Les superlatifs dominaient hier tous les commentaires dans les milieux politiques de divers horizons sur la disparition de Ghassan Tuéni. On pleure un « géant », un « mythe », un « symbole ». Voici des extraits des principaux commentaires, à commencer par les déclarations des officiels :
Nagib Mikati, Premier ministre : « Le Liban a perdu avec Ghassan Tuéni un symbole national authentique. C’était un patriote sincère qui défendait le Liban à toutes les tribunes internationales avec une diplomatie qui ne cède jamais sur les constantes nationales. Et que dire du journaliste, qui fit du Nahar l’un des grands journaux arabes et mondiaux et dont la plume ne prenait jamais de repos lorsqu’il s’agissait de défendre le droit et les principes. Il nous manquera demain à la table de dialogue, dont il fut l’un des piliers. »
Walid Daouk, ministre de l’Information : « Le dernier des géants du Liban de l’Indépendance et du Pacte est parti et nous perdons avec lui l’homme des positions courageuses et de la parole libre, un chevalier qui n’a jamais laissé le désespoir s’implanter dans les plaies de son cœur. »
Adnane Mansour, ministre des Affaires étrangères : « Le Liban et le monde arabe ont perdu un emblème, une étoile de la pensée, du journalisme, de la diplomatie et de la législation. Il eut dans tous ces domaines des idées et des positions courageuses dont l’écho résonnera toujours pour les générations futures. »
Amine Gemayel, ancien président de la République : « Le Liban, le monde arabe et le monde tout court ont perdu un très grand homme. Ma relation avec lui remonte à très loin. Il avait collaboré avec moi à la fondation de la “Maison du Futur” dans les années soixante-dix. Nous y avions introduit les ordinateurs, pour la première fois au Liban, et nous avions baptisé le centre informatique du nom de Nadia Tuéni. Puis nous avons collaboré ensemble durant mon mandat (présidentiel). À l’époque, il était mon premier conseiller et le plus proche d’entre les proches. Dieu sait combien de catastrophes nous avons ensemble épargnées au pays du fait de ses conseils. »
Saad Hariri, chef du courant du Futur et ancien Premier ministre : « Aujourd’hui est un jour triste à cause de la disparition du mythe de la presse libanaise et arabe, Ghassan Tuéni. Et le Liban sans lui perd un rayonnement intellectuel et culturel dont les Libanais ont souvent tiré fierté. Ghassan Tuéni occupe dans la conscience du Liban une place spéciale que les générations qui ont suivi son exemple et appris de lui n’oublieront pas. Il ne s’est jamais incliné, n’a jamais reculé. La prison, la menace et le meurtre ne l’ont pas intimidé, même quand ils ont visé ce qu’il avait de plus cher, son fils martyr Gebran, qui a payé de sa vie sa foi dans les principes de son père. Notre seule consolation, en l’absence de Ghassan Tuéni, est que la liberté ne mourra pas et que le Nahar ne disparaîtra pas. »
Fouad Siniora, chef du bloc du Futur et ancien Premier ministre : « Notre grand disparu avait de nombreuses qualités, mais il en avait trois qu’il ne partageait avec personne : il était d’abord un modèle de stoïcisme et de grandeur sur le plan personnel. Il était ensuite un parangon de l’avant-gardisme dans le monde arabe; ses mots et ses idées ont résumé les slogans de toute une époque et de toute une génération dans toutes ses colorations. Et, enfin, il était un héraut de la liberté et de la défense du pluralisme dans l’unité. »
Samir Geagea, chef du parti des Forces libanaises : « Il fut longtemps prisonnier de la tragédie, surtout dans le moment où notre martyr, Gebran, fit face aux tyrans pour dire oui à la vie. Mais celui qui est plus fort que la prison est plus fort que la mort. Mon cher Ghassan, je voudrais que tu portes avec toi mille saluts parfumés aux senteurs d’un printemps qui pointe sur un Orient que tu aimais jusqu’à l’adoration, et que tu remettes ce bouquet aux camarades de la révolution du Cèdre dans l’au-delà et à leur tête ton fils Gebran. Que Dieu te prenne sous sa miséricorde. Il te doit un moment de repos. »
