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À La Une - Liban

Au Akkar, Raï dénonce les « consciences mortes », instigatrices des attentats

Pour la première fois depuis le début de l’afflux des réfugiés syriens au Akkar, le patriarche maronite a salué la solidarité humaine que leur manifestent les habitants de la région.

Liesse populaire lors de l’arrivée du patriarche maronite Béchara Raï au Akkar (Liban-Nord), le 13 août 2013. Photo Michel Hallak

De la tournée du patriarche maronite Mgr Béchara Raï qui a entamé hier une visite de quatre jours au Akkar (Liban-Nord), c’est le premier arrêt, au village de Abdé, qui aura été le plus significatif. La foule venue l’accueillir devant le siège du Centre des recherches agricoles scientifiques, en présence des députés de la région, Khaled Daher, Hadi Hobeiche, Nidal Tohmé, Khaled Zahraman, Khodr Habib et Riad Rahhal, présageait déjà d’une atmosphère d’authentique hospitalité, relayée par une solidarité politique circonstancielle entre Bkerké et l’opposition.
Rappelons en effet que l’arrestation de l’ancien ministre et député Michel Samaha, connu pour sa proximité avec Damas, a permis de déjouer des attentats à l’explosif qu’il avait prévu de perpétrer dans plusieurs zones du Akkar et qui devaient coïncider avec la visite du patriarche. Les slogans de vivre ensemble et d’unité islamo-chrétienne étaient donc attendus dans le discours de ce dernier, qui avait décidé de maintenir sa visite même après les craintes suscitées par l’affaire Samaha.


C’est néanmoins une pointe de revirement, en faveur de l’opposition (libanaise et syrienne), qui transparaît de la déclaration de Mgr Raï, notamment à Abdé. « Je place ma visite sous la protection de Notre-Dame de l’Ascension, Notre-Dame du Akkar, qui a préservé cette région d’explosions planifiées par les mains du mal et les consciences mortes », a déclaré Mgr Raï. En outre, il a exprimé pour la première fois un appui explicite aux Syriens réfugiés, dont le Akkar est un abri privilégié. Il a ainsi salué « l’hospitalité du Akkar, qui accueille les réfugiés syriens, au nom d’une solidarité humaine et spirituelle, sans compter que cette région subit les dommages provoqués par les obus syriens aux frontières de ses terres ». Le patriarche Raï a estimé « nécessaire de protéger cette région, terre de paix et d’union (...), symbole de la coexistence et de la loyauté au Liban et à ses institutions, notamment l’armée et l’ensemble des services militaires et sécuritaires ».

Daher et Hobeiche
C’est également un salut à l’armée qu’ont réitéré les dignitaires et responsables venus accueillir le patriarche. Ainsi, le député Khaled Daher a qualifié la visite patriarcale de « gifle à la face de ceux qui veulent diviser les Libanais », saluant le rôle de l’armée et des services sécuritaires dans la protection de la nation. Il a en outre renouvelé « notre engagement en faveur des constantes nationales sur lesquelles nous nous retrouvons avec Bkerké ». « D’aucuns veulent semer la discorde entre chrétiens et musulmans, mais le complot a échoué, révélant la fausseté de ceux qui prétendent veiller sur l’intérêt des chrétiens », a-t-il ajouté, dans une allusion à peine voilée à la théorie des minorités, en vertu de laquelle le patriarche avait défendu, au début de son mandat, le régime de Damas – un argument absent hier du discours du patriarche. « Nous insistons sur l’importance de la présence des chrétiens dans la région (...). Le seul ennemi, autant des chrétiens que des musulmans, se trouve dans les régimes criminels », a-t-il noté. De son côté, le député Hadi Hobeiche a remercié Dieu pour la protection du patriarche et de sa paroisse. « Le Akkar, terre de l’unité islamo-chrétienne et terre de l’armée, accueille, les bras ouverts, le patriarche de la communion et du partage », a-t-il souligné.

