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Corée du Nord

Consolider son autorité, principal défi de Kim Jong-un

Purge au sein de l’armée, nouveau titre militaire, annonce publique de son mariage, sans toutefois donner de détails, Kim Jong-un semble faire dans la nouveauté pour asseoir son pouvoir.

Kim Jong-un inspectant un véhicule de l’armée. KRT via Reuters TV/Reuters

Ces derniers temps, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a souvent fait parler de lui. En quelques jours, le jeune homme, à la tête du pays depuis la mort de son père en décembre 2011, a remplacé le chef de l’armée par un commandant plus jeune et peu connu. Kim Jong-un, âgé sans doute de moins de trente ans – sa date de naissance reste un secret –, a également renvoyé plusieurs hauts gradés militaires de la génération de son père, dont l’ancien ministre des Forces armées, Kim Yong-chun, et le chef des services secrets, U Dong-chuk.
Ri Yong-ho, 69 ans, a été relevé de ses fonctions de chef de l’armée « pour cause de maladie ». Il est considéré comme l’un des personnages-clés ayant soutenu le jeune leader, il avait d’ailleurs été vu à plusieurs reprises ces derniers mois accompagnant le nouveau dirigeant lors de tournées dans des bases militaires. M. Ri était également membre du présidium du bureau politique, l’instance la plus puissante du pays où ne siègent qu’une poignée d’individus, et vice-président de la commission militaire centrale.
« On peut supposer que le jeune Kim Jong-un cherche à affirmer son autorité auprès des militaires, qu’il ne semble pas privilégier autant que son père, et cherche dans le même temps à rajeunir la classe dirigeante », indique Barthélémy Courmont, professeur à Hallym University en Corée du Sud. Un avis partagé par Françoise Nicolas, directeur du Centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri), qui estime par ailleurs que l’annonce du départ du chef des armées « est d’autant plus étonnante que le maréchal en question avait apparemment contribué à soutenir le nouveau dirigeant après la mort de son père ».

En quête de légitimité
Juste après ces changements au sein d’une armée forte de 1,2 million de soldats, l’agence officielle KCNA qui relaie les décisions de la dictature communiste de Pyongyang a annoncé que « la décision a été prise d’accorder le titre de “maréchal de la République populaire démocratique de Corée” à Kim Jong-un, commandant suprême de l’Armée du peuple coréen ». Cette mesure a été décidée par plusieurs hauts responsables de l’État et du Parti des travailleurs, le parti unique au pouvoir. Les deux seules personnes à avoir reçu ce titre avant lui sont son grand-père, Kim Il-sung, fondateur de la Corée du Nord qu’il a dirigée jusqu’à sa mort en 1994, et son père Kim Jong-il, dirigeant de 1994 à 2011. M. Courmont rappelle qu’être maréchal est l’une des innombrables « fonctions » du dirigeant actuel. « Néanmoins, cette nomination semble confirmer son souhait de prendre les commandes de l’armée et de s’imposer auprès de la “vieille garde” composée par son père et même pour certains cadres par son grand-père. Sa légitimité auprès des militaires est son plus grand défi, et après avoir pris les commandes du parti en début d’année, il a bien saisi la nécessité de ne pas laisser trop de marge de manœuvre aux cadres de l’armée », précise le spécialiste.

