Il faut "sauver" mais aussi "libérer" l'Etat syrien, a affirmé le père jésuite Paolo Dall'Oglio, dans une lettre à l'émissaire de l'ONU Kofi Annan. Le religieux a été le fondateur dans les années 80 du monastère syriaque-catholique de Mar Moussa, à 80 km au nord de Damas. Il avait fait l'objet en novembre d'un arrêté d'expulsion qui n'avait pas été mis à exécution. Photo AFP
Un père jésuite établi en Syrie a adressé une lettre à l'émissaire de l'ONU Kofi Annan appelant ce dernier à "sauver" l'Etat syrien. Dans cette lettre publiée dans la revue jésuite Popoli, le père Paolo Dall'Oglio souhaite un "changement de la structure du pouvoir". "Nous nous agrippons à votre initiative comme des naufragés à un radeau", écrit le religieux, très mobilisé pour le dialogue entre chrétiens et musulmans.
"La dynamique régionale est caractérisée aujourd'hui par une difficulté réelle de coexistence entre populations chiites et sunnites, et la concurrence entre elles. Ce qui provoque de graves difficultés aussi pour les autres minorités, notamment chrétiennes", souligne le père Dall'Oglio.
"Vous avez répété que, pour un retour à la paix, il fallait un processus politique négocié. Mais peut-on imaginer cela sans un véritable changement dans la structure du pouvoir, spécialement dans une situation où le gouvernement est une façade et où également le régime au pouvoir obéit à un groupe obscur de super-hiérarques? Certes il faut sauver l'Etat, c'est la propriété du peuple. Mais tout d'abord il faut le libérer", écrit encore le religieux, fondateur dans les années 80 du monastère syriaque-catholique de Mar Moussa, à 80 km au nord de Damas. Il avait fait l'objet en novembre d'un arrêté d'expulsion qui n'avait pas été mis à exécution.
Cet appel intervient au moment où la Syrie continue d’être le théâtre de nombreuses violences, malgré la présence de quelque 270 observateurs de l’ONU.
Sur ce point, le père Dall'Oglio estime que "trois mille casques bleus et non trois cents sont nécessaires pour garantir le respect du cessez-le-feu et la protection de la société civile". Il suggère aussi que "30.000 accompagnateurs de la société civile globale aident sur le terrain au développement capillaire de la vie démocratique" et que des "commissions locales de réconciliation" soient créées d'urgence, "sous la protection des casques bleus". Le père demande également "l'abolition des sanctions non personnalisées qui punissent les fractions les plus faibles et innocentes de la population".
Par ailleurs, l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International a accusé le régime de Bachar el-Assad de torturer et de tuer des détenus et des manifestants pacifiques. Dans son rapport annuel 2011 publié mercredi, Amnesty détaille la façon dont les troupes ont déployé leurs chars dans des quartiers résidentiels, ont tué des manifestants pacifiques et emprisonné des milliers d'autres, torturés et détenus au secret. "Le type et l'échelle des violations pratiquées par l'Etat pourrait constituer des crimes contre l'humanité", juge l'ONG.
Alors que le Conseil de sécurité de l'ONU avait chargé la Cour pénale internationale du dossier du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, avant sa mort en octobre après huit mois de révolte populaire qui s'est transformé en conflit armé, aucune démarche n'a été faite en ce sens au sujet du président syrien, regrette Amnesty. Et cela en dépit "des preuves rassemblées que ses forces commettent des crimes contre l'humanité", souligne l'ONG. L'ONU a toutefois affirmé en février disposer d'une liste de hauts responsables soupçonnés de "crimes contre l'humanité" en Syrie. Amnesty juge par ailleurs insuffisante la série de réformes lancées par M. Assad en 2011 pour tenter de répondre à la contestation inédite dans le pays.
Sur le terrain, les troupes gouvernementales syriennes bombardaient sans relâche mercredi la ville rebelle de Rastane dans le centre du pays, où au moins six personnes ont été tuées, rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Par ailleurs, trois personnes ont été tuées par l'explosion d'une bombe qui a visé un bus sur la route de l'aéroport international de Damas, selon l'OSDH. Une forte explosion a également été entendue dans la capitale Damas, a indiqué l'OSDH, sans plus de détails. Un civil a été tué à Inkhel, dans la province de Deraa, par des tirs d'un barrage, et un autre à Qousseir (région d’Alep, nord), par des tirs des forces régulières.
"La dynamique régionale est caractérisée aujourd'hui par une difficulté réelle de coexistence entre populations chiites et sunnites, et la concurrence entre elles. Ce qui provoque de graves difficultés aussi pour les autres minorités, notamment chrétiennes", souligne le père Dall'Oglio.
"Vous avez répété que, pour un retour à la paix, il fallait un processus politique négocié. Mais...



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04 h 15, le 24 mai 2012