraoui, Najwa Bassil Pietton, Bahjat Rizk, Élie Masboungi, sans compter des journalistes et des universitaires, ainsi que d’anciens amis et collègues de Mgr Haddad, émus de se retrouver pour évoquer l’action sociale pionnière de l’ancien archevêque grec-catholique de Beyrouth et de Jbeil.
Une table ronde, animée par la journaliste Georgia Makhlouf et regroupant l’auteur, Michel Touma, l’ancien ministre Ghassan Salamé et l’écrivain Carole Dagher autour d’une grande table conviviale où avaient pris place les personnes qui s’étaient déplacées pour la signature, devait aborder les différents aspects de l’œuvre et de la personnalité de celui qui fut le fondateur, et/ou l’un des principaux initiateurs du Mouvement social, de l’IRAP (avec Jeanine Safa), de l’Artisan du Liban (avec Pierre et Gaby Wardé), de l’AEP (Association d’entraide professionnelle, avec Claude Audi), de l’Oasis de l’espérance (filiale d’Emmaüs), pour ne citer que ces réalisations.


Georgia Makhlouf devait rendre un hommage marqué au prélat et relever la portée symbolique de la présence, ce soir-là, des anciens camarades de combat du père Grégoire, ainsi que des membres du mouvement Emmaüs, soulignant à cet égard que de telles retrouvailles, quarante ans après l’action sociale entreprise dans les années 70, illustrent un attachement certain à l’esprit qui a marqué le travail initié par le père Grégoire. Elle a lu à ce propos un passage émouvant de la « Lettre à un ami » que Pierre Wardé avait adressée au père Grégoire (et publiée dans L’Orient-Le Jour du 23 octobre 1974), dans laquelle il écrivait notamment : (...) « Vous êtes une idée en marche qui ne peut plus s’arrêter, qui représente pour les chrétiens d’Orient une formidable espérance. Qu’importe que vous demeuriez à la tête d’un diocèse ou que vous restiez dans l’ombre (...). Vous avez ouvert la voie, et d’autres prendront la relève (...) »


Georgia Makhlouf a ensuite cédé la parole à Tina Cassia qui a souligné que si la rencontre-dédicace et la table ronde ont été organisées dans les locaux de l’Artisan du Liban de Paris – qu’elle dirige depuis plusieurs années –, c’est en raison du fait que l’Artisan du Liban représente l’une des principales réalisations du père Grégoire, son objectif (à but non lucratif) étant d’aider les artisans de différentes régions du Liban à améliorer la qualité de leur production et à avoir accès à de nouveaux marchés. Soulignant qu’un tel projet favorise la création d’emplois à des centaines de femmes dans les régions libanaises, Tina Cassia a appelé au soutien de cette association par le biais de l’achat de ses produits, afin de l’aider à poursuivre sa mission.


Michel Touma a ensuite exposé la raison pour laquelle il a écrit son ouvrage, à savoir la nécessité de faire en sorte que le legs de Mgr Haddad, ses réalisations et sa réflexion demeurent et puissent inspirer les nouvelles générations. Il a notamment déclaré que l’idée du livre lui a été donnée par Mme Nayla de Freige, administrateur délégué de L’Orient-Le Jour. Michel Touma devait souligner que sur le plan religieux, le « père Grégoire », en sa qualité notamment d’évêque de Beyrouth et de Jbeil, avait en quelque sorte « démocratisé » son diocèse, dans l’esprit du concile Vatican II auquel il avait participé et dont il avait mis en application ses recommandations relatives à la participation des laïcs dans la vie de l’Église et la gestion des paroisses, en mettant en place des conseils paroissiaux au sein de son diocèse.
Évoquant l’épisode de la revue Afaq et des articles de Mgr Haddad remettant en cause certaines pratiques chrétiennes et l’attitude du clergé, Michel Touma a relevé que la teneur de tels articles avait réconcilié nombre de jeunes et d’universitaires avec l’Église et la religion chrétienne. Il a souligné dans ce cadre que le père Grégoire avait, de la sorte, réussi à mobiliser la société civile et les laïcs autour d’un courant de pensée et d’une conception de l’action chrétienne au sein de la société. C’est cette même société qui, lors de la destitution de Mgr Haddad par sa hiérarchie en 1975, se mobilisera en masse afin de protester contre une telle décision et défendre les idées auxquelles elle croyait.
Au plan social, Michel Touma a souligné que l’on doit au père Grégoire une conception de l’action sociale fondée non pas sur la charité, mais sur l’idée d’un développement socio-économique. Il a rappelé qu’une telle action avait permis à des centaines de jeunes d’horizons et de milieux différents d’aller à la rencontre de « l’autre », en l’occurrence les populations des régions périphériques du pays.