Un printemps loin de la violence...
De son côté, le mufti cheikh Oussama Rifaï, soulignant que la visite du patriarche « survient à une période très délicate que traverse le pays », a souhaité que cette visite, « applaudie par tous les dignitaires de la région (...), soit de bon augure pour les étapes à venir, enterrant une fois pour toutes les discordes ».
Les mêmes discours se sont renouvelés au siège des waqfs islamiques à Halba, où l’attendait le directeur de l’institution cheikh Malek Jdidé, devant un parterre d’ulémas et de cheikhs. Là aussi se trouvaient les députés du bloc du Futur, ainsi que les anciens députés Talal Merhebi et Wajih el-Baarini. « Votre visite a bloqué toutes les voies de la discorde, qui n’a d’ailleurs pas sa place dans la terre pure du Akkar », a affirmé cheikh Jdidé, remettant une plaque commémorative au patriarche maronite. Ce dernier a alors évoqué le printemps arabe, souhaitant « à tous un vrai printemps qui consacre le renouvellement, mais loin de la violence, de la guerre et de la destruction ». « Le Moyen-Orient est au rendez-vous, avec le Liban, pour que chrétiens et musulmans vivent le printemps de la dignité, de la fraternité et du vivre ensemble », a encore affirmé Mgr Raï, mettant l’accent sur « la grande responsabilité que le Liban doit assumer, et c’est dans ce cadre que s’inscrit notre visite au Akkar ».

La fraternité islamo-chrétienne
Par ailleurs, le patriarche maronite s’est rendu à Bebnine (village du député Khaled Daher), Berkayel, Kabïte et al-Kourayat, où des accueils populaires lui étaient réservés, reflet d’une joie concrète. Une joie dont témoigne par exemple un communiqué de l’Association pour le développement de Tripoli, qualifiant d’ « historique » la visite du patriarche , tant elle « consolide le vivre ensemble et l’unité nationale ».
Il a également visité le siège de l’archevêché grec-orthodoxe du Akkar, où l’évêque Mgr Basil Mansour, représentant le patriarche d’Antioche Ignace IV Hazim, a accueilli Mgr Raï « avec l’amour que le Akkar, en ses deux parties syrienne et libanaise, ressent à votre égard ». Il s’est rappelé en outre les propos du patriarche maronite devant une délégation du Akkar venue examiner avec lui, à Dimane, les préparatifs de sa visite au Akkar, « une visite qu’il avait voulue sous le seul égide de l’entente islamo-chrétienne ». Mgr Mansour a affirmé en outre que « les habitants authentiques du Akkar refusent toute pensée ou toute politique qui n’est pas motivée par la foi ». S’attardant alors sur « la dimension spirituelle » de sa visite, le patriarche Raï a déploré l’absence de développement durable « dans une région ayant pourtant beaucoup donné au pays et dont les sacrifices ne sont pas des moindres ». Ce sont d’ailleurs des doléances socio-économiques qu’ont veillé à faire entendre à travers le patriarche les dignitaires chrétiens et musulmans. Mgr Raï a insisté dans ce cadre sur l’importance du dialogue national, en tant qu’espace par excellence où doivent être abordés les dossiers qui touchent directement au développement du pays.

Mesures sécuritaires
Notons que la visite de quatre jours du patriarche s’effectue dans le cadre de mesures de sécurité renforcées, menées par les unités de l’armée déployées dans la région, comme en atteste un communiqué du commandement de l’armée. Des mesures sécuritaires dont a également fait état le ministre de l’Intérieur Marwan Charbel, estimant en outre que « la visite paroissiale historique vise à raffermir l’entente entre les habitants ».

De la tournée du patriarche maronite Mgr Béchara Raï qui a entamé hier une visite de quatre jours au Akkar (Liban-Nord), c’est le premier arrêt, au village de Abdé, qui aura été le plus significatif. La foule venue l’accueillir devant le siège du Centre des recherches agricoles scientifiques, en présence des députés de la région, Khaled Daher, Hadi Hobeiche, Nidal Tohmé, Khaled Zahraman, Khodr Habib et Riad Rahhal, présageait déjà d’une atmosphère d’authentique hospitalité, relayée par une solidarité politique circonstancielle entre Bkerké et l’opposition.Rappelons en effet que l’arrestation de l’ancien ministre et député Michel Samaha, connu pour sa proximité avec Damas, a permis de déjouer des attentats à l’explosif qu’il avait prévu de perpétrer dans plusieurs zones du Akkar et qui...
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