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Tombeau pour un martyr...

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Fady NOUN | OLJ
22/10/2012

De toutes les réactions à l’attentat d’Achrafieh, la plus admirable est celle de cette femme hospitalisée, filmée par la LBC, et qui affirmait qu’au moment de l’explosion elle priait pour le peuple syrien en se disant : « Quelle faute a commis ce peuple pour vivre une si totale dévastation ? »
Oui, quelle faute a commis ce peuple qui justifie pareilles souffrances ?


Aussi admirable est le mot de cet ouvrier en bâtiment syrien qui affirmait : « Laissez, nous payons aujourd’hui le prix de toute la violence faite au Liban. » Mot authentique que je tiens d’un ami chef de chantier.


C’est dans cette double générosité de cœur que se trouve la clé de la paix au Liban – et pourquoi pas, en Syrie. La compassion ressentie par cette femme pour le peuple dont les dirigeants nous infligent pareilles souffrances, la surprenante acceptation par un ouvrier syrien de ces souffrances comme châtiment mérité sont de précieuses clés pour la paix.


Walid Joumblatt l’a dit à sa façon. C’est par la politique, qui est l’art du bien commun autant que celui du possible – qui est donc un art noble autant que pragmatique –, que nous devons répondre à l’attentat d’Achrafieh.
« Ne faisons pas le jeu des commanditaires de l’attentat », a averti Michel Sleiman, qui redoute une discorde interne.


Paroles sages qui apportent quelque lumière dans notre nuit. La nuit de ceux qui, à la télévision, ivres de douleur, affirment qu’ils ne seront payés de leurs souffrances que le jour où ils pourront reconnaître le cadavre de Bachar el-Assad, piétiné par son peuple, à certaines marques distinctives. C’est ainsi qu’on a retrouvé Wissam el-Hassan et tant d’autres martyrs.


Ce n’est pas ainsi que l’on va au bout de la violence. Ce n’est pas ce que Ghassan Tuéni a dit à l’enterrement de son fils, assassiné en 2005. Ghassan Tuéni a dit : « Éteignons la vengeance. Rachetons la violence reçue en apprenant à souhaiter qu’elle soit la dernière. En apprenant à ne pas nous venger ; en apprenant que la violence engendre la violence et que, dans ce cercle vicieux mimétique, nous nous constituons prisonniers de la violence, nous la perpétuons et nous finissons par ressembler à notre adversaire ; plus rien ne nous distingue de notre ennemi. »


Rachetons la violence en lui donnant une réponse de civilisation. Qu’il me soit permis de citer ici Michel Eddé qui, dans un éloge funèbre de Ghassan Tuéni, affirme que « les seules révolutions durables sont les révolutions blanches », et que la violence comme moteur de changement historique est une idéologie à jamais révolue.


Dans son livre Voyage au bout de la violence, Samir Frangié, citant René Girard, a essayé de montrer qu’il y a dans nos violences une violence plus atavique dont on ne vient à bout que par une conduite de rachat, comme en la prenant sur soi.


Oui, l’assassin est en nous et le voyage au bout de la violence est un voyage au bout de soi-même. Comme cette blessée de l’Hôtel-Dieu dont le cœur a pris le dessus sur l’idéologie, comme Ghassan Tuéni, comme le recommandent quelques sages qui nous restent, rachetons ce coup violent qui nous est porté par une conduite de civilisation.
Wissam el-Hassan est mort sans avoir eu le temps de pardonner. Son épouse, son fils, si dignement debout sur le perron de sa maison, serrant la main à ses camarades et recevant les trois baisers sur les joues peuvent le faire pour lui.


Il ne s’agit pas de nous aveugler sur l’origine de l’attentat, ou sur ses auteurs. Les assassins sont parmi nous comme au-delà de nos frontières. Mais il s’agit de maîtriser l’art d’éteindre la violence, en l’empêchant de nous détruire intérieurement, après nous avoir détruits extérieurement. Conquérons notre propre violence pour conquérir ensuite notre ennemi. Montrons au monde, pacifiquement, comme nous l’avons déjà fait à maintes reprises, que le Liban existe vraiment.

 

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