le ministre de l’Intérieur Marwan Charbel et le patron des FSI Achraf Rifi ont vécu hier une longue journée de négociations à Tripoli. Photo Naïm Assafiri
Des informations contradictoires ont été données en début d’après-midi au sujet des causes de la reprise des combats entre les habitants de Jabal Mohsen et ceux de Bab el-Tebbaneh. Mais un responsable de la sécurité a indiqué, sous le couvert de l’anonymat, à l’AFP que des tirs avaient éclaté après que des soldats eurent essayé d’enlever des barricades dans le quartier de Bab el-Tebbaneh. Grièvement blessé, un employé de la municipalité de Tripoli, Farouk Mahmoud, devait plus tard succomber à ses blessures. Un septuagénaire, Mazhar Moussoul, a été renversé par une voiture alors qu’il traversait en courant la rue pour trouver un abri, ce qui porte à onze le nombre des tués lors des accrochages qui avaient commencé samedi, après l’arrestation d’un présumé terroriste, Chadi Mawlaoui.
L’armée, déployée en force à Tripoli, est intervenue pour tenter de rétablir le calme. Selon un communiqué de la direction d’orientation du commandement de l’armée, ses unités ont riposté « avec précision » aux sources de tirs et ont effectué une série de perquisitions dans les immeubles où les tireurs étaient embusqués. Un certain nombre parmi eux ont été arrêtés et leurs armes ont été saisies, poursuit le texte, qui précise qu’un des soldats a été légèrement atteint à la jambe.
Il convient de signaler qu’en plus des échanges de tirs, des francs-tireurs ont semé la panique dans les quartiers proches de Bab el-Tebbaneh et de Jabal Mohsen. L’armée a par ailleurs démenti des informations de presse selon lesquelles ses troupes se seraient retirées de la rue de Syrie. En soirée, deux roquettes se sont écrasées à Bab el-Tebbaneh, l’une près de la centrale, rue de Syrie, et l’autre dans le souk au blé. On a noté également l’explosion d’une grenade près des magasins Classina, toujours à Bab el-Tebbaneh.
La réunion du Sérail
Les affrontements ne devaient cesser qu’en fin d’après-midi, à la faveur d’un accord conclu entre le ministre de l’Intérieur, les organismes islamistes et le comité de défense des islamistes détenus, dirigé par Salem Rifaï, responsable du parti al-Tahrir. Les trois parties avaient tenu une réunion de plus de deux heures dans l’après-midi au Sérail, en présence du mohafez du Liban-Nord, Nassif Kalouche, et du directeur des FSI, le général Achraf Rifi.
M. Charbel a assuré que le dossier des islamistes est en train d’être réglé en douceur et annoncé que l’acte d’accusation dans cette affaire sera bientôt rendu public, ce qui va permettre la libération de nombreux détenus, ainsi que ceux qui ont purgé en prison la peine requise dans le texte.
Le procès des autres, a-t-il ajouté, devra commencer en septembre, le temps que la construction d’une salle de tribunal à la prison de Roumieh s’achève.
M. Charbel a demandé à voir les avocats de Chadi Mawlaoui et promis que son dossier sera rapidement examiné. « S’il est innocent, il sera relâché sans tarder, et si les charges retenues contre lui sont confirmées, ses avocats en prendront connaissance », a-t-il dit.
À son tour, Salem Rifaï a annoncé « une démarche de bonne volonté qui se traduira par l’annulation de la prière du vendredi, qui était supposée se tenir, place Abdel Hamid Karamé, à Tripoli, et la suspension des trois sit-in qui devaient être organisés à Beyrouth, Saïda et Ersal ». En soirée, le sit-in de la place Abdel Hamid Karamé a été levé et les routes ont été rouvertes. Une tente a été cependant maintenue symboliquement sur les lieux.
