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Culture

Edmonde Charles-Roux : une femme du siècle en marche

Salon du livre Présidente de l’Académie Goncourt depuis 2002, elle est l’une des grandes figures de la littérature française. Edmonde Charles-Roux, 92 ans, a étreint le XXe siècle par les deux bouts. Face à l’immensité de la grande bleue, à l’ombre des parasols d’un café de Ras-Beyrouth, ses paroles trouvent un écho d’éternité.
02/11/2012

Elle a côtoyé les plus grands dans les domaines de la politique, des arts, de la mode...
Sa vie (on a envie de dire ses vies, car elle en a eu plusieurs, l’une plus prestigieuse que l’autre) est une succession de combats qui se sont enchaînés comme les perles d’un passe-temps. Elle se raconte avec une incroyable franchise qui vous aimante d’un bout à l’autre de la rencontre. Aucune préciosité dans le verbe qui est piquant, moderne, truffé de mots anglais qu’elle lance ici et là avec une certaine délectation (un goût certain de la provocation?). Sourire juvénile. Elle respire le calme et la sérénité. Si sa silhouette, délicate et fine, accuse le passage de «presqu’un siècle», son esprit reste en état d’alerte. Très élégante en tailleur bleu marine rehaussé d’une chemise à lavallière en soie couleur huile d’olive, de délicates boucles d’oreilles vintage serties de diamants, rubis et émeraudes aux oreilles, la rosette de la Légion d’honneur (statut de commandeur) à la boutonnière. Aux pieds, des mocassins compensés en croco. «Ils sont aussi confortables que des pantoufles et, en plus, ils nous font gagner quatre bons centimètres», sourit-elle, avec l’air d’une gamine.


Elle respire l’air marin de cette Méditerranée qu’il l’a vue naître, à l’autre bout, du côté de Marseille. Cette mer qui été au centre de sa vie et de celle de sa famille originaire du Midi. «Mon père était marseillais et ma mère avignonnaise.» Elle a passé son enfance à Prague où son père avait été nommé ministre de France. Elle fait ses études à Rome ou son père était ambassadeur auprès du Saint-Siège. En 1939, lorsque la guerre éclate, son père est appelé à prendre le secrétariat général des Affaires étrangères. C’est à cette période qu’elle passe un diplôme d’infirmière, à l’issue duquel elle est affectée dans un corps d’ambulancières. Elle est blessée en 1940, décorée de la Croix de guerre et citée à l’Ordre du corps d’armée.


De retour à la vie civile, Edmonde Charles-Roux travaille à la rédaction d’un hebdomadaire féminin en voie de création: le magazine Elle. Elle restera deux ans, avant de prendre la direction du journal Vogue où elle restera 16 ans. Elle est la veuve de l’ancien maire de Marseille, Gaston Deferre.
Ses œuvres connaissent un succès international. Elles sont traduites en 17 langues.
Voilà pour les petites informations biographiques.
Il s’agit, pense-t-elle, de sa cinquième visite au Liban. Elle se souvient d’un voyage avec son père, lors d’une de ses missions diplomatiques.
Puis elle est venue en journaliste, du temps de son poste de rédactrice en chef de Vogue, «pour y effectuer des photo shoots». La mode avec, pour arrière-fond, la guerre? Oui, Charles-Roux a révolutionné le journalisme féminin. Sur le papier glacé de l’époque, on ne se contentait pas d’admirer de beaux vêtements, on pouvait lire des articles ayant pour thème le corps de la femme signés Aragon, Violette Leduc, Colette ou Nabokov. Elle a d’ailleurs été «démissionnée» pour avoir publié un mannequin noir en couverture du magazine.
Couronnée par le Prix Goncourt en 1966 pour Oublier Palerme, son premier ouvrage, elle a rédigé deux biographies-phares de deux femmes d’exception: Coco Chanel et Isabelle Eberhardt. «Ce sont des femmes en marche. Elles ont pris leur destin en main. Ne se sont pas laissées vivre.»


La participation à l’Académie Goncourt qui, de juillet à novembre, l’oblige à lire un livre par jour. Et qui l’empêche un peu de poursuivre son écriture. Actuellement, elle s’attelle à un projet : une biographie romancée d’un personnage proche de la famille. Elle n’en dira pas plus. Si, un conseil que la vie lui a appris: «Ne pas en faire des tonnes, prendre les choses à leur juste mesure.»

 

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