« Je voudrais que le prestige de l’armée soit restauré », affirme Assir.
Dans un appartement aux meubles flambant neufs, adjacent à la mosquée Bilal Rabah à Abra, tout près de Saïda, cheikh Ahmad el-Assir trône, impassible sur son grand fauteuil, près d’un immense écran de télévision dernier cri.
Dans un entretien express à L’Orient-Le Jour, régulièrement interrompu par des appels téléphoniques vraisemblablement « urgents », le dignitaire sunnite persiste et signe : « Je le referai si j’avais à le refaire et je dirai exactement la même chose », dit-il, en allusion à l’interview accordée à la NTV, qui a suscité des réactions violentes contre la chaîne de télévision, de la part d’une bande de jeunes chiites qui n’ont pas, semble-t-il, apprécié le discours tenu par cet islamiste contre le président du Parlement, Nabih Berry, et le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
« Je ne regrette aucun mot que j’ai dit. Et je maintiens ce que j’ai dit. S’il n’y aura pas un retour à l’équilibre (communautaire) au Liban et si les attaques contre nous (les sunnites) vont se poursuivre, je ne les laisserai pas en paix », allusion faite, bien entendu, au chiisme politique et aux partis qui le représentent.
Par équilibre, cheikh Assir entend « l’égalité entre tous les citoyens libanais dans le cadre des institutions sous l’égide des accords de Taëf », explique-t-il. Selon le responsable religieux au look salafiste sans en être véritablement un, ce qu’il a dit dimanche à la télévision est d’ailleurs « beaucoup moins puissant » que ce qu’il avait dit dans son prêche du vendredi, lorsqu’il avait déjà tiré une première fois à boulets rouges contre le Hezbollah notamment.
Le dignitaire sunnite affirme d’ailleurs qu’il « n’acceptera plus l’hégémonie d’un groupe armé qui nous menace, parle de couper les mains, confère au sujet du jour glorieux (en allusion à Hassan Nasrallah qui avait ainsi qualifié la journée du 7 mai 2008) et nous accuse ensuite d’être des traîtres en s’en prenant à nos dignitaires religieux et à notre dignité ».
Amertume contre la NTV
Cheikh Assir ne cache pas d’ailleurs son amertume de la manière dont la NTV l’a traité après son entrevue, plus précisément lorsque la chaîne s’est vue obligée de présenter ses excuses à ses auditeurs après l’interview de dimanche.
« Ce sont eux qui m’ont sollicité. J’avais bien expliqué à Nancy (la présentatrice du programme) que j’aurais recours à une escalade verbale et que mes propos seraient durs (...). Je l’ai prévenue samedi, une seconde fois dimanche et une troisième fois avant le début de l’émission, réitérant le fait que je n’allais pas mâcher mes mots. Elle a quand même voulu maintenir l’entretien », dit-il.
« Dès le début de l’émission, la chaîne a commencé à recevoir des appels (...) et à subir des pressions de la part du Hezbollah et d’Amal qui lui reprochaient le fait de m’avoir donné une tribune. La direction de la télévision a ainsi été contrainte à se retourner contre moi, alléguant du fait que c’est moi qui ait sollicité l’entrevue pour faire passer mon projet confessionnel. »
« Bref, ils m’ont accusé de tenir un discours confessionnel, m’ont insulté et m’ont désavoué alors qu’ils étaient au départ demandeurs », insiste-t-il. « Malgré cela, et en dépit des excuses, la NTV a quand même été incendiée », ajoute-t-il sur un ton plein de reproches.
Les armes et la relation maître-esclave
Le responsable religieux ne se sent-il pas tout de même coupable d’avoir provoqué ou incité à l’incident qui a visé un média libanais et qui pourrait avoir des répercussions encore plus graves à l’avenir ?
« La vérité est que nous sommes arrivés à un point de non-retour, disons à une situation devenue insupportable », dit-il, en égrenant ce qu’il considère être comme une atteinte contre les sunnites, notamment l’arrestation samedi dernier par l’armée de l’imam de la mosquée où il prêche, Osman Honeini, « immobilisé avec sa femme et son bébé 5 heures durant au soleil », relève-t-il, avant de citer l’assassinat de cheikh Ahmad Abdel Wahed, tué à un barrage de l’armée, au Akkar, l’affaire de Chadi Mawlawi, les attaques menées contre deux autres cheikhs sunnites au cours des semaines précédentes.
« Ils sont désormais devenus d’une arrogance sans pareille », souligne-t-il, avant de se dire outragé par la réaction qui a suivi hier son entretien à al-Jadeed.
« Ils se sont sentis humiliés parce que le fauteur de troubles a été arrêté. Ils n’ont pas trouvé mieux que de fermer les routes avec des pneus brûlés (pour réclamer sa libération) ce qui, de mon avis, est un crime encore pire que celui d’incendier l’entrée du bâtiment de la télévision », dit-il, en parlant de Wissam Alaeddine, l’un des membres du gang qui s’est attaqué à la NTV et qui avait été sitôt arrêté.
Ne craint-il pas une discorde communautaire à cause précisément de son discours virulent ?
« Avec leurs armes, ils ont mis en place l’équation maître-esclave, en imposant leur hégémonie sur nous, sur notre religion, nos intérêts, notre sécurité en faisant la guerre et la paix quand il leur sied, en jetant nos jeunes dans les prisons et en les torturant », répond-il, accusant pêle-mêle le Hezbollah, l’armée libanaise et l’État, avant de reprocher aux deux derniers d’être assujettis au parti chiite.
« Moi, je voudrais précisément que soit restauré le prestige de l’armée. C’est pour cela que je réclame constamment que soient remises à la troupe les armes du Hezbollah et je demande à ce que tout fauteur de troubles soit sanctionné, le sunnite en premier », conclut le cheikh sunnite, avant de conclure que le « jihad » qu’il mène ne passe pas nécessairement par un combat militaire, mais plutôt par le verbe et la dénonciation.
Dans un entretien express à L’Orient-Le Jour, régulièrement interrompu par des appels téléphoniques vraisemblablement « urgents », le dignitaire sunnite persiste et signe : « Je le referai si j’avais à le refaire et je dirai exactement la même chose », dit-il, en allusion à l’interview accordée à la NTV, qui a suscité des réactions violentes contre la chaîne de télévision, de la part d’une bande de jeunes chiites qui n’ont pas, semble-t-il, apprécié le discours tenu par cet islamiste contre le président du Parlement, Nabih Berry, et le chef du Hezbollah, Hassan...


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