Un dossier fourni
Quoi qu’il en soit, le ministre de l’Intérieur, qui répondait aux questions de la presse, a souligné que « le dossier de Mawlaoui est bien fourni », avant de mettre l’accent sur « l’intégrité et la rigueur » du juge Sacre Sacre, en charge de l’instruction. « Si Chadi Mawlaoui était innocent, il l’aurait immédiatement libéré », a-t-il observé.
M. Charbel n’a pas voulu commenter la procédure suivie pour l’arrêter, affirmant qu’il n’y avait pas de mauvaise foi dans cette affaire et précisant qu’une enquête est menée auprès de l’officier en charge qui passera devant le Conseil de discipline, s’il se confirme qu’il a commis une infraction aux règles.
Quoi qu’il en soit, il a plaidé vigoureusement pour une entente à Tripoli, en estimant que tous ses habitants seront perdants si la tension et le conflit persistent dans la ville. Il a invité les belligérants à ranger leurs armes, les Tripolitains à se montrer solidaires et l’État à assumer ses responsabilités à tous les niveaux, de sécurité et socio-économique. Enfin, il a surtout fait comprendre qu’il a invité les pôles politiques de Tripoli, qu’ils soient du 14 ou du 8 Mars, à se retrouver « tous, sans exception » autour d’une même table pour tracer une feuille de route sécuritaire pour leur ville.
Le ministre, qui a également affirmé redouter « la perte des voix modérées dans toutes les communautés », a insisté sur le fait qu’el-Qaëda « n’existe pas au Liban ». « Il existe seulement des gens qui l’apprécient et qui approuvent sa pensée », a-t-il souligné. Il a demandé à tout le monde de prendre au sérieux les propos du président de la Chambre, Nabih Berry, et de réagir favorablement à l’invitation du président Michel Sleiman à la reprise du dialogue.
Berry : Une liste de personnalités à abattre
Devant les députés qu’il a reçus hier, comme chaque mercredi à Aïn el-Tiné, le président du Parlement, Nabih Berry, avait fait état d’informations selon lesquelles « des parties intégristes ont dressé une liste de dirigeants et de personnalités politiques à liquider ». Cité par ses visiteurs, il a affirmé que « ces informations sont sérieuses et graves, et nécessitent une vigilance et un suivi ».
Le président de la Chambre s’est en outre dit satisfait des mesures prises par l’armée à Tripoli, avant d’inviter toutes les parties à faciliter la mission des forces régulières. Il a mis l’accent sur le fait que si les dirigeants tripolitains n’avaient pas réagi promptement pour contenir les incidents, « la situation se serait aggravée et aurait eu des conséquences fâcheuses ».
Mais dans le monde politique, tous ne sont pas sensibles à cette argumentation, puisque la guerre verbale et les échanges d’accusations déclenchés consécutivement à l’arrestation de Mawlaoui se sont poursuivis de plus belle.
Le secrétariat général du 14 Mars a attribué au régime de Damas la responsabilité de l’escalade à Tripoli, accusant celui-ci de vouloir « exporter sa crise vers le Liban ». Il a rappelé dans ce cadre « les menaces du président Bachar el-Assad qui avait promis de mettre le Liban à feu et à sang si la situation venait à se dégrader dans son pays », avant de réitérer son appui à la révolution syrienne, ainsi qu’à l’armée libanaise. Le secrétariat du 14 Mars a en outre soulevé de nouveau le problème des armes illégales, jugeant qu’elles doivent être ramassées dans tout le pays.
Il s’est arrêté sur « les rumeurs lancées par un service de sécurité sur la possibilité d’assassinats politiques », les situant dans le cadre de « tentatives visant à intimider les parties politiques qui s’opposent au coup d’État itinérant aux niveaux du terrain et des institutions ». « Si les prévisions de ce service s’avèrent fondées, qu’il s’empare des données des communications téléphoniques du ministère concerné, qui couvre les comploteurs et qui cache les criminels depuis la tentative d’assassinat du chef des Forces libanaises », Samir Geagea, a poursuivi le 14 Mars.



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