Marwan Hamadé, député du Chouf et beau-frère de Ghasan Tuéni : « C’est l’un des derniers grands champions de la liberté de la presse au Liban et dans le monde arabe qui disparaît. Il a fait du Nahar le plus grand journal indépendant du monde arabe à l’heure où personne n’osait en dehors du Liban écrire deux lignes qui ne soient à la gloire des dirigeants et des autocrates. »
Michel Pharaon, député de Beyrouth : « Nous avons perdu un grand homme du Liban, l’un des piliers du temple. Il était une référence politique, nationale, chrétienne et arabe. Il me manquera sur le plan personnel parce que j’avais recours à lui ces dernières années pour toutes les décisions importantes. »
Boutros Harb, député de Batroun : « Il était notre maître, notre référence, l’un des héros de la liberté au Liban. C’était une encyclopédie en mouvement. »
Tammam Salam, député de Beyrouth : « Quoi que je puisse dire ou écrire ne pourra jamais arriver à la hauteur de ce géant. Ce fut un grand nom de notre vie nationale. Le coq du Nahar qui nous a quittés aujourd’hui nous manquera longtemps, mais l’école qu’il a instituée restera vivante pour le Liban, pour l’homme et pour la liberté qui, si elle devait s’incarner en une personne, serait Ghassan Tuéni. »
Ali Fayad, député (Hezbollah) de Marjeyoun : « C’était un homme d’une grande valeur morale, un homme qui se caractérisait par une approche humaine de la politique. »
Farès Souhaid, secrétaire général du 14 Mars : « Ghassan Tuéni, c’est la liberté... »
Le PNL : « Ghassan Tuéni fut l’un de ces grands qui, loin d’avoir été dominés par leur destin, le dominèrent eux-mêmes. Les Libanais libres perdent avec lui un chef, un inspirateur, un maître qui leur manque en cette nuit obscure de la patrie. »
Carlos Eddé, Amid du Bloc national : « J’ai appris avec une grande douleur la disparition du plus grand journaliste du Liban et du monde arabe et l’une des plus importantes personnalités politiques et diplomatiques que le Liban a connues. Ma famille perd avec lui un ami cher qui fut le compagnon de Raymond et de Pierre (Eddé) dans les grandes campagnes nationales, notamment contre le Deuxième Bureau. Le Nahar était “la voix” des Eddé et du BN. »
Le Mouvement du Renouveau démocratique : « Il fut l’homme qui a incarné dans sa brillante carrière et sa riche expérience notre patrie le Liban dans toutes ses tragédies et toutes ses promesses. Nous perdons en lui l’un des piliers de la liberté et de la culture démocratique humaine et authentique, un messager sans pareil aux tribunes internationales, une plume qui brave la mort pour défendre le droit et la liberté, un cèdre au pied duquel viennent mourir les plus violentes des tempêtes. »
Plusieurs autres personnalités et corps constitués ont également réagi à la disparition de Ghassan Tuéni. Ce sont notamment le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, la Ligue maronite, la Ligue grecque-catholique, les députés Samy Gemayel, Talal Arslane, Nehmé Tohmé, Antoine Saad, Ziyad Kadri et Nidal Tohmé, l’ancien vice-
président de la Chambre Issam Farès, l’ancien ministre Ziyad Baroud, Nazek Hariri, veuve de Rafic Hariri, l’ex-président du conseil municipal de Saïda, Abderrahmane Bizri, ainsi que les ordres de la presse et des journalistes et, en son nom personnel, le président de l’ordre de la presse, Mohammad Baalbacki.
En revanche, aucune réaction n’a été enregistrée dans les milieux du bloc du Changement et de la Réforme.
Nagib Mikati, Premier ministre : « Le Liban a perdu avec Ghassan Tuéni un symbole national authentique. C’était un patriote sincère qui défendait le Liban à toutes les tribunes internationales avec une diplomatie qui ne cède jamais sur les constantes nationales. Et que dire du journaliste, qui fit du Nahar l’un des grands journaux arabes et mondiaux et dont la plume ne prenait jamais de repos lorsqu’il s’agissait de défendre le droit et les principes. Il nous manquera demain à la table de dialogue, dont il fut l’un...


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