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Iran : la diplomatie ou la guerre ?

Tribune
13/04/2012

Les négociations entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne sur le programme nucléaire iranien entrent dans une nouvelle phase, probablement décisive. Ces négociations durent depuis presque une décennie, avec de longues périodes de suspension, et il n’est pas sûr qu’elles aboutissent. La situation n’a jamais été aussi grave qu’aujourd’hui, car c’est la paix qui est en jeu.


Après les récentes visites du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Washington et du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à Téhéran, le brouillard sur une situation complexe s’est en partie dissipé. Il semble que le président Obama ait gagné du temps en marquant la ligne rouge – le démarrage d’un programme explicite vers l’arme nucléaire iranienne – et en assurant Israël que si les négociations échouaient, les USA se tiendraient prêts pour une action militaire. En raison du risque d’une confrontation militaire, les USA, l’Europe et d’autres partenaires ont appliqué de nouvelles sanctions « intelligentes » visant les exportations de pétrole de l’Iran – sa principale source de revenus – tout en isolant au maximum ce pays du système de payement international. Il a un besoin urgent de ses revenus pétroliers, et s’il ne peut participer au système de paiement, son commerce international se retrouve au point mort. Faire du troc et échanger des valises pleines de billets n’étant pas une alternative réaliste, son économie est touchée en profondeur.


Par ailleurs, les USA ont fait savoir par différents canaux aux dirigeants iraniens à la fois la gravité de la situation et leur détermination. Aussi, si le cycle de négociations en cours échouait, il pourrait en découler un scénario tragique qui est parfaitement prévisible. Il y a cependant un élément positif : tous les dirigeants impliqués paraissent avoir conscience de ce risque. On peut donc espérer que de part et d’autre les négociateurs s’entendront sur une solution diplomatique. Enfin, on va voir bientôt si la République islamique veut véritablement d’un compromis cette fois-ci, car on dispose de critères dépourvus d’ambiguïté. Les contours d’un tel compromis sont relativement clairs : l’Iran pourrait enrichir faiblement l’uranium pour des objectifs non militaires, mais avec un contrôle renforcé pour l’empêcher d’importer de l’uranium destiné à un usage militaire, et des droits d’inspection plus étendus accordés à l’Agence internationale de l’énergie atomique en l’Iran. Par exemple, elle pourrait avoir accès à des installations nucléaires qui lui étaient fermées jusqu’à présent.


Il est vrai qu’un tel compromis ne concernerait pas le comportement du régime sur le plan purement intérieur, pas plus que ses ambitions régionales – une source d’inquiétude pour Israël et les pays arabes du Golfe, en premier lieu l’Arabie saoudite. Mais personne n’étant préparé à partir en guerre pour faire tomber le régime iranien, particulièrement après la mésaventure de dix ans en Irak, personne ne devrait compromettre les négociations par de vaines ambitions. Cette remarque s’applique aussi à l’Iran où certaines personnalités importantes pensent encore qu’il est possible de chasser les USA du Moyen-Orient et que le statu quo peut être modifié de manière à faire de la République islamique le pouvoir hégémonique de la région. Faire de cette illusion un objectif présenterait le risque démesurément élevé et injustifiable d’une guerre et du chaos au niveau de toute la région ; il en est de même des espoirs occidentaux d’un changement de régime en Iran.


D’autres facteurs significatifs vont jouer un rôle important pour décider du résultat de ces négociations :


- La politique intérieure iranienne et les luttes incessantes pour le pouvoir au sein du régime – des luttes qui ont déjà fait échouer une solution diplomatique dans le passé, car ni les conservateurs ni les réformateurs ne voulaient offrir un succès diplomatique au président Mahmoud Ahmadinejad. On peut seulement espérer qu’étant donné la gravité de la situation, personne ne s’engagera sur cette voie, la voie de l’échec.


- La situation en Syrie dont l’Iran est le seul allié restant dans la région. La chute du régime du président Assad constituerait une débâcle stratégique pour l’Iran qui devrait alors faire face aux pays arabes soutenus par la Turquie, aux USA, sans compter Israël. Il lui serait alors difficile de maintenir un pied au Liban et sa position deviendrait plus compliquée, y compris en Irak, malgré la majorité chiite. Autrement dit, l’Iran devrait alors renoncer à tout espoir de prédominance régionale.


Au vu de la complexité des facteurs externes, il ne faut pas surcharger les négociations sur le programme nucléaire iranien avec des problèmes supplémentaires. La Syrie où se joue l’avenir du régime iranien, la situation dans le golfe Persique et plus largement dans toute la région sont des questions qu’il faut traiter à un niveau différent et à un autre moment, de manière à éviter ou à limiter le risque d’une guerre liée au programme nucléaire iranien.


Depuis qu’Alexandre le Grand a résolu le problème du nœud gordien d’un simple coup d’épée, on rêve d’une solution militaire simple pour résoudre des problèmes complexes. Mais le recours à la force militaire crée souvent plus de problèmes qu’il n’en résout. En Irak, George W. Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld ont fait la preuve qu’il ne faut faire appel à la force militaire qu’en tout dernier recours. Il s’agit là non seulement d’un impératif éthique et moral, mais aussi de realpolitik. Il est des moments où le recours à la force militaire est inévitable, mais ce ne doit jamais être une alternative à la diplomatie. C’est certainement vrai dans le cas de l’Iran. La diplomatie ou la guerre, les deux côtés devront choisir !


©Project syndicate/Institute for Human Sciences, 2012.
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz.

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