Rechercher
Rechercher

Spécial journée de la femme - Spécial Journée de la femme - Trois questions à

« Ai-je eu le choix à 19 ans, lorsque mon père s’est retrouvé au chômage ? »

Rahel Zegeye, employée de maison éthiopienne et militante, à travers le théâtre, pour les droits des femmes migrantes au Liban.

Rahel Zegeye, militante acharnée pour les droits des employées de maison migrantes.  Photo Anne-Marie el-Hage

Selon vous, quelles sont les plus graves atteintes aux droits ou à la condition de la femme dans votre pays ?
Dans mon pays, l’Éthiopie, les femmes sont destinées au mariage depuis leur plus jeune âge. Dans la capitale, Addis-Abeba, on les marie vers 17 ou 18 ans, sans leur laisser le temps de terminer leurs études. Elles sont aussitôt enceintes et doivent s’occuper de leurs enfants. Les plus chanceuses peuvent poursuivre leurs études. Dans les zones rurales ou montagneuses, la situation des femmes est dramatique. Les fillettes sont mariées dès l’âge de 7 ans et retirées de l’école. Beaucoup d’entre elles meurent en donnant naissance à leur premier enfant. Nombre de femmes sont aussi abandonnées par leurs maris et se retrouvent seules pour élever leurs enfants. Une situation des plus difficiles lorsqu’elles sont illettrées. D’autant que les femmes éthiopiennes ne sont pas les bienvenues dans nombre de professions. Seuls certains métiers leur sont ouverts, comme le métier de bonnes, à l’étranger, au Liban plus particulièrement. Mais là aussi, elles ne sont souvent pas à la hauteur, parce qu’elles ne savent rien faire, n’ayant jamais été scolarisées.

Le fait d’être une femme a-t-il favorisé votre carrière ou l’a-t-il handicapée ?
De quelle carrière parlez-vous ? Pensez-vous que j’aime ce que je fais, laver, nettoyer, récurer, cuisiner à longueur de journée ? Refaire les mêmes gestes tous les jours, depuis treize ans, jusqu’à me briser le dos ? Ai-je seulement eu le choix, à 19 ans, lorsque mon père s’est retrouvé au chômage et que je n’ai pas pu aller à l’université, parce qu’il fallait nourrir une famille de 9 personnes ? Pensez-vous vraiment que je fais ce que j’aime ?
Je rêve pourtant de poursuivre mes études, de faire du théâtre et de la musique. Je rêve d’être une étudiante comme les autres, de conduire une voiture, de faire du tourisme ou du camping, de sortir avec mes amies au café ou au restaurant, sans qu’on me regarde de travers ou qu’on me refuse l’accès parce que je suis de couleur noire et que je suis une employée de maison. Je ne me vois d’ailleurs pas du tout être une domestique toute ma vie. Les pièces de théâtre que j’écris et joue, pour défendre les droits des employées de maison au Liban, m’ont sauvée. Elles me permettent désormais d’avoir un objectif, de faire ce que j’aime.

Auriez-vous préféré être née homme ?
Parfois je me dis que j’aurais bien aimé être un homme. Un homme qui travaille au service des gens n’est jamais battu, ni enfermé. Il ne risque pas de voir sa vie gâchée, d’être agressé ou d’être victime de harcèlement sexuel. Mais en même temps, je suis fière de ce que je fais pour les femmes migrantes au Liban, pour qu’elles mangent à leur faim, pour que leurs salaires ne soient pas retenus, pour qu’elles bénéficient d’une couverture médicale digne de ce nom, pour qu’elles aient droit à un jour de congé hebdomadaire, pour qu’elles ne soient pas jetées en prison injustement, pour qu’elles soient traitées décemment, comme des personnes humaines, responsables d’elles-mêmes, et non pas comme des mineures qu’on enferme, ou pire comme des prostituées qu’on montre du doigt. Aujourd’hui, je peux dire que je suis heureuse d’avoir réussi à accomplir ma mission à travers le théâtre ou à travers le film que j’ai réalisé.

 

 

Retrouvez ce que d'autres femmes ont à dire dans notre dossier spécial Journée de la femme

Selon vous, quelles sont les plus graves atteintes aux droits ou à la condition de la femme dans votre pays ? Dans mon pays, l’Éthiopie, les femmes sont destinées au mariage depuis leur plus jeune âge. Dans la capitale, Addis-Abeba, on les marie vers 17 ou 18 ans, sans leur laisser le temps de terminer leurs études. Elles sont aussitôt enceintes et doivent s’occuper de leurs enfants....
commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut