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La bourse ou la vie

L’éditorial de Issa GORAIEB
OLJ
24/10/2012

Le procédé est d’une terrible simplicité, il a pour nom racket à la protection et les mafias du monde entier s’y adonnent : vous payez docilement – et régulièrement – votre impôt au caïd du coin et vous êtes tranquille ; vous refusez au contraire de cracher au bassinet et dans la meilleure des hypothèses c’est votre épicerie, teinturerie, quincaillerie ou restaurant qui saute.

 

C’est exactement à ce type de cynique et incessant chantage qu’est soumis, depuis des décennies, le Liban. C’est au nom de la stabilité que le gros de la classe politique locale a coopéré, sinon franchement collaboré, avec l’occupation syrienne : stabilité on ne peut plus approximative d’ailleurs, puisqu’elle n’a épargné au Liban ni guerres, ni attentats, ni enlèvement, déportation, séquestration, torture et liquidation de milliers de résistants. C’est encore au nom de cette même et sacro-sainte stabilité que Saad Hariri, Premier ministre, se rendait à Damas et passait imprudemment l’éponge sur l’ardoise syrienne sans rien obtenir en retour. C’est à nouveau sur l’autel de la stabilité qu’était sacrifiée, à la conférence de Doha de 2009, une majorité parlementaire régulièrement élue, mais qui ne faisait guère plus le poids face aux armes miliciennes. Et c’est encore pour conjurer le spectre de la guerre civile que le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt torpillait cette majorité, hissant ainsi au pouvoir Nagib Mikati et le Hezbollah. Résultat : c’est de l’intérieur de l’Exécutif, désormais, qu’est pratiquée l’extorsion.


Compréhensible certes est l’actuel branle-bas diplomatique des grandes puissances, déjà inquiètes d’un débordement hors frontières de la crise syrienne et qu’horrifient maintenant les retombées intérieures de l’attentat de vendredi dernier qui a emporté l’as des renseignements de la police, le général Wissam el-Hassan. On pourrait ajouter que ces préoccupations sont aussi celles de nombreux Libanais qui redoutent de voir s’installer une impasse politique ou même un vide constitutionnel. Qui s’interrogent de la volonté du 14 Mars, réitérée hier, de se refuser à tout dialogue avant une démission du gouvernement et l’avènement d’une équipe neutre. Qui s’effarent même de l’ébauche d’une politique de la chaise vide chargée d’aléas, avec le boycottage par l’opposition des réunions des commissions parlementaires.


Pour légitimes cependant que soient ces appréhensions, elles ne sauraient conduire à la perpétuation d’une stabilité mensongère, à la consécration d’un statu quo qui s’avère en tout point mortel ; car ce n’est plus d’acquis politiques raflés hors de toute règle démocratique, mais de mort d’hommes, qu’il s’agit aujourd’hui. Au repos depuis 2008, la machine à tuer s’est remise en marche, s’en prenant une fois de plus à une fraction spécifique de Libanais. Par deux fois, et cela bien avant l’attentat de la place Sassine, elle a manqué de peu ses proies, sans réaction (ni même émotion) notable des autorités, tant politiques que judiciaires.


C’est dire que la solution consistant en un maintien du gouvernement n’en serait effectivement une que si ce gouvernement – et plus particulièrement son chef – s’amendait, s’il accordait enfin à la question sécuritaire l’intérêt primordial qu’elle mérite. C’est bien à cette urgente nécessité d’ailleurs qu’avait paru se résigner Nagib Mikati dès l’annonce de l’assassinat du général el-Hassan, en admettant que celui-ci s’inscrivait dans la ligne du programme d’attentats terroristes commandités par la Syrie, qu’a révélé au grand jour, pour la première fois d’aussi accablante manière, l’arrestation de l’ancien ministre Michel Samaha.

 

L’arbre de la stabilité ne doit pas cacher la forêt du crime.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

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