Avec l’arlésienne de la grille des salaires, on voit bien comment le génie libanais fait admirablement son œuvre.
Au départ, comme il se doit, un véritable coup tordu : atteler aux revendications légitimes des enseignants le chantage pernicieux des fonctionnaires. Quand on sait que près de 300 000 glandus émargent peu ou prou à la fonction publique, payés à pantoufler aux frais du contribuable, on se dit que pour eux de toute façon rien ne change puisqu’il n’y a pas grande différence entre un jour de turbin et un jour de grève.
On se réjouit de penser ainsi que dans les rues de Beyrouth, depuis mardi, il y a des dizaines de milliers de spécialistes en économie, finances, gestion budgétaire et administrative. Leur mentor syndical, Hanna Gharib, a depuis lulure mis au point un concept économique révolutionnaire : travailler moins pour gagner plus. D’ici là, il nous sert une belle grève générale à rallonge. À entendre ses fanfaronnades, on est désormais fixé : les organismes économiques et financiers locaux, les experts de la BDL, de la Banque mondiale, du FMI et de la Banque européenne d’investissement sont tous des ânes, menés au doigt et à l’œil par les riches assis sur leur tas de fric.
Encore plus aérien que les benêts qui battent le pavé pour se faire augmenter, y a le Mikou qui se propose d’apposer son nom sur l’étage surnuméraire de certains immeubles en construction. Vous avez aimé « l’étage Murr » ? Vous allez bientôt adorer « l’étage Mikati » ! Diable, il a trouvé le filon, l’armoire à glace du Sérail. Ainsi, d’inflation en cherté de vie et à chaque tour de manivelle pour les salaires, l’État financera la sucrerie en rackettant un étage supplémentaire. Chaque Premier ministre pourra désormais pomper le surplus en nous gratifiant de sa griffe sur le béton : « étage Karamé », « étage Hariri », « étage Safadi », et pourquoi pas un jour un « étage Ahmad el-Assir »... Les entrepreneurs cracheront au bassinet et les pauvres seront contents.
Jusqu’au jour où la dette atteindra 90 milliards! Quand le pain, le sucre, le riz et l’essence seront introuvables, les cocus de la grève se résoudront sans doute à avaler, non pas une couleuvre (Natrix maura, 2 m, 6 kg), ou un boa (Boa constrictor imperator, 3 m, 15 kg), mais un anaconda (Eunectes murinus, 9 m, 200 kg).
On en parlera au moment de la digestion.
gabynasr@lorientlejour.com


Dans un pays ou l'on guérit le mal par le mal impossible de sortir du cercle vicieux de l'inflation . Triste . Antoine Sabbagha
05 h 09, le 22 février 2013