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« Être architecte vous marque à vie »

Bane Saleh réalise ses premiers courts-métrages à l’École spéciale d’architecture à Paris. Elle obtient ensuite divers prix pour ses travaux. Un master en planification des scénarios en poche, elle se consacre actuellement à l’écriture. Entretien.
24/03/2012
Dans certains de vos courts-métrages, la guerre est omniprésente. Pourquoi avez-vous envie de travailler sur ce sujet ?
Ce n’est pas une envie, au contraire même. Mais parfois, il faut se forcer à parler des choses qui nous dérangent ; ça nettoie l’âme. Les Libanais, toutes classes sociales confondues, font la queue chez les psychiatres. Il y a dans notre pays un vrai besoin de thérapie, les gens souffrent de profonds traumas. Le cinéma pour moi, c’est l’espoir d’une guérison collective, une thérapie de groupe. Dans un film, on pleure, on rit, on compatit, on a peur ensemble. C’est un moyen de partager et d’extérioriser ses émotions sans être jugé et surtout sans se juger soi-même.

Vous avez réalisé El-Mamar el-Akhir qui raconte la vie de Gebran Tuéni après l’assassinat de Samir Kassir. Pour quelles raisons avez-vous choisi d’aborder ce thème ?
El-Mamar el-Akhir est une animation faite à partir de vieilles photos. C’est mon interprétation romantique de ce qu’a pu vivre Gebran Tuéni, l’homme et non le politicien, après la mort de son ami et collègue Samir Kassir. Karim Saleh prête sa voix au rôle de Gebran. Ce qui m’a marqué le plus dans tous ces assassinats politiques, c’est le sort de ces familles, la tragédie qu’elles ont vécue, la douleur des enfants et des femmes qui sont restés. J’ai choisi Gebran et Samir parce qu’ils ont sacrifié leur vie pour leurs idéaux. Tant de courage me fascine. Samir est mort sans réellement réaliser qu’il serait la prochaine victime après l’assassinat de Rafic Hariri. Mais pour Gebran, c’était différent, il avait compris qu’il serait probablement le prochain sur la liste. La leçon de sa triste histoire, c’est que la liberté c’est la vie et que son prix c’est quelquefois la mort. Ce drame nous dépasse tous et peu importe que l’on adhère politiquement au 8 ou au 14 Mars, auxquels, je tiens à préciser, je n’adhère pas. Pour moi, la réalité politique est bien plus complexe que cette binarité simpliste dans laquelle on essaye de nous enfermer. Sur une note plus positive, le film devrait bientôt être terminé et j’espère le présenter au Liban et dans différents festivals au Moyen-Orient et en France.

Vous êtes architecte, réalisatrice, scénariste. Comptez-vous vous consacrer à une seule voie dans l’avenir ?
J’ai étudié, pratiqué et enseigné l’architecture pendant plus d’une douzaine d’années. Architecte est un métier passionnant et pluridisciplinaire qui m’a menée tout droit au cinéma. J’ai réalisé mes premiers films en école d’architecture et idéalement j’aimerais continuer à pratiquer ce métier toute ma vie à travers le cinéma. Il y a deux ans, j’ai décidé de me consacrer à l’écriture et à la réalisation, grâce auxquelles je peux aborder de manière plus directe les sujets qui me tiennent à cœur, en sachant que, derrière la caméra, l’œil de l’architecte guette sans répit. Réaliser un film, c’est réaliser un espace dans lequel le spectateur se déplacerait et ressentirait des émotions. La formation d’architecte vous marque pour la vie.

Enfin, si vous deviez faire un bilan, quel serait selon vous le meilleur court-métrage que vous avez réalisé ?
C’est une question un peu difficile et j’utiliserais peut-être un autre mot que meilleur. De plus, quand c’est réalisé et monté, c’est déjà derrière moi. Mais si je dois choisir, je pense que The Latest Vampire, joué par Raïa Haïdar, est aujourd’hui le plus abouti. C’est en effet le seul court-métrage où j’ai eu l’opportunité de travailler avec une équipe et un petit budget. J’aime aussi Beyrouth 2012 parce que c’est un cri, et comme tous les cris, il est sincère. Mais, comme on dit, le meilleur est toujours pour demain.

Propos recueillis par Pauline M. KARROUM, Illinois

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