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À La Une - Présidentielle Française

Jusqu’où ira la « Le Pen avec des cheveux » ?

Marine Le Pen peine à contenir sa joie. François Guillot/AFP

En terminant troisième de la présidentielle, la chef de file de l’extrême droite, Marine Le Pen, a atteint son objectif : s’imposer en quelques mois à la tête d’un parti au passé sulfureux qu’elle a « dédiabolisé ».
Avec presque un électeur sur cinq (18,2 à 20 %) au premier tour, la députée européenne qui a grandi dans l’ombre de son père Jean-Marie Le Pen, fondateur d’un des partis d’extrême droite les plus puissants d’Europe, s’installe durablement dans le paysage politique français. Jamais un parti d’extrême droite n’avait fait un tel score à une élection nationale en France.
Dix ans après le fait d’armes de son père – une qualification surprise au deuxième tour – Marine Le Pen fait mieux en nombre d’électeurs. Et recueille 7 points de plus que lui à l’élection en 2007 du président Nicolas Sarkozy. « Je lui ai passé le bâton », a réagi à chaud Jean-Marie Le Pen. Son compagnon et vice-président du parti, Louis Aliot, s’est déclaré, lui, « très satisfait » de son score.
Mme Le Pen avait averti pendant la campagne électorale : elle n’appellera pas à voter pour le chef de l’État au second tour. Ce dernier avait été élu en partie grâce aux voix d’électeurs du Front national séduit par le discours de fermeté de Nicolas Sarkozy. À 43 ans, elle rejoint les femmes politiques qui font souffler un vent d’extrême droite en Europe, à l’instar de Pia Kjaersgaard, la présidente du Parti du peuple danois, ou de Krisztina Morvai, députée européenne sur la liste du parti nationaliste hongrois Jobbik.


« Jusqu’où ira-t-elle ? » se demandent désormais les observateurs alors que de 1972 à 2011, lorsque le très sulfureux Jean-Marie Le Pen, coutumier des déclarations racistes ou antisémites, dirigeait le Front national, les experts prédisaient une plafond au vote d’extrême droite, en deçà de 20 %. Toute la stratégie de sa fille, arrivée en janvier 2011 à la tête du parti, visait à faire « exploser » la droite pour en devenir le « centre de gravité » et espérer aller largement au-delà des 20 %. En clair, faire du Front national un parti « normal » qui peut gouverner et pas seulement un parti de contestation. Souriante, énergique et dotée d’un bon sens de la formule, elle a cherché à coller aux préoccupations des Français sur le chômage et la désindustrialisation. À côté de l’habituel triptyque contre les élites, les immigrés et les marchés financiers, l’ancienne avocate a mis en avant le protectionnisme et la sortie de l’euro.


Décrite par sa propre mère comme « Le Pen avec des cheveux », divorcée et mère de trois enfants, elle s’était lancée dans la course présidentielle à la tête d’un parti débarrassé, au moins partiellement, de ses membres antisémites et catholiques intégristes. Elle se veut le porte-parole des « invisibles », ces « oubliés », « déclassés », des classes moyennes et populaires qui se sentent de plus en plus délaissés. Ils pourraient représenter 40 % de la population, selon certains sociologues.


Marine Le Pen est entrée en politique en 1993 comme candidate à Paris aux législatives. Elle n’a que 24 ans et sa robe d’avocat après avoir fait son droit à l’université d’Assas à Paris, où des groupuscules d’extrême droite sont historiquement actifs. À partir de 2002, celle que les vieux barons du FN voient comme une « night clubbeuse » arriviste et sans culture politique entreprend une ascension continue, avec le soutien appuyé de son père. Elle s’impose au premier plan en 2005 lors du rejet par référendum du traité constitutionnel européen. En un an, elle fait évoluer le parti. Catholiques intégristes, nostalgiques de l’Algérie française voire du régime de Vichy, qui collabora avec l’Allemagne nazie, sont priés de se taire ou de partir. Sous couvert de défense de la laïcité, elle concentre son discours sur les musulmans, en lançant un débat sur la viande halal.

 

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