Leur désir est tel qu’ils ne laisseront personne gouverner à leur place, convaincus d’être les seuls et uniques messies capables de sauver le pays. Ces responsables qui se heurtent et se déchirent manquent d’imagination. Leurs attaques fermentent sans cesse en vase clos, portées tous les jours à leur paroxysme. Ils n’ont pas confiance en eux-mêmes et se vengent par des changements d’humeur maladifs, nuisant à toute entente et causant des réactions d’affolements chez le citoyen. Par leurs insultes répétées, ils mettent aux prises des parents, des alliés et même des frères, tant il existe des idolâtres dans notre société. Ils continuent à nuire encore et encore à cette bonne terre, en l’esquintant et la paralysant, en éparpillant ses fils de par le monde, en la vidant pour mieux la dominer. En les écoutant, on croirait vivre une tragédie racinienne, où les intrigues se croisent et les complots se trament dans l’ombre. Les héros raciniens ne peuvent maîtriser leurs passions mais ils maîtrisent parfaitement leur langage et leur attitude. Têtes brûlées, cœurs de glace, oreilles bouchées, voici la description des politiciens qui retardent aujourd’hui l’entente et le rétablissement d’une patrie tiraillée par mille et un intérêts contradictoires.
Leurs programmes, aussi astucieux qu’ils soient, sont impossibles à appliquer dans cette ambiance de zizanie. Aucune nouvelle vision des choses n’est proposée. Aucune vigilance pour une vraie acceptation de l’autre, pour un Liban nouveau, pour une reconstruction solide des institutions. Le triste bilan qui s’offre et le dénouement proposé ne sont autres que des semblants de solution, du vent, un tissu de calomnie et de médisances répétées à satiété sur un ton monotone. Cet autre qu’ils combattent, qu’ils accusent, est toute personne hors de leur clan.
Mais où est donc l’espoir, l’impérieux besoin d’en finir un jour? Quel avenir nous réservent ces hommes qui détiennent en leurs mains notre sort et qui ne font rien pour débloquer la situation? Les Libanais sont fatigués. En les écoutant prêcher nous nous sentons projetés hors du temps, à un stade primitif. Le monde évolue à grands pas sauf au Liban où le temps s’arrête un peu plus chaque jour. Et pourtant il aurait été utile d’apprendre de nos fautes. Les trente années de privations et de guerres demeurent fortement gravées dans notre mémoire collective.
Et dire qu’ils osent évoquer une possibilité de guerre, d’explosions faute de consensus, de préparatifs militaires. Ils affirment même que ça pourrait être l’unique solution face à l’indifférence qui leur a été opposée, et à la non-satisfaction de leurs demandes! Comment oser suggérer de tels cataclysmes ? Comment ne pas condamner de telles déclarations, un tel comportement?
Faudrait-il encore se détruire mutuellement pour des intérêts personnels? Faudrait-il s’égorger un quart de siècle encore et anéantir sa propre espèce pour empêcher les autres de gouverner? Excusez–nous, Messieurs, vos doctrines sont moyenâgeuses et nous font peur. Cessez de rêver et redescendez sur terre, vous n’avez plus de place dans notre espace politique libanaise. Rendez- nous notre Liban d’antan avec tous ses défauts, son désordre. Laissez- nous vivre, respirer, jouir. Et, le savez-vous, vos réformes nous étouffent.
Andrée SALIBI


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef