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Un fameux trois-mâts

C’est un collège catholique, dit de « jeunes filles ». On y a pourtant toujours admis des garçons. Un de ces collèges armés d’une discipline qui, à l’arrivée, vous livre à la vraie vie avec un surmoi trop grand pour soi. Mais bon, on n’est pas non plus chez Zola, et l’on finit par comprendre qu’une telle éducation fournit aussi, paradoxalement, les moyens de s’en rétablir. Au cœur de ce collège il y a un cloître qui donne sur une cour par une petite volée de marches. C’est là, traditionnellement, que les élèves se serrent la veille des grandes vacances pour la photo de classe. Laquelle finit invariablement au fond d’un tiroir sous une bonne couche d’oubli.Jusqu’à ce que, poussé par le démon du ménage printanier, quelqu’un l’exhume. Et pousse l’envie de remonter le temps jusqu’à organiser les retrouvailles de ces vieux enfants jamais guéris de l’enfance.


Génération des années 80. Enfances légères dans les jardins du collège qu’embaument les orangers en fleurs. Odeur de cuisine dans l’escalier centenaire qui mène au réfectoire, et l’on joue à deviner ce qui se mijote pour le déjeuner. Odeur de sciure, le matin, dans les couloirs. Une astuce pour faciliter le balayage. On n’a plus jamais vu faire ça ailleurs.

Souvenirs de pluies diluviennes battant aux fenêtres des classes assombries, de ruées quand sonnait la cloche de la récréation. Les escaliers en tremblent encore. Sur la photo, des bouilles épanouies. Des uniformes mal adaptés à l’hyperactivité de cet âge (8, 10 ans) réajustés in extremis pour faire bonne figure. Les meilleures amies côte à côte ou se cherchant du regard. Preuve qu’aucun chagrin scolaire ne résiste longtemps à l’empathie des camarades.


On se retrouve donc. On a hésité. Tout le monde sait bien que le seul vrai compteur du temps qui passe est le visage d’un congénère. La séparation a été d’autant plus brutale que cette classe-là, comme d’autres ces années-là, a été éparpillée par la guerre. Des décennies qu’on ne s’était plus revus. Récits de ceux et celles qui sont restés : la cruauté banale des « événements ». Le bâtiment des primaires pris pour cible par un tireur embusqué. La terreur des enfants. Leur évacuation menée avec l’aide des Terminales par le balcon du 2e étage. Oui, on les a jetés, on n’avait pas le choix, il y avait les matelas de la salle de gym. Un autre jour, le collège sous les bombes, les enfants au réfectoire. Et les directrices, ces intraitables dans leurs tailleurs stricts, qui se lâchent, baissent la garde et, dans un élan maternel sans précédent, debout sur les chaises de paille, chantent pour couvrir le fracas des obus qui s’écrasent. « C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau. » Reprendre, en chœur, plus haut. Carole vous envoie un message de San Francisco. Elle vous embrasse tous. Elle a réussi, là-bas. Toujours droit devant, comme dans la chanson. Tout droit, tous les jours, vaincre la mort et ce qui mortifie : Pâques. Joyeuses Pâques.

C’est un collège catholique, dit de « jeunes filles ». On y a pourtant toujours admis des garçons. Un de ces collèges armés d’une discipline qui, à l’arrivée, vous livre à la vraie vie avec un surmoi trop grand pour soi. Mais bon, on n’est pas non plus chez Zola, et l’on finit par comprendre qu’une telle éducation fournit aussi, paradoxalement, les moyens de s’en rétablir. Au cœur de ce collège il y a un cloître qui donne sur une cour par une petite volée de marches. C’est là, traditionnellement, que les élèves se serrent la veille des grandes vacances pour la photo de classe. Laquelle finit invariablement au fond d’un tiroir sous une bonne couche d’oubli.Jusqu’à ce que, poussé par le démon du ménage printanier, quelqu’un l’exhume. Et pousse l’envie de remonter le temps jusqu’à...
commentaires (2)

Le collège " Notre Dame de Nazareth " bien sûr !! Que de bons souvenirs . Merci Fifi Abou Dib. Marie José Malha

Marie Jose Malha

15 h 24, le 05 avril 2012

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Commentaires (2)

  • Le collège " Notre Dame de Nazareth " bien sûr !! Que de bons souvenirs . Merci Fifi Abou Dib. Marie José Malha

    Marie Jose Malha

    15 h 24, le 05 avril 2012

  • Beau message de Pâques avec un style toujours romantique de Fifi . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    09 h 39, le 05 avril 2012

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