Réformes ?
Face à ces changements, on pourrait croire que Kim Jong-un a un plan précis pour un changement en douceur, or « c’est impossible à dire à ce stade, indique Françoise Nicolas. Il est toujours possible d’interpréter certains signes (comme la levée de l’interdiction des frites et des hamburgers) comme des signes d’ouverture, mais cela paraît extrêmement hasardeux. Le fait que Kim Jong-un ait une expérience de l’étranger bien plus importante que son père peut laisser croire qu’il sera plus ouvert, mais compte tenu de la rapidité à laquelle il est arrivé au pouvoir et de la complexité des rapports de force dans le pays, il est sans doute exagéré de penser qu’il sera le seul à définir la direction à suivre par le pays. » Barthélémy Courmont estime quant à lui que le dirigeant nord-coréen « semble plutôt tester quelques pistes lui permettant d’asseoir son autorité, et le premier signe est visiblement l’accent mis sur les réformes économiques (placées sous l’autorité de son oncle Jiang Song-taek, peu apprécié des militaires) plus que sur l’armée. Le seul changement qui semble se dessiner est ainsi celui d’une priorité accordée à l’économie, notamment la relation avec la Chine. Dans ce nouveau décor, l’armée reste garante des institutions et de la défense du territoire, sous son autorité, mais elle n’est pas au centre de la vie politique du pays ».
Rappelons que l’économie du nord de la péninsule coréenne, agriculture et industrie, est en lambeaux après des décennies de mesures dirigistes et incohérentes, avec le gros des richesses de l’État alloué à l’armée et au programme nucléaire. À part Pyongyang, la capitale où habitent les élites, la population vit dans la pauvreté, et les pénuries alimentaires sont récurrentes, selon les ONG. Dans son premier discours public, en avril, Kim Jong-un déclarait que le parti « est fermement décidé » à améliorer la vie des 24 millions d’habitants, afin qu’« ils n’aient plus jamais à se serrer la ceinture ».
Toujours concernant une certaine transformation, le jeune dirigeant a imprimé un nouveau style, plus décontracté, à défaut de fournir des signes tangibles de changements profonds dans un pays suscitant la crainte de ses voisins avec son programme nucléaire ; or la situation concernant ce dossier n’a pas l’air d’évoluer. « Kim Jong-un rajeunit quelque peu l’image de Pyongyang, mais il a dans le même temps renforcé le poids de l’arme nucléaire. Il a compris, comme son père avant lui, que cette arme est la meilleure garantie sécuritaire en plus d’être une arme de marchandage pour la survie du régime. Et le tout à un prix finalement plus faible que d’entretenir une armée moderne. Le nucléaire est pour lui l’arme du pauvre. Il faudra de toute façon attendre l’élection présidentielle en Corée du Sud, en décembre prochain, et l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe dirigeante – le mandat présidentiel de cinq ans n’est pas renouvelable en Corée du Sud –, le changement d’équipe à Pékin, et l’élection présidentielle américaine, pour évaluer la volonté de Kim Jong-un de faire évoluer le dossier nucléaire. 2012 est une année de transition et de consolidation du pouvoir à Pyongyang, il faudra attendre 2013 pour voir quels sont les changements possibles », précise Barthélémy Courmont.

Vie privée/vie publique
Kim Jong-un a enfin fait parler de lui, se montrant ces derniers temps en public avec une jeune femme mystérieuse. Les rumeurs allaient bon train puisque personne ne savait exactement qui était cette personne. Les autorités nord-coréennes ont encore fait dans la nouveauté, levant le voile mercredi dernier sur l’identité de la jeune femme qui s’est révélée être l’épouse du dirigeant. Les médias officiels nord-coréens ont rapporté que la jeune femme élégante et souriante s’appelait Ri Sol-ju, ne fournissant aucun autre détail sur l’épouse, la date du mariage, ou l’existence d’une progéniture. Mais cette annonce à elle seule est surprenante dans ce pays, un des plus secrets et reclus de la planète. Les compagnes des deux prédécesseurs de Kim Jong-un n’ont jamais été présentées publiquement. L’annonce de son statut d’homme marié vise à montrer qu’il « n’est plus un enfant, déclare à l’AFP Chang Yong-suk, expert à l’Institut des études pour la paix et l’unification à l’université de Séoul. Avec sa femme à ses côtés, il signale qu’il est un chef de famille et un adulte. »
Barthélémy Courmont rappelle de son côté qu’au moment de son arrivée au pouvoir, Kim Jong-un n’avait pas encore d’héritier. « C’est sans doute pourquoi il n’hésitait pas à se montrer en compagnie de cette jeune femme, afin là encore d’imprimer son autorité et d’inscrire son leadership dans la durée. C’est son principal défi », conclut le spécialiste.

Ces derniers temps, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a souvent fait parler de lui. En quelques jours, le jeune homme, à la tête du pays depuis la mort de son père en décembre 2011, a remplacé le chef de l’armée par un commandant plus jeune et peu connu. Kim Jong-un, âgé sans doute de moins de trente ans – sa date de naissance reste un secret –, a également renvoyé plusieurs...

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