M. Harb a tenu hier une conférence de presse dans les locaux d’an-Nahar, en présence de Mme Nayla Tuéni. Photo Marwan Assaf
Si certains pensent, comme le Hezbollah, que les documents diffusés par la chaîne satellitaire al-Arabiya sur une implication des services des renseignements syro-hezbollahis dans l’assassinat de Gebran Tuéni, le 12 décembre 2005, sont faux et n’ont aucune valeur juridique, ce n’est pas le cas de la famille du parlementaire et journaliste assassiné lâchement.
Celle-ci juge que tout document pouvant faire la lumière sur l’odieux attentat mérite d’être pris en considération et qu’il appartient aux autorités judiciaires de déterminer s’il est ou non crédible.
C’est dans cette optique que le député Boutros Harb, qui est par ailleurs l’avocat des héritiers de Gebran Tuéni, a tenu hier une conférence de presse dans les locaux d’an-Nahar dont Gebran Tuéni était le PDG, en présence de sa fille, Nayla Tuéni, de son oncle, le député Marwan Hamadé, de sa belle-mère, Chadia Nini Tuéni, du secrétaire général du 14 Mars, Farès Souaid, et des journalistes du quotidien.
C’est Nayla Tuéni qui a pris la parole en premier pour souligner que les révélations d’al-Arabiya l’ont ramenée sept ans en arrière, avant d’ajouter : « Le plus dur est de sentir, ne serait-ce que l’espace de quelques instants, que nous vivons près de l’assassin. » Elle a ensuite invité le Hezbollah à collaborer avec les enquêteurs pour les aider à faire la lumière sur cette affaire.
Prenant ensuite la parole, M. Harb a indiqué que le document diffusé par al-Arabiya « est sérieux étant donné les données criminelles qu’il comporte et qui ont trait à l’assassinat de Tuéni ». Selon lui, celles-ci doivent être remises au juge chargé d’instruire le dossier de cette affaire ainsi qu’au Tribunal spécial pour le Liban. « Nous avons porté plainte, au nom des héritiers de Gebran Tuéni, contre les généraux Hassan Abdel Rahman et Sakr Mounawan, deux officiers des services de renseignements syriens, et réclamé une enquête sur une éventuelle application d’agents des services des renseignements syriens », a indiqué M. Harb, en insistant sur le fait que « l’objectif de cette démarche n’est pas de retourner le couteau dans la plaie ». « Nous partons du principe que nous voulons connaître la vérité. Nous ne voulons pas non plus lancer des accusations arbitraires », a ajouté le député.
« Nous savons d’avance que la justice libanaise aura des difficultés à poursuivre des responsables syriens pour des raisons connues de tous. Aussi, avons-nous décidé de saisir le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) pour lui demander de joindre ce dossier aux autres sur lesquels il planche, étant donné la connexité entre les deux », a expliqué M. Harb, en égratignant au passage le gouvernement, déplorant principalement son laxisme dans la gestion de dossiers similaires.
Éliminer les soupçons sur le Hezb
S’adressant ensuite au Hezbollah, le député a commenté le communiqué dans lequel il dément les informations d’al-Arabiya et affirme s’en remettre à la justice, pour l’inviter à livrer aux autorités judiciaires les accusés dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, ainsi que ceux qui sont soupçonnés d’être impliqués dans la tentative d’assassinat dont il avait été la cible. « Le Hezbollah doit agir de façon à éliminer les soupçons qui pèsent sur lui », a-t-il indiqué. « S’il continue d’entraver le cours de la justice, comment celle-ci pourra-t-elle trancher, d’autant que le Hezbollah catégorise les magistrats à sa guise et suivant ses intérêts : il accuse la justice internationale d’être un instrument américano-sioniste et la justice libanaise, lorsqu’elle exerce ses prérogatives, d’être corrompue et à la solde de ses détracteurs », a fait remarquer M. Harb.
Promettant d’œuvrer pour faire la lumière sur tous les assassinats politiques, il a rappelé que le dossier de l’enquête sur l’assassinat de Gebran Tuéni « est resté vide, à l’exception des sms et des lettres qu’il avait reçus, pour la plupart en provenance de Syrie, et qui comportaient des menaces ».
Quant à un éventuel refus syrien de remettre à la justice libanaise les généraux en question, le député a expliqué que ce problème découle de l’accord libano-syrien signé en 1951, autorisant chacun de ces deux pays à demander le déroulement des procès sur leurs propres territoires. « Voilà pourquoi nous voulons que le TSL se saisisse de cette affaire », a-t-il dit.
Pour mémoire
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