Ghassan Salamé et Carole Dagher
Carole Dagher a, pour sa part, évoqué les influences qui avaient marqué le père Grégoire Haddad, qui allaient se refléter dans ses articles publiés dans la revue Afaq et qui allaient déclencher la crise menant à sa mise à l’écart de l’évêché. Elle a cité, outre le concile Vatican II et la doctrine sociale de l’Église, ses origines protestantes, l’influence multiconfessionnelle de son enfance dans la région d’Aley (à Deir el-Chir), ses lectures des ouvrages de Teilhard de Chardin, sa recherche personnelle d’une foi plus vécue que dogmatique, sa réflexion davantage sociale que théologique.


Relevant que Mgr Haddad avait choisi de secouer ses lecteurs en choisissant des titres et sous-titres provocateurs, notamment dans son célèbre article « Libérer le Christ », où il prônait de « libérer le Christ de l’Église-institution et du christianisme », Carole Dagher a souligné sur ce plan qu’en définitive, c’est cette formulation des articles beaucoup plus que le fond qui a suscité des appréhensions dans certains milieux.
Après avoir souligné que le comportement qui a distingué Mgr Haddad rappelle dans une certaine mesure la ligne de conduite du nouveau pape François, Carole Dagher a déclaré en conclusion que ce qui reste, ce sont les réalisations sociales du père Grégoire, rappelant ainsi le mot de Jésus : « On reconnaît l’arbre à ses fruits. »


Prenant ensuite la parole, l’ancien ministre Ghassan Salamé a résumé les trois thèmes sur lesquels se sont articulées l’œuvre et la pensée de Grégoire Haddad, à savoir : le développement, la citoyenneté et la laïcité. Il a rappelé que le prélat grec-catholique avait aussi été l’un des éléments moteurs du manifeste du Christ-Roi (1974), première manifestation de l’esprit critique au sein de l’Église, initiée par un groupe de jeunes et d’intellectuels engagés.
Ghassan Salamé a en outre estimé que le père Grégoire était aussi un homme de contradictions ; évêque et laïc, critiquant le clergé tout en étant un prince de l’Église. Il a indiqué que, sur le plan politique, le prélat était déconnecté de certaines réalités, et qu’il était un partisan de la non-violence et un admirateur de Gandhi. Aussi, lorsqu’il avait fait la connaissance de l’imam Moussa Sadr, pour lequel il vouait une grande admiration, il avait été étonné de découvrir que le mouvement des déshérités (Amal) fondé par le dignitaire chiite devait bientôt s’adosser à une milice.
Georgia Makhlouf devait enfin donner lecture d’un mot écrit adressé par le journaliste Antoine Sfeir qui a souligné que « Grégoire Haddad, même isolé, n’a jamais cessé de travailler à la découverte de l’autre ». « Il a continué d’être l’exemple parfait du vouloir-vivre ensemble à tout prix ; en somme, tout ce qui nous manque aujourd’hui pour reconstruire une société plurielle, où l’autre n’est plus un étranger, mais fait partie de nous-même. »

 

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