À l’appel de l’ONG Avaaz, plusieurs dizaines de personnes, dont des activistes syriens, ont disposé sur une couverture des nounours, lapins et autres doudous, couverts de taches de sang, devant deux grandes banderoles dénonçant en anglais et en français : « Les armes russes tuent les enfants syriens. » Pierre Verdi/AFP
Hier, au moins 36 personnes – dont 24 civils – ont péri dans les violences. Et, pour le huitième jour consécutif, les forces du régime ont pilonné la ville de Haffé. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des centaines de rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) se trouvent dans cette localité considérée comme stratégique en raison de sa proximité avec Qardaha, ville natale du président Bachar el-Assad. En huit jours de bombardements et de combats, 120 personnes – dont 29 civils – y ont été tuées, selon l’OSDH. Pour la seule journée d’hier, des « dizaines de blessés, dont certains graves », ont été recensés. « Les forces du régime se préparent à attaquer Haffé », a dit le président de l’OSDH Rami Abdel Rahmane, alors qu’une militante sur place parlait de chars « aux portes de la ville », désertée par la majorité de ses habitants.
La Mission de supervision de l’ONU en Syrie (Misnus) a indiqué que ses observateurs avaient été empêchés hier de se rendre à Haffé. Les observateurs « ont dû faire face à une foule en colère (...) les empêchant de poursuivre leur chemin. Cette foule, qui semble être composée d’habitants de la région, a lancé ensuite des pierres et des barres métalliques sur les voitures ». « Les observateurs ont rebroussé chemin. Trois des véhicules de l’ONU ont essuyé des tirs alors qu’ils se dirigeaient vers la région d’Idleb », plus au nord, ajoute un communiqué. L’ONU a précisé que la source des tirs n’était pas claire et que les observateurs étaient « sains et saufs ». M. Abdel Rahmane avait indiqué plus tôt que les habitants du village de Chir, qui soutiennent le régime, avaient empêché les observateurs d’arriver à Haffé « en s’allongeant sur la route ». L’agence SANA a affirmé, elle, que les observateurs avaient écrasé en voiture des habitants de Chir qui voulaient leur « raconter leurs souffrances provoquées par les groupes terroristes armés », faisant état de trois blessés.
Lundi, les États-Unis s’étaient dit inquiets que le régime ne prépare un nouveau massacre à Haffé. L’émissaire international Kofi Annan et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avaient réclamé, eux, un accès de l’ONU à la localité. Hier, la France aussi s’est dit inquiète de « la préparation de nouveaux massacres » en Syrie. Paris a par ailleurs confirmé des contacts franco-russes aujourd’hui pour tenter de trouver une issue diplomatique à la crise.
De son côté, le ministère syrien des Affaires étrangères a accusé Washington « d’encourager les groupes armés à commettre davantage de massacres, des (actes de) terrorisme ». La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a, elle, jugé « très difficile » de prolonger au-delà de juillet la mission de l’ONU. Elle a également souligné que les États-Unis s’inquiètent d’informations faisant état de l’envoi d’hélicoptères d’attaque russes à la Syrie. Pour sa part, le secrétaire US à la Défense, Leon Panetta, a déclaré qu’il n’y avait pas de « remède miracle » pour régler la situation « tragique et complexe » en Syrie. Aujourd’hui, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov est attendu en Iran. Téhéran a apporté hier son soutien implicite à la proposition russe d’organiser une conférence internationale sur la Syrie avec la participation de l’Iran.
Pour sa part, M. Annan espère la prochaine tenue d’une réunion d’un groupe de contact sur la Syrie, a déclaré son porte-parole, Ahmad Fawzi. Selon lui, l’objectif d’un tel groupe de contact est de convaincre « toutes les parties prenantes de la nécessité de mettre en œuvre le plan Annan, et non pas d’élaborer un nouveau plan ». Par ailleurs, le Conseil national syrien (CNS) a appelé à des manifestations aujourd’hui devant les ambassades et représentations russes dans le monde pour protester contre le soutien de Moscou à Damas. Le régime syrien se livre à une escalade dans l’usage de la terreur et le déplacement des populations sur une base sectaire, profitant de « la faiblesse » et des « hésitations » de la communauté internationale, a également dénoncé le CNS.
Enfants-soldats et « boucliers humains »
Dans un rapport publié hier, l’ONU a dénoncé le gouvernement syrien comme l’un des pires sur sa liste annuelle « de la honte » des pays en conflit. « J’ai rarement vu autant de brutalités contre les enfants qu’en Syrie, où les filles et les garçons sont emprisonnés, torturés, exécutés et utilisés comme boucliers humains » dans la guerre contre les rebelles, a dit Radhika Coomaraswamy, représentante de l’ONU pour les enfants dans les conflits armés. Le rapport sur « les enfants dans les conflits armés » cite à l’appui les circonstances d’une opération de quatre jours déclenchée le 9 mars contre le village d’Ayn l’Arouz. Les troupes gouvernementales ont raflé des dizaines de garçons âgés de huit à 13 ans avant d’attaquer le village. Ces enfants ont été ensuite « utilisés par des soldats et des miliciens comme boucliers humains ». Le rapport affirme aussi que des enfants, à partir de neuf ans, ont été victimes d’assassinat, de mutilations, d’arrestations arbitraires, d’emprisonnement, de torture et mauvais traitements, y compris des violences sexuelles. Les opérations contre des écoles sont monnaie courante, ces établissements servant ensuite de bases militaires et de centres de détention, poursuit le rapport.
Selon Human Rights Watch, reprenant les chiffres d’un centre de documentation des violations commises en Syrie, au moins 1 176 enfants ont été tués depuis le début des événements en février 2011. L’ONG a également indiqué que d’après des « affirmations crédibles », des groupes d’opposants armés, dont l’ASL, recrutent des enfants-soldats.
(Sources : agences
et rédaction)


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