Des soldats de l’Armée syrienne libre préparent leurs armes, à Idleb. Photo AFP
Obligation « morale »
Ban Ki-moon, « profondément inquiet » du nombre grandissant de morts en Syrie, souhaite ainsi que les 15 membres du Conseil de sécurité s’unissent pour mettre une « pression continue » sur le régime de Damas afin que celui-ci applique le plan Annan, a souligné le secrétaire général adjoint Oscar Fernandez Taranco. Faute de quoi, « le jour viendra où il sera trop tard pour arrêter cette spirale » de la violence, a-t-il prévenu. Le général Robert Mood, chef de la mission de l’ONU en Syrie (Misnus), a fait un rapport devant le Conseil tard dans la nuit sur sa décision samedi de suspendre les activités de cette mission. La violence « augmente » et rend trop dangereuse le travail des observateurs, a déclaré le général norvégien, mettant en avant les conditions qui empirent dans le pays, mais précisant toutefois que ses hommes ont « l’obligation morale de rester » en Syrie.
Igor Pankin, ambassadeur adjoint de la Russie à l’ONU, a regretté au cours de la réunion que le général Mood n’ait pas consulté le Conseil de sécurité avant de décider de suspendre la mission des observateurs. Le diplomate russe a également souligné que le gouvernement de Bachar el-Assad n’était pas seul responsable des violences dans le pays.
Tartous, encore...
Les Occidentaux, eux, continuent de juger M. Assad, dont ils réclament le départ, comme l’unique responsable de cette détérioration. Le Conseil de sécurité, où deux résolutions contre le régime ont déjà été bloquées par les Chinois et les Russes, se réunit au lendemain d’un appel du président américain Barack Obama et de son homologue russe Vladimir Poutine à un « arrêt immédiat » des violences « afin de mettre un terme à l’effusion de sang ». En marge du sommet du G20, ils se sont dit « unis dans l’idée que le peuple syrien devrait pouvoir choisir son avenir de façon indépendante et démocratique ».
L’écrivain Bernard-Henri Lévy, qui a joué les intermédiaires entre les insurgés libyens et l’État français pendant la crise libyenne de 2011, a espéré de son côté que François Hollande sera « plus Sarkozy que Mitterrand » face à la crise syrienne.
Par ailleurs, la Russie se prépare à dépêcher trois navires, transportant des vivres et vraisemblablement des soldats, pour protéger le port de Tartous, seule base navale russe en Méditerranée, a affirmé un porte-parole du Pentagone.
Homs
Sur le terrain, au moins trente-six personnes sont mortes hier à travers le pays, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). La ville de Rastane, dans la province de Homs, a été la cible de violents bombardements des troupes régulières qui tentent d’en reprendre le contrôle depuis février, et un civil y a été tué. Dans la ville même de Homs, à la pointe de la contestation, des combats ont opposé les soldats à des militaires dans le quartier de Baba Amr repris en mars par les forces régulières. Un combattant rebelle a qualifié de « violents » les combats opposant depuis plusieurs jours l’Armée syrienne libre (ASL) à l’armée régulière dans la périphérie de Baba Amr. « Nous continuons de nous battre mais nous ne sommes pas encore entrés à Baba Amr. Notre objectif est de reprendre le quartier », a ajouté ce combattant, Nasser Nahhar, via Skype. Deux civils et deux rebelles, dont un commandant, ont été tués à Homs, a indiqué l’ONG. Face à la recrudescence de la violence à Homs, l’OSDH a demandé à Ban Ki-moon d’ « agir selon sa conscience face aux bombardements terrifiants sur les quartiers d’al-Khaldiyé, Jouret al-Chiyah et ceux du vieux Homs ».
Oléoducs
L’OSDH a fait par ailleurs état d’une « explosion survenue sur un oléoduc traversant cette région », sans donner davantage de précision. Plus au nord, dans la ville de Hama, le quartier de Arbaïn a été bombardé alors que trois civils ont été tués par balles dans un autre secteur de la ville où une puissante explosion a secoué la zone d’Andalous. « Quelque chose de gros est en train de se passer. Nous avons peur de ce qui pourrait se produire ici », a dit un militant, Abou Ghazi al-Hamwi, joint également via Skype. Dans le nord du pays, un civil a été tué par balle à Alep, dans la nuit de lundi à mardi, alors qu’il participait à une manifestation contre le régime, selon l’OSDH, faisant état plus tard de combats à Aazaz, dans la province d’Alep, où un rebelle a été tué. Dans la province de Damas, l’armée a continué de bombarder pour le second jour consécutif la ville de Douma, où cinq civils, dont un enfant, ont péri, a précisé l’OSDH. De violents combats se sont en outre déroulés entre l’armée et des rebelles dans le village de Khirbet al-Joze dans la région d’Idleb, près de la frontière turque, a poursuivi l’ONG, précisant que « l’armée tire au canon de char ». À Deir ez-Zor, les forces armées ont pris d’assaut le quartier de Joura, tuant trois civils. Dans la même province, un oléoduc a pris feu dans la localité d’al-Qouria, après avoir été visé par une bombe. L’agence officielle SANA a accusé « un groupe terroriste » d’avoir placé une charge explosive sur l’oléoduc au sud du village d’al-Qouria, indiquant que « le pompage du pétrole a été stoppé et devrait reprendre dans les prochains jours après des réparations ». Le régime accuse des groupes armés de chercher à semer le chaos dans le pays, mais l’opposition affirme que le pouvoir est impliqué dans les attaques contre les infrastructures. Au moins 18 membres des forces gouvernementales ont été tués dans les provinces de Hama, Deir ez-Zor, Alep, Deraa, Homs, Damas et Homs, selon l’OSDH.
Plusieurs civils ont été blessés lors de l’assaut lancé par les forces gouvernementales sur la localité d’el-Naïmé dans la province de Deraa, berceau de la contestation dans le Sud.
Rapatriement
Par ailleurs, Reporters sans frontières a déploré les « assassinats des citoyens journalistes » Ahmad Hamada, un caméraman de 26 ans, et Khaled al-Bakir, 30 ans, perpétrés par les forces gouvernementales les 10 et 16 juin dans les villes de Homs et d’al-Qassir
Enfin, le gouvernement marocain a pris en charge le rapatriement de 23 familles marocaines (79 personnes au total) établies en Syrie, a-t-on indiqué de source officielle. La Jordanie a de son côté renforcé ses contrôles à la frontière pour empêcher des infiltrations de partisans du régime Assad, a déclaré un membre du CNS.
(Sources : agences et rédaction)


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