Rechercher
Rechercher

À La Une - Opinion

Être femme libanaise au XXIe siècle

Une jeune Libanaise participant à une manifestation pour les droits de la femme, à Beyrouth, en avril 2009. RAMZI HAIDAR/AFP

Je m’exprime en mon nom, moi femme libanaise, en celui de ma mère, ma sœur, ma cousine, mon amie, mais aussi au nom de toutes les mères, de toutes les sœurs. Car notre cause est nationale, internationale, primordiale. Dans un pays où je n’ai des droits qu’en apparence, où je ne suis libre qu’à moitié.


Dans ce XXIe siècle qui en est déjà à sa douzième année, la femme libanaise n’a toujours pas le droit de donner sa nationalité à ses enfants. N’est-ce pas elle qui les porte pendant neuf mois, qui les met au monde dans la souffrance ? Ne leur lègue-t-elle pas la moitié de son programme génétique ?


Aujourd’hui, la femme libanaise perd toujours son identité avec le mariage, devient la propriété privée de son mari. Ne s’agit-il pas d’un engagement mutuel, une promesse sincère entre deux parties ? Alors pourquoi dans notre pays l’un des deux doit disparaître, caché par l’autre ?


Aujourd’hui, la femme libanaise mariée ne peut pas quitter son pays sans l’autorisation de son mari. Serait-elle une marchandise, un paquet à délivrer, un objet ? Son mari serait-il son maître, son seigneur ?
Des femmes libanaises sont régulièrement battues, violées, menacées, séquestrées parce qu’il n’y a simplement aucune mesure qui interdise un tel comportement, surtout entre les murs des cellules familiales et conjugales. Dans une société où le masculin prime, les tâches de la femme sont réduites à la docilité, l’humilité, l’obéissance. Le confort du mari, le suivi quotidien des enfants, les travaux ménagers relèvent de sa responsabilité. Et si la femme ose rester célibataire alors qu’il est impératif de se marier un jour ou l’autre, elle est déconsidérée par la famille, les amis... Ne pratiquons pas la politique de l’autruche. Dénonçons le mal pour construire une société meilleure. Pointons les problèmes du doigt, les ricochets ne seront que bénéfiques pour la femme.


Chez nous et ailleurs peut-être, un homme, même s’il occupe avec une femme le même emploi, est mieux rémunéré. Soyons avant-gardiste, redonnons à la femme le statut qui lui revient. Votons une loi en faveur de l’équité dans le domaine professionnel.
Les tâches les plus rudimentaires sont le plus souvent réservées aux femmes. Depuis quand le mot « femme » rime-t-il avec ménage, repassage, tissage... Alors que le mot « homme » est synonyme d’ouverture, éducation, gloire, argent ?
De plus, la plupart des spots, des slogans publicitaires créent et surexploitent des images indignes de la femme : nue ou à moitié nue, sexy, blonde, elle n’est bonne qu’à être belle et à se taire. Le tout afin d’optimiser les ventes et de défigurer son vrai rôle. Cela est inacceptable, et pourtant aucune loi ne l’interdit.


L’argument-clé des produits ménagers ? « Vous rendre, madame, cette corvée plus facile », comme si la femme n’est faite que pour cela et que l’homme est né pour récolter gloire et succès. Déjà, son nom vient effacer le nôtre dès notre mariage. L’exemple est classique : nous commençons par être la fille de X, nous devenons la femme de Y et nous finissons comme les mères de Z ! Nous n’avons jamais une identité qui nous est propre.


Si à l’étranger, là où la femme s’est frayé son chemin vers l’émancipation et l’affirmation de soi, subsistent encore quelques atteintes à ses droits au quotidien, que dire du Liban, pays de toutes les ambiguïtés ?


Alors que la femme divorcée est au Liban pointée du doigt, l’homme divorcé, quant à lui, se pavane, demeure capable de prendre les décisions et... les enfants.


Alors que la jeune fille agressée représente une atteinte grave à l’honneur de la famille, l’auteur de l’acte est perçu comme un être viril et un simple cœur d’artichaut.


Alors qu’une jeune fille qui ose penser, parler ou s’habiller différemment devient trop libertine aux yeux des autres, un jeune homme qui se comporte de la même façon est cultivé et ouvert au monde.


Le sexe « supérieur en beauté », selon Olympe de Gouges, n’est pas formé que d’êtres fragiles qui se déplacent en talons aiguilles. Les femmes ne sont pas qu’un outil de séduction ou un argument de vente. Nos ambitions dépassent la rencontre du prince charmant, la direction d’un ménage parfait, la jouissance d’un amour éternel. Nous sommes ambitieuses, créatives, dotées des mêmes capacités intellectuelles que l’homme, et donc égales à lui.


Si nous avons été, depuis la nuit des temps, victimes de la nature quant à certaines différences, ne soyons pas pour autant victimes de la société.

Miswa MANSOUR
1re scientifique
Collège des Sœurs des Saints-Cœurs – Kfarhbab-Ghazir

Je m’exprime en mon nom, moi femme libanaise, en celui de ma mère, ma sœur, ma cousine, mon amie, mais aussi au nom de toutes les mères, de toutes les sœurs. Car notre cause est nationale, internationale, primordiale. Dans un pays où je n’ai des droits qu’en apparence, où je ne suis libre qu’à moitié.
Dans ce XXIe siècle qui en est déjà à sa douzième année, la femme libanaise n’a toujours pas le droit de donner sa nationalité à ses enfants. N’est-ce pas elle qui les porte pendant neuf mois, qui les met au monde dans la souffrance ? Ne leur lègue-t-elle pas la moitié de son programme génétique ?
Aujourd’hui, la femme libanaise perd toujours son identité avec le mariage, devient la propriété privée de son mari. Ne s’agit-il pas d’un engagement mutuel, une promesse sincère entre deux parties ?...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut