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Quand la photo s’insinue « En terrains fuyants »

Exposition « Face au phénoménal changement du visage urbain de Beyrouth, on a tous le sentiment que quelque chose de colossal est en train de se faire qui nous échappe. On a tous l’impression de ne pas savoir où nous posons les pieds », affirme la photographe Rima Maroun.
15/01/2013

Confrontée à une massive entreprise de démolition et de reconstruction, Beyrouth se dépouille peu à peu de son héritage architectural et des lieux témoins de son histoire d’avant-guerre. 


Un phénomène qui, en s’accentuant ces deux dernières années, a induit chez Rima Maroun, photographe et artiste de performance, cofondatrice du Collectif Kahraba, un sentiment d’impuissance et, paradoxalement, le désir de provoquer une solidarité artistique autour du thème du changement de visage de la capitale. À travers, notamment, un projet photographique collectif axé autour de ces états intermédiaires et éphémères de la ville que sont les chantiers. Ces « territoires fuyants » qui illustrent la transformation aussi subreptice qu’accélérée de Beyrouth. « Car il s’est passé quelque chose de très rapide. Du jour au lendemain, une maison ancienne disparaissait, un immeuble ancien était rasé, laissant place à des chantiers, de vastes trous dans la ville qui forment comme des poches d’amnésie, parce qu’on ne se souvient plus de ce qu’il y avait avant », relève la jeune photographe.

 

(Pour mémoire : Beyrouth : Permis de détruire, encore et encore...)


Laquelle a donc, par appel lancé sur les réseaux sociaux, réuni de nombreux intéressés – photographes mais également plasticiens, architectes, urbanistes, ou encore cinéaste et ethnologue – autour de ce projet.
Qui, ainsi nourrit d’un riche échange d’idées et de points de vue, a engendré quelques belles séries photographiques, dont la galerie Janine Rubeiz présente, jusqu’au 30 janvier, cinq. Celles d’Elsie Haddad, de Lara Tabet, de Chafa Ghaddar, de Chaghig Arzoumanian, et bien entendu de Rima Maroun.


Baptisé « On Fleeting Ground » (En terrains fuyants), l’accrochage qui en est issu exprime le sentiment d’atrophie mémorielle dû à la perte des repères historico-urbains et le désir de ces artistes de « reconstituer, notamment au moyen de l’imaginaire, les traces de ce qui fut et de rendre palpables les marques de ce qui bientôt n’existera plus ».

Excavations de chantiers et vide émotionnel
Cela est perceptible autant dans les 4 grandes photos couleurs, au format carré, de Rima Maroun (tirées de la série « À ciel ouvert ») qui « mettent en scène » et en avant-plan les excavations formées par d’énormes chantiers dénaturant les quartiers à caractère patrimonial et illustrant ainsi « le vide émotionnel » que l’artiste ressent devant ce saccage, que dans les images « volées » d’intérieurs de chantiers de la série « The Hole Truth » de Lara Tabet. Cette dernière, médecin de profession et photographe par passion (elle suit d’ailleurs actuellement une formation photographique à New York), réussit à exprimer avec beaucoup de sensibilité, par l’usage du noir et blanc flouté de la caméra pinhole, la force dévastatrice de ces chantiers, à la machinerie implacable, qui semblent émerger des entrailles de la ville.


Flou artistique également dans l’unique image grand format carré – à effet granulé obtenu par la surexposition à la lumière – de la plasticienne Chafa Ghaddar qui, autant dans son choix du procédé photographique que dans celui du site immortalisé (la région des grands hôtels), aborde ainsi la symbolique de la destruction-reconstruction.
Symbolique de l’attachement au passé chez Chaghig Arzoumanian, étudiante en audiovisuel qui, revenue chez elle après quelques années hors du pays, apprend que la « Asfourieh » de Hazmieh, située près de sa maison d’enfance, est sur le point d’être démolie. Interpellée par ce sujet, elle se faufile par effraction dans ce bâtiment, à l’énorme jardin, abandonné et prend des photos chargées de l’énergie sauvage des lieux. Tirés d’un travail en cours, « The buried place », ces tirages, présentés en une sorte de montage, sont des fractions de recomposition d’un espace-temps mort.

 

(Pour mémoire : Les grandes dates de l’histoire architecturale du Liban, par Gebran Yacoub)


Des images comme autant de coupes dans le temps chez Elsie Haddad qui a également privilégié le format et les thèmes intimistes. Dans sa série « Entr’Actes », cette jeune photographe professionnelle pose un regard empreint de douce nostalgie sur ces vestiges d’une espèce en voie de disparition que sont les échoppes d’artisans, les petits commerces, pensions, barbiers et autres corps de métier qui animaient le Beyrouth d’avant-guerre...
Cinq artistes émergents qui ont donc uni leurs talents pour développer un « témoignage par le biais de la photographie artistique contemporaine ». Il en résulte un discours cohérent et un ensemble d’œuvres variées qui se complètent harmonieusement. Et qui ne manqueront pas d’interpeller ceux qui croient profondément au pouvoir des images...

* Galerie Janine Rubeiz, Raouché, immeuble Majdalani, rez-de-chaussée. Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi de 10h à19h, samedi de 10h à 14h. Tél. 01-868 290.

 

Pour mémoire

« Beyrouth Objets trouvés »... dans un album-coffret

 

Beyrouth, Destroy... comme une renaissance

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