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À La Une - Mois De La Francophonie - Théâtre

« Lettres à Génica », folie ou lucidité de l’amour ?

Pour le coup d’envoi du mois de la francophonie, la comédienne Carole Bouquet a présenté, à la salle Montaigne de l’Institut français, les « Lettres à Génica ». Des textes choisis de l’œuvre d’Antonin Artaud. Une lecture qui met à nu l’univers torturé de l’auteur.

Carole Bouquet dévoile l’Artaud qu’elle a reconnu, que son âme a effleuré... Photo DR

Au départ, il y a une chaise, une femme vêtue de noir et un guéridon. Au départ, il y a des lettres d’amour d’un homme blessé, un clair-obscur et une musique de fond. Au départ, il y a une personne sur scène, mais qui sera au fil des minutes deux, trois et qui se démultipliera au fur et à mesure que le temps passe pour devenir une foule. Au départ aussi, il y a cette pénombre qui s’éclaircira petit à petit et deviendra lumière.
Durant une heure, Carole Bouquet va lire cette correspondance tenue entre l’artiste polyvalent Antonin Artaud et l’actrice roumaine qu’il a rencontrée dans la troupe de théâtre de Charles Dullin, Génica Athanassiou, qu’il a aimée intensément, passionnément durant cinq ans. La comédienne a ainsi sélectionné des textes issus des œuvres Lettres à Génica Athanasiou et des Cahiers du retour à Paris dans Œuvres complètes tome XXII d’Antonin Artaud (Éditions Gallimard). De 1922 à 1927, alors que l’auteur voyait tous les jours sa bien-aimée, il n’a cessé de lui envoyer des lettres d’amour tantôt enflammées, tantôt pleines de rage. Celles-ci étaient cependant un prétexte de parler de son mal de vivre, son mal-être, de sa douleur, de la quête de soi, mais aussi du théâtre et du cinéma. C’est tout l’univers torturé d’Antonin Artaud qui défile dans la voix élégante et chaude de celle qui joua pour Luis Buñuel, Bertrand Blier et d’autres réalisateurs. Qui s’infiltre entre ces lignes incertaines au début de la performance pour devenir plus insistantes et obstinées à la fin. Comme quoi le lien s’était noué entre l’audience et l’artiste.

Une autre image de cet égaré
La silhouette effilée, l’allure simple et la coiffure sage, Carole Bouquet s’efface, s’inclinant même avec beaucoup de raffinement et comme dans une certaine pudeur devant ces textes puissants qui n’ont été reconnus à leur juste valeur qu’après la mort de leur auteur. De sa voix chaude, teintée de soleil (elle avoue elle-même qu’elle a besoin de la lumière de la Méditerranée), l’actrice joue l’authenticité. Elle dévoile l’Artaud qu’elle a reconnu, que son âme a effleuré. Elle-même dira avoir eu envie de montrer une image non de l’illuminé, de l’homme qui a été interné dans les dernières années de sa vie, mais de celui qui parle avec lucidité de son réel si difficile.
La comédienne n’avait pas opté ce soir-là pour un ton théâtral (car qui dit que pour parler d’amour il faudrait le hurler ?), mais pour une tonalité distante face à des textes personnels, beaux et graves. Pour elle, il était essentiel de les transmettre non dans le délire de la déclamation, mais dans la lucidité. Un peu trop lucide peut-être, quand il s’agit de parler « d’âmes qui se sont frottées et reconnues », d’un amour qui représente pour l’auteur, qui a horriblement soif de tendresse, le début, le centre et la fin de sa vie. Et comme la destinataire de ces lettres est décrite tantôt comme un ange et tantôt « plus impitoyable que la vie », le texte pouvait sembler en effet trop lisse et démuni d’aspérités émotionnelles pour ces climats de l’esprit, si différents l’un de l’autre. On regrettera également que la voix de la comédienne ne portait pas assez loin puisque les personnes assises au fond de la salle n’entendaient pas avec précision les nuances vocales. Néanmoins, l’élégance et la finesse de Carole Bouquet suffisaient à rendre la soirée émaillée de grâce et de charme.
Au départ, il y a une chaise, une femme vêtue de noir et un guéridon. Au départ, il y a des lettres d’amour d’un homme blessé, un clair-obscur et une musique de fond. Au départ, il y a une personne sur scène, mais qui sera au fil des minutes deux, trois et qui se démultipliera au fur et à mesure que le temps passe pour devenir une foule. Au départ aussi, il y a cette pénombre qui s’éclaircira petit à petit et deviendra lumière. Durant une heure, Carole Bouquet va lire cette correspondance tenue entre l’artiste polyvalent Antonin Artaud et l’actrice roumaine qu’il a rencontrée dans la troupe de théâtre de Charles Dullin, Génica Athanassiou, qu’il a aimée intensément, passionnément durant cinq ans. La comédienne a ainsi sélectionné des textes issus des œuvres Lettres à Génica Athanasiou et des...
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