La Dernière

Un film sur le naufrage de l’Afrique ravive la mémoire de la tragédie

Histoire Le plus grand drame maritime de l’Hexagone est ressuscité dans un documentaire, grâce aux descendants des disparus.
OLJ
01/02/2013
Quatre-vingt-treize ans après, un documentaire en préparation ressuscite le naufrage civil le plus meurtrier de France, avec 565 morts, un « Titanic français » étrangement oublié, en cheminant dans la mémoire familiale grâce aux petits-enfants des victimes. Le 12 janvier 1920 vers 3h du matin, pris dans une mer féroce et plombé par une voie d’eau, le paquebot Afrique, parti le 9 au soir de Bordeaux à destination de plusieurs ports africains, sombrait au nord-ouest de l’île de Ré, à 40 km de la côte vendéenne après une longue agonie, 21 heures après son premier signal de détresse. De ses occupants, des tirailleurs africains démobilisés, des épouses et enfants d’expatriés, des missionnaires, 125 membres d’équipage, seules 34 personnes survécurent. « Pendant des semaines, des corps furent récupérés sur les plages de Vendée, dans des chaluts, dérivèrent jusqu’en Bretagne, l’île de Sein », raconte Roland Mornet, marin reconverti en historien, auteur d’un livre sur le paquebot Afrique en 2006. Cette année-là fut apposée aux Sables-d’Olonne une humble stèle, à ce jour seule trace physique de la tragédie. « Comment la plus grande catastrophe maritime française a-t-elle pu tomber à ce point dans l’oubli ? Il y avait plein de mystères, d’interrogations autour de l’Afrique », résume Daniel Duhand, coréalisateur avec Mickael Pitiot. Un duo qui signa en 2012 un film sur d’autres oubliés : les Poilus d’Alaska, chiens de traîneaux durant la 1re Guerre mondiale.
Le naufrage fit scandale, suscita une session houleuse à la Chambre des députés. Pierre Dignac, député de la Gironde à l’époque, était « traumatisé », explique Denis Blanchard-Dignac, son petit-fils : « Que la compagnie ait pu affréter un bateau en mauvais état, et par la responsabilité de l’État, incapable d’assurer un sauvetage sur un naufrage à 100 km de Bordeaux. » Mais l’actualité politique (élection présidentielle en ce janvier 1920) reprit le dessus. Plusieurs commissions d’enquête, 12 ans de procédure, exonérèrent au final l’armateur, les Chargeurs réunis, et déboutèrent les familles qui demandaient compensation. Navire surchargé, en état douteux, écoutilles obstruées par la crasse accumulée, choc final avec un bateau-feu, maints facteurs se sont combinés pour le drame. La version officielle en 1932 retint surtout la malchance : le possible choc avec une épave de la Première guerre mondiale, ouvrant une voie d’eau fatale dans la tempête.
Le 52 minutes sur l’Afrique, coproduit par France Télévision pour une diffusion en 2014, est une enquête, qui « va dans le sens » d’un navire en coupable état, selon Daniel Duhand, qui dit avoir eu accès à des documents inédits. Le film suit aussi le fil de la mémoire : comment le naufrage a impacté la vie des familles. « Celles où il y a eu transmission de mémoire, et celles où l’on n’en parlait pas, un sujet tabou comme s’il y avait une culpabilité », assure Duhand, qui a retrouvé 90 descendants et en cherche encore. « On n’en parlait jamais, c’était un peu occulté, ou alors à peine abordé à cause du bijou », raconte Marie-Laure Semont, Périgourdine de 64 ans, qui porte encore au cou la petite croix de Malte en or de sa grand-mère, naufragée. Une croix qui aida à identifier son corps sur une plage vendéenne. « Le film réveille cela, c’est bien. Je peux faire un travail (de mémoire) que ma mère n’a pas pu faire. » Le film prévoit une plongée par 45 m de fond, où gît toujours l’épave, avec en surface des descendants sur un bateau. Henri Portes, 59 ans, fut au contraire alimenté par sa grand-mère, veuve d’un officier, d’histoires qu’elle avait recoupées auprès de survivants. Des scènes de panique, d’horreur, et de grâce, comme « la messe qu’organisa l’évêque de Dakar Hyacinthe Jalabert, sentant leur sort scellé, rassemblant des passagers autour de lui, allumant des cierges ». Portes ne voulait pas paraître dans le film. « Ça me semblait une histoire de famille, intime (...). J’ai compris qu’elle était l’histoire de beaucoup de gens, presque nationale. Parler devenait un devoir. »
(Source : AFP)

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