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Les réfugiés syriens à Majdel Anjar redoutent, angoissés, l’arrivée de l’hiver

Liban Margherita Boniver, envoyée spéciale du ministre italien des Affaires étrangères pour les urgences humanitaires, a effectué une tournée dans la Békaa pour sonder la situation des réfugiés syriens.
20/09/2012

Dans une impasse du village de Majdel Anjar (Békaa), une petite maison qu’on pourrait à peine qualifier de mansarde abrite quatre familles syriennes, chassées de Homs par la destruction de leurs maisons durant le conflit qui agite la Syrie depuis plus d’un an et demi. Seuls les femmes et les enfants sont là, les maris étant restés sur place. Un grand nombre d’enfants en bas âge jouent sur un espace qui aurait pu être qualifié de perron s’il n’était jonché de débris. À l’intérieur, l’espace est bien rangé, mais de simples matelas jetés à même le sol font office de lits. Dans une chambre vivent trois familles de huit personnes, avec une cuisine des plus primaires, sans toit adéquat. Une autre chambre abrite une quatrième famille (nombreuse) et ne dispose pas de fenêtres.


Les mères, interrogées par la délégation italienne présidée par la députée Margherita Boniver, sont surtout inquiètes de l’année scolaire qui commence, estimant n’avoir pas les moyens de payer l’école. « Nous avions un peu d’argent, mais nous l’avons entièrement dépensé, nous devons dorénavant dépendre des aides », nous lance l’une d’elles. Toutefois, un responsable local les tranquillise sur place, promettant que les scolarités leur seront versées.
Un peu plus loin dans le même village, un parking a été transformé en complexe résidentiel improvisé. Des maisonnées ont été bâties à la hâte et sont actuellement louées à des familles de réfugiés à raison de quelque 130 dollars par mois. À ceux qui s’étonnent de ce chiffre, un responsable d’association locale fait remarquer qu’en pleine ville, des réfugiés syriens paient jusqu’à 300 ou 400 dollars... Ailleurs, dans le village voisin de Marj, par exemple, les loyers peuvent atteindre les 700 dollars, dit-il.


Un père de famille syrien, qui était employé à Damas avant de se retrouver sans emploi, sans toit et réfugié au Liban, confirme que le loyer leur est versé par l’association en question. Comme des centaines d’autres familles, la sienne a été logée dans cette demeure temporaire après avoir été accueillie dans une école.


Le problème est loin d’être anodin à Majdel Anjar, où les autorités locales recensent un millier de familles dont plus de la moitié ne sont pas enregistrées auprès de l’UNHCR en tant que réfugiés (elles affirment que le processus est complexe et que le centre d’enregistrement est loin). Ils sont des milliers à passer la frontière au niveau de la Békaa, leur nombre a atteint les 17 000 un jour de grande crise à Damas. Dans des jours plus calmes, ils sont de 6 000 à 10 000, mais ils ne restent bien sûr pas tous sur place.


C’est ce qui ressort d’un briefing effectué hier au siège de la municipalité de Majdel Anjar à l’intention de la députée italienne, Margherita Boniver, venue au Liban pour mieux comprendre les besoins des réfugiés, en la présence de sa délégation et d’un représentant du Haut Comité de secours (HCS). Le président du conseil municipal, Sami Ibrahim Ajami, et le cheikh du village, Mohammad Abdel Rahman, ont dressé un tableau assez noir de la situation. Les réfugiés syriens ont naturellement été accueillis comme des parents, selon eux, mais les familles libanaises de cette région sont elles-mêmes à revenu limité et ne peuvent plus supporter ce fardeau sans aides. La perspective de l’hiver, avec ses besoins en habits, carburants, réparation des maisons..., est une menace pour les nouveaux venus.
« Et les familles continuent d’affluer, poursuit M. Ajami. Elles veulent rester dans cette région, car elles sont proches des centres d’aide. Or, nous n’avons plus de logements à leur proposer. » Les deux hommes ont également soulevé la question de la couverture médicale, qui n’est assurée que par quelques dispensaires.

« Un choix plus avantageux que les camps »
Au cours du briefing, Mme Boniver a loué le choix libanais de ne pas ériger des camps, ce qui dénote, selon elle, la grande qualité de l’accueil des gens qui fuient la tragédie syrienne. Priée par L’Orient-Le Jour de commenter ce qu’elle a vu durant sa tournée, la députée italienne s’est quand même demandé comment certaines de ces familles passeront l’hiver dans des logements inappropriés. Elle a relevé le coût relativement élevé des logements, remarquant qu’il y avait peu d’alternatives possibles puisque les locataires sont des privés.


Mais tout, selon elle, est préférable aux camps. « J’ai visité mille fois des camps de réfugiés, il y a une dynamique épouvantable qui s’y installe, dit-elle. Les camps auraient été acceptables s’il y avait une solution en vue. Mais dans le cas de la crise syrienne, on ne peut affirmer qu’elle prendra fin en six mois. Il faut être sérieux : dans le briefing de ce matin, j’ai compris que les responsables locaux avaient besoin de logements de fortune comme des maisons préfabriquées, une infrastructure... Bref, des solutions adaptées à cette situation. »
Que pourra proposer le gouvernement italien ? « Jusque-là, nous avons envoyé en décembre un conteneur avec seize tonnes de médicaments, de matériaux, de générateurs, d’équipements pour rendre l’eau potable, des tentes... », rappelle Mme Boniver.


Elle poursuit : « Actuellement, je suis l’envoyée du ministre des Affaires étrangères pour les urgences humanitaires et j’effectue une mission de reconnaissance sur le terrain. J’ai déjà rencontré des responsables de l’UNHCR, de la Croix-Rouge libanaise, de l’Unicef. J’ai eu un briefing très important avec le général Ibrahim Bachir, directeur général du HCS, et je serai reçue par le ministre des Affaires sociales ainsi qu’au ministère de la Santé. Quand je rentrerai à Rome, j’écrirai un rapport pour envisager des interventions ciblées qui pourraient être immédiatement mises en application. Je me rends en Jordanie demain (aujourd’hui) pour visiter les camps de réfugiés, pour lesquels l’Italie a construit un hôpital. »


Sur un plan plus politique, la députée a souligné que « la position italienne est la même que la grande majorité des pays européens, c’est-à-dire que nous recherchons une solution politique à la crise syrienne ». « Mais nous nous rendons compte que la présence de l’envoyé du secrétaire général des Nations unies en Syrie, Lakhdar Brahimi, que je connais personnellement, représente une dernière chance, ajoute-t-elle. En attendant la solution politique, ce que nous constatons est absolument horrifiant, et l’Italie cherche à intervenir d’un point de vue humanitaire. »

 

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