La crise syrienne menace désormais les accords de Sykes-Picot et la succession de l’Empire ottoman

La conséquence

Ici et maintenant
18/03/2013
Les Syriens viennent d’entamer leur troisième année de guerre civile. Ils en sont déjà au cinquième de ce qu’ont vécu les Libanais entre 1975 et 1990 – de ce qu’ils pourraient, s’ils se laissaient aller, revivre encore et encore. Les Syriens sont désormais plongés dans le même cannibalisme. Ce qui a commencé, à Deraa d’abord, par un jasmin plus ou moins civilisé, plus pacifique que vengeur, poli(cé) presque, s’est mué en un Shakespeare sanguinaire, aux confins du Grand-Guignol : Titus Andronicus et Tamora ont le même passeport. Le même génome. Un cannibalisme bien plus décomplexé, plus rageur, que leurs cousins d’outre-Masnaa : les Syriens n’en sont pas encore à leurs batailles pour les autres. Ils luttent rien moins que pour leur survie. Même si certains commencent à comprendre : à Deir ez-Zor, par exemple, les opposants ne veulent plus égorger les soldats alaouites faits prisonniers. Ce n’est pas le cas, loin de là, du Baas toujours au pouvoir.
Le gang Assad vient d’entamer sa troisième année de boucheries. Rarement dictateur aura eu autant de sang sur le corps. De crimes contre l’humanité dont il faudra un jour, d’une manière ou d’une autre, qu’il en rende compte : le Tribunal spécial pour le Liban accouchera sûrement d’un petit (grand) frère. Peu importe que l’ex-ophtalmologue ait totalement perdu tout sens commun, toute raison, tout résidu de notions basiques : bien, mal, etc, ou qu’il ne soit plus qu’une marionnette bouffonne, vampirisé et menacé jusqu’à l’os par sa communauté ; peu importe qu’une f(r)action de ces rebelles soit au moins aussi barbare que lui : cet homme ne peut plus, ne doit plus, rester en liberté. Parce que ce que cet homme veut, c’est un Armageddon, chez lui, naturellement, mais aussi en Turquie, en Jordanie, et, avant toute chose, au Liban. Un Führerbunker, ou plusieurs, serai(en)t déjà opérationnel(s) dans un Alaouistan moins sûr, pourtant, que jamais.
La communauté internationale vient d’entamer sa troisième année de gesticulations. Une communauté internationale complice. Stérile. Incapable, volontairement ou pas, ne serait-ce que de jeter un os à ronger à un Vladimir Poutine peu habitué, c’est un comble, à mettre la barre (et les enchères) aussi hauts. Et ne voilà-t-il pas tout ce beau monde qui gigote encore plus : un homme, transfiguré par l’expérience malienne, un homme qui va bientôt jeter aux oubliettes ses référents traditionnels, les Jaurès, les Blum, les Mitterrand, et finir par régler ses pas sur ceux de... Napoléon ; un homme qu’aiderait volontiers, en pleine lumière, un David Cameron désespérément prêt à tout pour un coup d’éclat, un succès dont il a ardemment besoin ; un homme qu’aiderait volontiers, en coulisse, un Barack Obama superéchaudé par les bad trips afghans et irakiens ;
un homme auquel rien ou presque ne réussit à l’intérieur et pour lequel, de plus en plus, the world is not enough : François Hollande. Dont le dernier fait d’armes, remarquable, n’est rien d’autre que cet ultimatum adressé à une Union européenne qui n’avait vraiment pas besoin de cela en ce moment. Les bras d’Angela Merkel, et de Nicolas Sarkozy sur le chemin de la maternelle de Giulia, ont dû leur en tomber.
Les Libanais viennent d’entamer leur troisième année de cirque. Coincés entre la distanciation poussive et laborieuse de l’exécutif (attendre que Michel Sleiman revienne de son tour d’Afrique pour réagir aux insensées menaces de Damas est un immense moment de solitude – et de niaiserie) ; le stakhanovisme pro-iranien de l’inénarrable Adnane Mansour, autant fait pour le palais Bustros que Bachar el-Assad pour le Nobel de la paix, et l’hystérie absolue, conjuguée, parallèle, contagieuse et débridée des salafistes de tout poil et des miliciens du Hezbollah. Lequel Hezb n’a jamais, au grand jamais, atteint pareil climax de mauvaise foi, à répéter à cor et à cri qu’il ne se mêle de rien en Syrie tout en enterrant à tour de bras ces pauvres garçons morts en combattant auprès des soldats d’Assad.
Le comble du cynisme ? Que cette guerre syrienne a du bon. Du très bon. Aujourd’hui, sunnites et chiites libanais se battent en Syrie et pour des Syriens, au lieu de s’entre-tuer au Liban pour X ou Y, de ressusciter sans états d’âme des mai 2008. Personne, naturellement, ne priera pour que le génocide perdure en Syrie, pour que le Liban ne replonge pas dans ses mille et un marécages. D’autant que la mathématique est implacable : ce n’est pas parce qu’ils s’occupent en Syrie qu’ils oublieront nécessairement de s’entrégorger au Liban. L’incident des cheikhs de Dar el-Fatwa tabassés par trois voyous chiites prétendument junkies jusqu’aux rétines, tombe plutôt mal. Très mal.

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