Nassif Hitti.
Nous voilà déjà seize mois après le début du printemps syrien, qui a basculé dans un conflit violent et meurtrier, et au lendemain d’un grand nombre de rendez-vous diplomatiques ; du Caire, où seul un accord de principe a pu être établi entre les différentes factions de l’opposition, sans aucun programme d’action, à Genève, où la création tant attendue du groupe d’action sur la Syrie a vu le jour, offrant ainsi le minimum d’entendement nécessaire entre les puissances majeures sur l’approche à adopter face au conflit, même si chaque partie interprète l’entendement à sa manière – d’ailleurs souvent contradictoire à celle des autres –, jusqu’à Paris, où s’est tenue la troisième conférence des Amis du peuple syrien, et dont l’importance réside dans sa capacité de mobilisation politique, diplomatique et économique contre le régime de Damas, tout en passant par le plan de l’envoyé spécial conjoint de l’ONU et de la Ligue des États arabes Kofi Annan.
Un plan qui n’a pas pu démarrer en raison de la grande divergence de son interprétation ; considéré d’une part par les puissances qui appuient l’opposition comme étant une rampe de lancement pour un changement total et rapide en Syrie – la réunion ministérielle arabe à Doha a d’ailleurs appelé à redéfinir ce mandat en fonction des nouvelles donnes et exigences pour mettre terme à ce conflit –, et d’autre part par les amis du régime de Damas comme un mécanisme pour endiguer ces exigences et gérer une transition de changement au sein du régime sans pour autant le changer lui-même.
Donc, nous sommes toujours dans la diplomatie de la quadrature du cercle.
Au lendemain de l’explosion de Damas, qui a porté un coup énorme, entre autres psychologique, au régime, le constat est dur ; la géopolitique de la Syrie, surtout à l’heure des grandes confrontations au Moyen-Orient et sa mosaïque sociétale, à l’heure du retour en force des identités sous-nationales et transnationales, rendant la situation syrienne plus compliquée, la Syrie est au cœur d’un conflit à plusieurs niveaux interdépendants ; à la base se situe le conflit interne généré par l’appel au changement. Sur lui se greffent le conflit arabo-iranien, la confrontation stratégique entre les grands régionaux – l’Iran et la Turquie –, la confrontation occidentalo-iranienne, et celle des puissances occidentales contre les puissances revenantes – la Russie et la Chine –, en particulier sur l’avenir de l’ordre mondial à partir de la bataille syrienne. S’y rajoute aussi la montée des tensions communautaires sous-nationales et transnationales dans la région.
Force aussi est de constater qu’une solution militaire n’est ni entre les mains du régime ni entre celles de l’opposition. Il n’y a pas aussi surtout de solution militaire externe, à la libyenne, pour de multiples raisons qui font toute la différence entre les deux cas. Il y a cependant une plus grande militarisation du conflit, autant en intensité qu’en prolifération géographique.
Avec les échecs successifs de toutes les initiatives et actions diplomatiques déjà mentionnées, et l’absence même de tout progrès réel, aussi minime soit-il, sur le terrain, la crise syrienne s’installe dans une phase qu’on peut décrire comme celle de l’après-règlement politique transitoire négocié.
Deux scénarios sont envisageables : le premier est un mélange du scénario égyptien malgré la différence majeure concernant l’histoire, le rôle et la place de l’armée dans la société des deux pays, et du scénario yéménite, malgré aussi certaines différences importantes.
Le premier scénario qui consiste en l’émergence d’un groupe de militaires représentatif de toutes les communautés, qui commande une légitimité et une puissance dans toutes les forces armées pour faire évincer le pouvoir en place avec toutes les assurances de lui donner une sortie sûre, tout en maintenant le régime pour une phase de transition, afin d’éviter le vide et le chaos que pourrait engendrer une chute brutale de ce régime. Ce scénario difficile dans la conjoncture actuelle, mais non impossible, aurait besoin d’être encouragé par un entendement externe.
Le deuxième scénario, plus plausible malheureusement, est celui du glissement de la Syrie vers une situation de pourrissement et d’effritement. La Syrie vit aujourd’hui plusieurs guerres : une guerre civile, une guerre communautaire, une guerre par procuration, en somme ; une guerre d’usure, qui fait basculer le pays dans un État failli.
Dans cette situation de dialogue de violence, une afghanisation s’installe à côté d’une libanisation du conflit qui se forme et d’une somalisation qui se répand, avec la possibilité de création de zones fermées aux autres ; une partition de fait peut donc s’installer avec le temps.
Les répercussions de cette escalade de violence en Syrie toucheront les pays voisins qui sont déjà vulnérables à certains aspects plus que d’autres du conflit syrien.
Hélas, c’est seulement quand l’impasse meurtrière s’installe en Syrie et commence à mettre en danger les intérêts vitaux à l’échelle régionale des grandes puissances qui se confrontent autour de la Syrie, qu’un entendement se créera entre ces grands ; un genre de Taëf international au sein d’un concert de puissances pourrait se former à l’occasion, et permettrait la mise en place d’un Taëf syrien, car le conflit en Syrie et le conflit autour de la Syrie sont en fin de compte un conflit sur l’émergence d’un nouvel ordre régional au Moyen-Orient.
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Des Rêveurs, nous en avons un TAS, biljimlé, 3abbil jaybé bifranGH ! à plaindre...
04 h 13, le 27 août 2012